Une loi un peu tardive

Depuis le 4 mai 2026, les repas du Crous reviennent à 1 € pour tous les étudiants. Avant cette date, seuls les étudiants boursiers – et les étudiants non-boursiers, mais reconnus précaires avaient accès à cette tarification. En France, manger au Crous( Centres régionaux des œuvres universitaires et scolaires) revenait ainsi à dépenser 3,30 €pour un étudiant exclu du statut précaire ou boursier. Mais les choses ont changé !

Aujourd’hui, dès lors que vous êtes titulaire d’une carte étudiante délivrée automatiquement lors de l’inscription dans un établissement de l’enseignement supérieur la possibilité de profiter d’un repas à seulement 1 € vous est offerte ! Et ce, au service du matin, mais aussi du soir. Par ailleurs, le projet semble voué à perdurer, puisqu’à l’avenir les autres points de vente gérés par le réseau Crous devraient bénéficier de cette nouvelle mesure.

De quoi le repas à 1 € est-il composé ?

Le repas à 1 € est composé d’un plat principal et de deux « périphériques » (entrée,dessert, etc.). On félicitera par ailleurs la diversité des menus : au nombre de trois, deux sont constitués de viande et un troisième est adapté au régime végétarien.


Un système de points est également défini à Lyon : le plat principal vaut entre 4 et 6points et les deux périphériques (entrée et dessert par exemple), entre 1 et 3 points.Attention, vous êtes limités à un total de 6 points pour ne payer qu’un euro. Par exemple,si un dessert supplémentaire à 2 points est choisi, il faut compter 55 centimes de plus pour les étudiants et 87 centimes pour le personnel : à vous donc le plaisir du calcul mental et du dilemme !

Par ailleurs, les suppléments que vous ajouterez seront tarifés différemment selon leCrous dans lequel vous vous trouvez.Cette mesure récente prend racine dans un contexte bien plus ancien : celui du Covid-19.

Avec le confinement décrété par le président de la République, le 17 mars 2020, laprécarité des étudiants s’était étendue à toute la France : les pertes d’emplois liées aumanque de moyens financiers se multipliaient et aboutissaient à l’impossibilité pour lesétudiants de se nourrir convenablement ou de subvenir à leurs besoins.

La paupérisation des jeunes entre 18 et 30 ans était devenue monnaie courante et les organisations étudiantes ainsi que les partis politiques en avaient fait un combat de longue haleine. Bien que difficile, il fallait faire reconnaître l’isolement devenu presque chronique des jeunes travailleurs.


Entre baisse des APL, hausse du coût de la vie et gentrification des grandes villes, forcee st de constater que ce sont les plus précaires qui trinquent systématiquement.


Les chiffres de l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) le confinement : on dénombre en avril 2021, 9 940 étudiants bénéficiant de l’aide spécifique ponctuelle (une aide censée aider à pallier de graves difficultés financières) contre 6 410 en 2019. Soit 1,5 fois plus qu’avant la crise.


Sans compter les conséquences psychologiques de cette situation : selon l’Insee,toujours, en mai 2020, 22 % des 18-24 ans souffraient de syndromes dépressifs contre 10 % en 2019.

Une réponse associative

Pour répondre au problème, ce sont d’abord les associations qui se sont mobilisées pourvenir en aide aux étudiants en situation de précarité.

Le Collectif de Solidarité Étudiante (CSE), à Gorge de Loup, est l’une d’elles. Lors dupremier confinement, il a mis en place une aide, sous forme de livraisons de coliscontenant des produits de première nécessité, remis en main propre aux étudiants. Deux fois par mois, le vendredi, les étudiants munis de leur carte étudiante peuvent également venir récupérer ce dont ils ont besoin, sans conditions de ressources.

Début 2021, c’est au tour de l’association 1 Cabas Pour 1 Étudiant d’ouvrir ses portes et de proposer un système de parrainage solidaire de proximité. Elle met ainsi en lien des étudiants dans le besoin avec des familles qui souhaitent les aider. Sur toute l’année universitaire, la famille aidante s’engage donc à donner régulièrement à l’étudiant des sacs de courses, mais pas seulement : le contrat consiste également en un apport relationnel et la famille est sommée de proposer des activités à l’étudiant.


