Napoléon prononçait en 1815 la phrase : « Lyonnais je vous aime ». Photo Pixabay

À l’occasion du bicentenaire de la mort du premier empereur des Français, le Lyon Bondy Blog s’est intéressé aux relations qu’a entretenu Napoléon Ier avec Lyon. Un lien fort qui a permis à la ville de retrouver son panache d’antan. Un héritage toujours visible même deux siècles après sa mort.

Napoléon et Lyon, c’est une histoire qui est née en 1779. Âgé de dix ans, le jeune Corse arrive dans la capitale des Gaules avec son père. Ce dernier a réussi à lui obtenir une bourse notamment grâce à l’évêque d’Autun Monseigneur de Marbeuf, futur archevêque de Lyon et neveu du gouverneur de Corse. « Ayant effectué ces études à l’école militaire de Brienne et ces premières années de soldat à Valence, il était obligé de passer par Lyon », explique l’historien Jean Étèvenaux. Dès cette période, il est fort intéressé par la ville lumière. « Lorsqu’il était en garnison à Valence, il empruntait des livres à des libraires lyonnais », indique l’historien.

Il faudra attendre l’année 1786 et un arrêt en transit afin de rejoindre une excursion en Bourgogne pour que Bonaparte tombe pleinement amoureux de Lyon. « Napoléon passe de nombreuses fois à Lyon notamment pour des raisons militaires mais également quand il est nommé roi d’Italie ». Il y réside notamment pendant 36 jours avec son régiment pour « mater » les troubles survenus entre ouvriers et maîtres à propos du prix d’achat des fabrications. Son attention est également très vite attirée sur la situation déplorable de la ville d’un point de vue économique et social. C’est à l’issue de ce voyage que Napoléon déclare à son oncle, le futur archevêque Joseph Fesch, son amour pour Lyon : « Je quitte Lyon avec encore plus de peine que Valence. Je me trouvais si bien dans cette ville qu’il me semble que j’aurai voulu y passer ma vie ». L’histoire d’amour entre Napoléon et Lyon peut alors commencer.

Des premiers voyages de passages aux premières reconstructions

Il revient plusieurs fois à Lyon en 1787 et 1791 mais sans jamais trop y rester longtemps. Ce n’est qu’en 1794 que le jeune général revient à Lyon pour trois jours. Assisté de son aide de camp Jean-Andoche Junot et son frère Louis, il constate avec effroi le désastre du soulèvement de Lyon contre la convention, opposant les « Rolandins », composés de Girondins et de Royalistes aux « Charliers » lyonnais, proches des Montagnards.

Il y passe également en transit lorsqu’il reçoit les commandements de l’armée d’Italie et celle d’Égypte. À son retour d’Égypte, il est accueilli en héros par les Lyonnais qui voient en lui celui qui peut remettre de l’ordre dans le pays. « Il est perçu comme celui qui va mettre un terme à toute l’instabilité qui a découlé de la période révolutionnaire et de ces massacres », dit Jean Étèvenaux. Une promesse tenue qui s’accompagne d’une liberté encadrée. Il apporte un renouveau économique avec les métiers à tisser Jacquard et des commandes importantes pour sa cour et pour lui-même.

Il revient un an plus tard et en tant que Premier Consul après sa victoire contre le Saint-Empire romain germanique (aujourd’hui l’Autriche) à Marengo dans la région du Piémont en Italie. Un passage d’autant plus remarqué puisque c’est lui qui posa la première pierre pour reconstruire la place Bellecour, détruite durant la période révolutionnaire. (Elle deviendra place Bonaparte sous le Consulat puis place Napoléon sous l’Empire).

Avec Napoléon au pouvoir, Lyon connaît un véritable âge d’or industriel. La soie va prendre un tout nouveau virage avec une production abondante. Lors d’un séjour de trois semaines dans la ville en 1802, Napoléon rétablit la Chambre de commerce de Lyon, fermée pendant la Révolution. La relance des canuts lyonnais permet l’accueil d’investisseurs étrangers et une production plus abondante. De ce fait, Napoléon crée une commission capable de gérer les conflits entre patrons et ouvriers de la soie. Le conseil des prud’hommes voit donc le jour en 1806, directement inspiré des tribunaux de conciliations, déjà présents dans la ville. Son but est d’établir des règles qui garantissent les relations sociales entre les donneurs d’ordres et les canuts. « Le système des prud’hommes repose sur une parité dans des groupements, des associations et des tribunaux où les employeurs et les employés sont tous les deux représentés. »

Lyon sous le Consulat et l’Empire

Au début du XIX ème siècle, Lyon est décrit comme une ville humide à cause de la présence de marécages vers le quartier de Brotteaux, répandant dans la ville des odeurs nauséabondes et provocant bon nombre de maladies graves. La ville paye les conséquences de la Révolution. « Lyon est une ville qui cherche à se reconstruire après les révoltes de 1793 et la répression survenue en mars 1794. De ce fait, elle avait perdu une bonne partie de sa population », décrit Jean Étèvenaux. L’historien rappelle également que la soie, qui avait fait la renommée de la ville autrefois, ne fonctionne plus beaucoup.

