14ème chambre du Tribunal de Grande Instance de Lyon, un peu avant 14h. Les professionnels de la justice discutent entre eux. L’ambiance est détendue. Les avocats, comme toujours en comparutions immédiates, n’ont eu connaissance du dossier que le matin même. Ils peaufinent les derniers détails. Une journée normale en somme. Pour les prévenus et les victimes, en revanche, c’est une autre histoire. Même si certains sont des habitués, leur avenir se joue en partie aujourd’hui. Une classe de collégiens assiste aux débats. Un doux bruit de fond berce la salle. Suffisamment bas pour ne pas déranger la cour.

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Martin* comparait pour vol de scooter en état de récidive légale. La présidente constate certaines mentions dans son casier judiciaire dont recel, conduite sans permis et vol aggravé. Il a déjà fait un séjour en prison. Il en est sorti en 2012. « Vous voulez être jugé aujourd’hui ou vous souhaitez avoir du temps pour préparer votre défense ? – Maintenant ». A noter que la victime n’est pas présente et ne s’est pas portée partie civile. La présidente parcours le dossier.

L’affaire est relativement simple : vol de scooter avec dégradations pour faire les fils. « J’avais bu » se justifie l’accusé. Et la juge, du tac au tac : « Alors, vous vous saoulez au champagne, c’est marqué – Oui » Après tout, pourquoi un voleur de scooter devrait-il obligatoirement boire de l’alcool bon marché ? Mais là n’est pas la question. La présidente : « Qu’est ce que vous voulez faire après ? – Me soigner. – Et le travail ? – Oui, trouver du travail. »

La procureure entre en scène : « Je suis surprise que l’alcool soit en cause. Je ne comprends pas la situation de cause à effet. Monsieur n’a pas compris, visiblement, sa situation. » Elle requiert le placement en détention provisoire, puis sous placement judiciaire à condition qu’il suive des soins et qu’il ne commette pas de nouveaux délits. Des gens dans la salle laissent échapper un soupir d’étonnement.

A l’avocat de la défense : « Je suis souvent en adhésion avec Madame le Procureur, qui a une attitude très pédagogique (sic) » Ce qui ne l’empêche pas, évidemment, de contester le placement en détention provisoire. « Je vous assure qu’il fera tout pour ne plus commettre de délits. Il faut qu’il fasse le nécessaire pour s’écarter de la délinquance. » Il demande donc que l’on place son client sous contrôle judiciaire. Et de conclure : « Il a une grande famille (six frères et sœurs tous adultes). Tous travaillent ou vont à l’école. Il est l’exception. »

Après les délibérations, l’affaire est renvoyée à une date ultérieure pour que la victime puisse être partie civile. En attendant, Martin sera placé sous contrôle judiciaire et devra justifier d’une activité ou d’une formation professionnelle. « Quelque chose de sérieux. Pas un stage ! – Y a pas de soucis Madame le juge » Conclut Martin, qui ne retournera pas en prison ce soir.

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* Nom changé. Pour toutes les chroniques de cette rubrique, le nom utilisé sera Martin, le nom de famille le plus répandu en France.

Sebastien Gonzalvez

Journaliste plurimédias.
Rédacteur en chef à @BondyBlogLyon
@HorsDesClous
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