Rhino est producteur de musique hip-hop. Il est le beat-maker et membre fondateur du groupe ASM (A State of Mind), et porte le projet Jukebox Champions avec Blanka. Rhino a aussi son projet solo, pour lequel il vient de sortir son second EP, The Leopard Dilemna, qu’il présentera vendredi 10 mai au festival de street art Peinture Fraîche. Il nous répond en français, muni de son accent britannique qui traduit sa vie européenne : né en Angleterre et élevé en Allemagne, Rhino vit maintenant dans le sud de la France.

Rhino revient en solo avec The Leopard Dilemna, et deux clips, le tout disponible en écoute sur sa chaîne Youtube. Droits réservés.

Lyon Bondy Blog : Ton nouvel EP solo vient de sortir, le 26 avril. D’abord, pourquoi ce nom,  « The Leopard Dilemna » ?

Rhino : « The leopard dilemna », ou « dilemne du léopard », c’est parce qu’en anglais, on a une expression qui dit qu’un léopard ne peut pas changer ses tâches. Ce qui veut dire que même si on essaie de changer les choses, on ne peut pas vraiment changer qui on est.

Moi, depuis longtemps en musique, quand j’ai commencé avec mon autre groupe ASM, j’étais toujours très « pure » en hip-hop. Et avec Rhino, j’ai essayé de créer un projet solo, qui était créé pour aller un petit peu plus dans les autres styles de musique, notamment électronique, drum and bass, funk… Beaucoup de mes différentes influences.

« Sur ce nouvel EP, je suis vraiment rooted »

Mais finalement, surtout sur ce nouvel EP, je suis vraiment « rooted ». J’entends beaucoup mes influences hip-hop dedans. C’est pour moi le dilemme du léopard : même si j’ai changé beaucoup de choses, nouvel album, nouvelle agence de tournée, nouveau projet, je ne peux pas changer que c’est le hip-hop qui m’inspire le plus.

LBB : Ce nouvel album sort sous le label lyonnais Galant Records. As-tu un lien particulier avec la ville de Lyon ? Comment s’est passée la rencontre ?

En fait, on s’est rencontré au Mama Festival, à Paris, pour la première fois. Je n’ai pas spécialement quelque chose avec Lyon mais j’aime bien la ville. J’ai joué plusieurs fois avec mes autres groupes et avec Rhino à Lyon, et ça bouge toujours, c’est toujours cool. C’est une ville jolie, il y a pleins de choses qui se passent.

Et Galant Records, qui est le nouveau label Hip-Hop de Jarring Effects. J’avais déjà beaucoup de respect pour le label Jarring Effects, un des plus grands labels indie en France. Et quand on avait parlé ensemble, j’ai trouvé qu’on avait tous le même esprit. C’est pour ça qu’on a décidé de bosser ensemble.

LBB : Vendredi 10 mai, pour le festival Peinture Fraîche, tu présenteras donc ton nouvel EP…

Rhino : Oui, je présente mon nouveau live, mon nouvel EP. Je vais jouer pas mal de morceaux de mon nouvel EP bien sûr, et aussi des autres morceaux que j’ai fait en tant que Rhino. Parce que quand j’ai commencé, j’ai fait pas mal de remix différents de gens comme L’Entourloop, Chill Bump, Chinese Man… Alors j’ai essayé pas mal de remix officiels que je vais jouer aussi, mais oui, c‘est pour la sortie de mon EP.

[Découvrez le dernier EP de Rhino pendant votre lecture]

LBB : D’où tires-tu tes influences hip-hop ?

Rhino : Depuis que je suis enfant, genre 11, 12 ans, c’était la musique qui me touchait le plus. Mais pour moi le hip-hop c’est plus que juste le rap. Musicalement, il y a tellement d’influences… de funk, soul, jazz, reggae. Tout ça c’est dans le hip-hop, c’est super ouvert pour moi. Des fois, tu as une instru qui est plus rap, des fois une instru qui est plus jazz, et c’est ça que je trouve très cool avec le hip-hop.

« J’étais en train de découvrir tout un nouveau voyage musical »

Quand j’étais enfant, j’ai acheté mes premières platines parce que j’avais envie d’être un DJ. Ça c’était il y a 13 ans, et je pensais collectionner les disques. Après dans le magasin de disques, quelqu’un m’a montré un sample [ndlr : échantillon de musique] de morceau hip-hop. Et là j’étais en train de découvrir tout un nouveau voyage musical, avec les différentes choses que les beat-makers hip-hop samplaient [ndlr : sampler, c’est utiliser des samples lorsque l’on crée une musique]. Alors j’en recherche d’autres comme Motown, ou comme je disais jazz, soul, reggae, afro-beat, des choses comme ça.

Alors, ouais, le hip-hop c’est ma passion, ça c’est sûr. Mais ça s’arrête pas juste avec le hip-hop, c’est toutes les musiques autour du hip-hop aussi.

LBB : Qu’est-ce que l’utilisation des machines (sampler, séquenceur, pads, etc.) apporte dans ton style musical ?

Grand amateur de pads et de boîtes à rythme, Rhino est reconnu sur la scène hip-hop pour ses performances live. Voire cette vidéo pour une démonstration par Rhino de la machine MPC Live de la marque Akai. Droits réservés.

