Sénatoriales dans le Rhône : candidats, mandats et mode d’emploi

Le Sénat s’apprête à renouveler la moitié de ses membres. Ce dimanche 27 septembre, lors des élections sénatoriales, les 178 sièges restants* sur les 348 que compte l’hémicycle du Palais du Luxembourg seront attribués pour des mandats d’une durée de 6 ans. Dans le Rhône, 7 sièges sont à pourvoir parmi les 10 listes de candidates et candidats déposés. Votés par les 3 817 « Grand Électeurs » du département et non par les citoyens et citoyennes, cette élection dite au suffrage universel indirect, ou votent députés, conseillers régionaux, généraux et municipaux à 95 % en fait une élection plus intime.

Les divers groupes ont choisi leur tête de liste pour siéger en cas de majorité. La rédaction a rencontré deux candidats Serge Bérard, numéro 1 pour la Liste divers droite (une nouvelle énergie pour le Rhône) et Jules Joassard, numéro 3 pour la liste d’union à gauche (agir pour le Rhône), ils répondent à nos questions.

Serge Bérard, candidat pour la liste divers droite (une nouvelle énergie pour le Rhône) et maire de Brignais depuis 2020, devra abandonner son écharpe s’il est élu sénateur ce dimanche 27 septembre. La loi sur le non-cumul des mandats interdit en effet aux parlementaires d’exercer une fonction exécutive locale.

À l’inverse, Jules Joassard, conseiller municipal à Sérézin-du-Rhône et candidat pour la liste d’union à gauche, pourra conserver son mandat local en cas d’élection. La loi ne s’applique pas au conseiller local (régional, départemental ou municipal). Rappelons tout de même sa position de troisième sur une liste qui compte 9 candidats, il devra voir sa formation remporter au moins trois sièges pour faire son entrée dans l’hémicycle.
Si la tête de liste est quasiment assurée de siéger en cas de victoire, le sort de Jules Joassard dépendra donc directement de l’ampleur du score de la gauche.

C’est la population du département qui dicte son nombre de sièges à pourvoir. Comptabilisé au nombre de 7 ici dans le Rhône grâce à sa forte démographie, cela lui offre une représentation de poids au Palais du Luxembourg. Ce sont trois élus de plus que la moyenne des autres départements.

Hémicycle du Palais du luxembourg, Paris. Crédit photo : Sénat

Une campagne de l’ombre loin du terrain

Ici, pas de grands meetings. Les candidats aux sénatoriales fonts campagne auprès des « Grands électeurs », chargés d’élire les sénateurs. C’est-à-dire des élus politiques locaux : députés, conseillers régionaux, départementaux, conseillers municipaux, choisis par les citoyen·es français·es lors des précédentes élections.

À noter que ce vote est obligatoire, sous peine de 100 € d’amende s’ils manquent à leur devoir.

« C’est une campagne qui ne se passe pas sur le terrain » : pas de réveil à six heures du matin donc, ni de déambulation sur les marchés, résume Jules Joassard.

Le candidat d’agir pour le Rhône décrit une élection où les promesses de soutien sont nombreuses, sans toujours se traduire dans les urnes : « L’élection sénatoriale, c’est l’élection où les candidats ne mentent pas et où ce sont les électeurs qui mentent. »

Les sénatoriales seraient-elles donc l’art du mensonge inversé ? Où les promesses de soutien ne garantissent pas toujours le vote final.
Jules Joassard, souligne la complexité de cette dynamique : « Si on faisait l’addition de tous les « grands électeurs » qui nous ont promis de nous soutenir, on serait élus triomphalement à 5 ou 6 colistiers, mais on imagine bien que les uns et les autres, avec leur fidélité, leurs amitiés, choisiront parfois d’autres listes sénatoriales que la nôtre, même si on s’estime même si on a eu des rencontres fructueuses, des échanges constructifs. Les grands électeurs sont des gens avec une certaine expérience politique. »

Dans le Rhône, les candidat·es tentent ainsi de rencontrer les quelque 3 817 « Grands électeurs » du département pour les convaincre.

À sept mois de l’élection présidentielle qu’est ce que cela implique ?

Avec les députés, les sénateurs votent la loi, contrôlent l’action du Gouvernement et évaluent les politiques publiques. Ils et elles assurent la représentation des collectivités territoriales.
Autant le président de la République peut dissoudre l’Assemblée nationale, autant il ou elle ne peut rien faire pour les 6 ans de mandat des sénateurs. Ceux et celles élus le 27 septembre prochain vont rester jusqu’en 2032.

Et les grands bouleversements restent rares dans cet hémicycle, affirme Jules Joassard, « C’est un vote au second degré, il n’y a pas énormément de surprise donc il peut y avoir des évolutions, mais il n’y a pas de révolution, de changement de majorité spectaculaire quand un changement advient, et ce n’est pas arrivé souvent au Sénat ». Sauf surprise, la droite devrait maintenir sa majorité historique ajoute le candidat.

Cette stabilité du Sénat, loin d’être un défaut pour le candidat numéro 1 à la Liste divers droite, est d’ailleurs revendiquée comme une force face aux crises politiques actuelles : « C’est une institution qui a une forme de stabilité réelle qu’il faut conforter d’ailleurs. On voit ce qu’il se passe au parlement, il est en ébullition permanente et les lois qui arrivent au Sénat peuvent être reprises avec un peu plus de recul.»

Avec leurs divergences, les deux candidats s’accordent sur ce point, la stabilité institutionnelle du Sénat. Alors que l’Assemblée nationale subit les blocages et l’usage répété des 49.3 sur les budgets, la Chambre haute apparaît pour eux comme le dernier lieu de véritable examen législatif.

Ce scrutin local s’inscrit directement dans le calendrier national à l’approche de la présidentielle. Pour Serge Bérard, l’enjeu dépasse ce simple cadre local : « La liste que je conduis est à caractère militant. Nous nous inscrivons dans un projet qui va jusqu’à la présidentielle et au de là. Les sénatoriales, c’est une première étape pour nous dans la temporalité et le fonctionnement de nos institutions »

En fonction des équilibres politiques qui sortiront du scrutin, le ou la futur chef de l’Etat aura plus ou moins de facilité à faire traduire son programme dans la loi explique Jules Joassard.

Interrogé par le journal La Croix, le chercheur au CNRS Bruno Cautrès invite toutefois à la prudence : « Au vu du contexte électoral, chacun des partis va scruter les résultats. Mais il faut faire attention à ne pas les surinterpréter : cela reste une élection à la forte dimension politique locale dont il est difficile de tirer des leçons sur le plan national».

*La série 1, qui comporte 170 sièges, a été renouvelée lors des élections sénatoriales de septembre 2023. Le Sénat est ainsi renouvelé par moitié tous les 3 ans.

Sources :

La rédaction

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