En ce qui concerne la santé mentale, qui a affecté bon nombre d’étudiants pendant cette période de pandémie, des psychologues accueillent les étudiants qui en ressentent le besoin dans les universités. Les prises en charge sont gratuites, et le patient peut bénéficier de 12 séances par année universitaire.
L’étudiant peut également compter sur le 102, le centre de santé universitaire de Lyon et sur des dispositifs d’écoute comme Cnaé et Nightline.


Une réponse politique plus tardive

La question alimentaire ayant été particulièrement soulevée par la crise du Covid-19 severra esquisser une réponse celle de notre mesure actuelle seulement cinq ans plus tard.


Le 29 octobre 2024, le groupe socialiste dépose effectivement une loi pour rendre accessible à tous les étudiants notre fameux repas à un euro. Dans le principe, l’idée est bonne, mais le vote tardif, le 23 janvier 2025, et l’application encore plus lointaine, le 4mai 2026, empêchent la mise en place immédiate de conditions de travail idéales pour les
étudiants ; ce que l’Assemblée nationale oublie donc, c’est que, pour nos étudiants, le travail n’attend pas.


Des avis mitigés :

Cette réforme fait débat au sein des associations étudiantes. Tom Rioufol, président de l’UNEF Lyon, exprime son avis :

« C’est un point essentiel que le repas à 1 € soit mis en place dans la France entière car c’est un des besoins primaires pour tous les étudiants ».

Ça a été une grande bataille culturelle qu’a menée l’UNEF depuis plus de 20-30 ans. »Selon lui, cette réforme ne suffit pas :

« Le repas a été coupé et sous-subventionné de manière énorme, par rapport à ce que l’UNEF avait proposé comme subvention. On n’est pas spécialement dupes sur la situation. On sait que c’est notamment une façon déjà de faire passer la pilule de toutes les réformes racistes, xénophobes, anti-éducation qui sontpassées. Je parle des frais différenciés, de la loi Bienvenue en France et de la suppression des APLS pour les étudiants étrangers. »

Pour le président de l’UNEF Lyon,la réforme des repas du Crous à 1 € pour les non-boursiers n’est donc pas viable sur le long terme et notamment en raison de la surexploitation des moyens du personnel et du matériel.

Sacha Garimé, porte-parole du Groupement des associations étudiantes de Lyon Indépendants et Solidarité (GAELIS), est du même avis :

« C’est une mesure que l’on salue dans un premier temps, car ça fait longtemps que le milieu associatif et les
associations étudiantes se battent pour obtenir ce repas à 1 euro pour tous et toutes.Maintenant, on a quand même quelques réserves sur sa mise en place. »

La raison vient en partie, selon lui, du budget alloué au Crous :

« Il n’y a pas eu de budget supplémentaire alloué au Crous pour justement financer ces repas. Donc on se retrouve coincés à devoir puiser des ressources financières à d’autres endroits. »

Pour lui également, la réforme n’est viable que sur le court terme :

« On demande augouvernement de débloquer des fonds financiers conséquents pour justement financer

Cette mesure sur le long terme sans pénaliser les étudiants sur d’autres thématiques. » De plus en plus d’étudiants viennent manger au Crous depuis l’accès aux repas à 1 € pour les non-boursiers, augmentation qui n’est pas suivie par un effectif suffisant du personnel.
La réforme est donc un petit pas mais insuffisant selon les associations étudiantes et qui arrive trop tardivement dans l’année.
Alexandra, étudiante en licence à Lyon, n’est pas boursière et bénéficie de l’aide financière de ses parents. Elle est du même avis :

« C’est bien parce que ça permet aussi aux étudiants étrangers de pouvoir mieux gérer leur argent. Et donc, ça, je trouve que c’est bien. Mais je ne sais pas si elle va tenir réellement dans le temps, là ça marche car c’est la fin de l’année. »


À un an des élections présidentielles, la situation des étudiantes et des étudiants en France est pour l’instant un chemin de croix financier. Pour se loger et se nourrir, il faut énormément de concessions. Les inégalités et la situation des étudiants se dégradent mais jusqu’à quand ?


Réponse après les présidentielles de 2027, ou pas.

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