Rhino : En tant que beat-maker, j’avais l’envie de créer un live-show qui était vraiment « live » déjà. Jouer vraiment « live », ce n’est pas moi en train de passer les morceaux sur les platines. J’ai quatre machines différentes et je recrée tous mes morceaux en live.

Et je trouvais que c’était dommage des fois quand je vois les gens que j’aime bien, cachés derrière un ordinateur. Alors comme artiste, j’avais envie de créer un live plus intéressant pour le public qui montre aussi comment on fait pour créer la musique hip-hop et électronique. Et aussi comme ça je trouve que c’est plus un live, un vrai live de musique hip-hop électronique, que juste un DJ. J’ai rien contre les DJ, j’aime bien, je suis DJ aussi. Juste j’avais envie de transmettre quelque chose de fort quand je joue en live.

« Je veux avoir la liberté de vraiment jouer en live »

Ça me laisse plus de place pour improviser sur scène aussi. Si je suis en train de jouer un morceau, je voudrais changer quelque chose, ou je sais pas, refaire un refrain ou changer de structure en live, je peux faire ça. Quand on passe un disque, c’est plus difficile de faire ça.

C’est plus comme des vrais musiciens sur scène : si tu avais James Brown sur scène, et lui il disait « Take it to the bridge ! » il va rejouer le bridge, le pont. Et après rejouer le refrain s’il avait envie. S’il trouvait que le public était cool, s’il y a un moment qui touchait le public, il peut rejouer et continuer à improviser, et c’est ça que je peux faire avec les pads aussi et qu’on ne peut pas faire si on est en train de faire un DJ set par exemple. Pour moi, je veux avoir la liberté de vraiment jouer en live.

LBB : Est-ce que c’est difficile de se faire un nom dans le milieu de la production hip-hop ?

Rhino : Je ne sais pas si c’est plus difficile ou moins difficile en hip-hop ou dans un autre style de musique. En général, maintenant, je pense qu’il y a tellement de musique qui sort tout le temps, maintenant qu’on a tous accès à internet, qu’on peut tous mettre notre morceau sur Spotify, Itunes des choses comme ça. Et aussi les logiciels pour créer les musiques : on peut créer tout un album avec un petit ordinateur dans notre chambre. A l’époque c’était pas comme ça. Alors bien sûr, vu qu’il y a plus de musiciens, c’est plus difficile d’être connu.

J’ai de la chance parce que ça fait longtemps que j’ai commencé dans l’industrie de la musique avec mon autre groupe ASM. Quand j’ai commencé le projet Rhino, je partais pas à zéro, mais ouais, je trouve que c’est difficile : il faut travailler beaucoup, tu peux pas juste être un bon musicien, un bon beat-maker maintenant. Tu as besoin aussi de gérer les comptes sociaux, tu as besoin de faire le marketing. Tu as besoin de porter plusieurs chapeaux.

LBB : Tu es parfois présenté comme le « fruit d’une vie européenne » car tu es né en Angleterre, tu as grandi en Allemagne et aujourd’hui tu vis en France. Là, on approche des élections pour le Parlement Européen. La politique européenne, c’est quelque chose que tu suis ?

Rhino : Oui, absolument ! Surtout, vu que je suis Anglais, il y a la chose que moi je trouve très mauvaise, qui s’appelle « Brexit ». Et ouais, je trouve que c’est hyper important qu’on suive un petit peu plus les choses qui se passent en Europe.

Et le vote, aussi. Je trouve que pendant un très bon moment, quasiment tout le monde ne savait même pas qu’on pouvait voter. Chaque fois qu’il y a un vote présidentiel dans un pays, il y a beaucoup beaucoup de curiosité, mais pour le vote européen, on en parle pas beaucoup dans les médias, et je pense que les gens en parlent pas beaucoup.

Surtout qu’il y a beaucoup de nos lois qui passent par l’Union Européenne, et je trouve que ce n’est pas une mauvaise chose. Il y a jamais quelque chose de parfait en politique, mais l’idée d’être un collectif de pays en train de décider des choses qui peuvent être mieux, l’idée est bonne.

The Leopard Dilemna est sorti le 26 avril sous le label lyonnais Galant Records. Droits réservés.

C’est sûr que ça marche pas parfaitement, mais je pense que c’est très important que maintenant on commence, surtout les personnes jeunes, à être un petit peu plus intéressé. Et on vote, car c’est bien d’être sur la table à un apéro en train de dire : « je suis pas content avec si et ça, ça et ça », mais si on vote pas, on peut jamais changer les choses.

LBB : Une dernière chose à ajouter ?

Rhino : Juste que mon nouvel EP est sorti, et que j’ai aussi avec mon projet ASM un nouveau single, « Grape », qui vient de sortir sur Chinese Man Records. Et un album qui va arriver avec. Ça se passe en ce moment, alors n’hésitez pas à me suivre sur Instagram ou Facebook… et « big up ! » à tout le monde qui a déjà écouté le nouvel EP !

Camille Rouet

En expédition journalistique au sein du Lyon Bondy Blog.
Coréalisateur du web-documentaire "Ingénieur Pour Demain".
Camille Rouet