Buste de Napoléon. Photo Pixabay

Dès lors que Napoléon est au pouvoir, Lyon connaît une paix sociale et un ordre économique qui va permettre à la ville un nouvel essor. Bien qu’elle soit encore loin de son rayonnement actuel, la ville ne comptait « seulement » que 50 000 habitants (les différents conflits dûs à la révolution de 1789 ont divisé par deux sa population). Elle ne dispose également pas des mêmes limitations qu’aujourd’hui. De ce fait, les communes de Vaise et de la Croix-Rousse sont encore indépendantes. En ce qui concerne le logement, la plupart des habitants vivent sur les bords de Saône dans des conditions épouvantables.

Mais le véritable changement intervient dans l’industrie et notamment dans le métier à tisser. Lyon redevient la capitale de la soie. L’invention du métier à tisser mécanique de Joseph Marie Jacquard en 1801 permet un retour au premier plan de l’activité. Une invention grandement soutenue par l’empereur des Français. Mais une pareille invention demande des maisons plus grandes où disposer cette technologie. C’est alors que le site de la Croix-Rousse est retenu. « Si la Croix-Rousse a été retenue, c’est parce qu’il y avait de la place. Les logements religieux ayant été rasés durant la Révolution, il a été facile de construire ces nouveaux aménagements. » Un changement radical pour les tisseurs lyonnais, qui étaient jusque-là situés quartier Saint-Jean dans l’actuel Vieux Lyon.

Des projets plus ou moins réalisés pour la ville

Napoléon dit un jour : « J’aime les lyonnais et ils me le rendent bien ». Cette admiration mutuelle était si forte que le premier empereur des Français envisageait même d’en faire sa capitale administrative. C’est du moins ce qu’il dicte au comte de Las Cases lors de son exil à Sainte-Hélène. L’idée lui vient en 1802, au retour d’Italie. Napoléon, alors Premier Consul de France, s’arrête 18 jours dans la cité rhodanienne. Cette halte a pour but de parlementer avec les députés italiens du palais « Consulta » à propos de la République cisalpine (royaume d’Italie à partir de 1804). La situation géographique de Lyon étant favorable aux dialogues, Napoléon fait de Lyon sa capitale administrative le temps d’un instant.

Il en garde un si bon souvenir qu’il envisage même de se faire sacrer empereur dans la capitale des Gaules. La bourgeoisie de Paris ne lui inspirait que très peu confiance ; il l’a qualifié même de « canaille ». Malheureusement, il ne réalisera jamais ce souhait. « Tout y était à créer » selon lui. De ce fait, les pouvoirs sont restés à Paris. Mais ce n’est pas le seul projet à n’avoir jamais vu le jour. Un palais impérial devait se construire à Confluence. Des plans étaient même réalisés par l’architecte Curten l’aîné. La construction devait démarrer en 1810 et réunir 3 000 ouvriers. Le désastre de la campagne de Russie et les multiples attaques des puissances européennes de l’époque conduit Napoléon à abandonner cette idée.

Des projets ont cependant vu le jour durant le règne de l’Empereur. D’un point de vue urbain tout d’abord, avec l’agrandissement de l’est lyonnais notamment au quartier Brotteaux et l’aménagement d’immeubles dans le quartier de la Croix-Rousse. Des travaux si importants que Napoléon les supervise en personne. Mais le secteur urbain n’est pas le seul domaine où des aménagements sont réalisés. Grâce à un décret, il acquiert l’Antiquaille, situé dans le Vème arrondissement, et le transforme en dépôt de mendicité, une maison de travail ainsi qu’un hôpital. En ce qui concerne les arts, c’est Napoléon qui décida d’installer l’une des trois écoles de dessin de France au palais Saint-Pierre.

L’un des derniers bastions de la Grande Armée

À partir de 1813, Lyon va vivre au rythme de la guerre. Après avoir perdu à la bataille des Nations à Leipzig, Prussiens, Autrichiens, Russes et Suédois s’apprêtent à envahir la France. Alors que Napoléon est en Champagne pour contrer l’invasion, il va mettre sur pied, en 1814, « l’Armée de Lyon » commandé par le maréchal Augereau. « C’est une armée qui était principalement composée de fantassins et de cavalerie […] elle était très peu expérimentée ce qui explique la retraite », juge Jean Étèvenaux. Alors que ce corps d’armée est peu nombreux et mal équipé, les Lyonnais repoussent les 12 000 Autrichiens qui s’approchaient dangereusement de Lyon. En février et après la venue de renforts venant de Toulon, les villes de Nîmes et Valence renforcent l’armée de Lyon, désormais composée de 16 800 hommes. Ils ont pour but de créer une division des forces alliées afin de battre séparément les forces de la coalition. Les forces sont dispersées sur deux points distincts. D’un côté, la division Musnier est placée à Bourg-en-Bresse. L’autre, la division Pannetier sur Mâcon. Cette tactique permet dans un premier temps de repousser les Autrichiens. Après avoir convergé, les forces se dirigent vers Genève, puis elles sont rejointes par des troupes stationnées à Grenoble. Face à cette montée en puissance de l’armée française, le commandant en chef Schwarzenberg comprend l’urgence de faire venir plus de force sur ce front et détache un corps d’armée de 56 000 hommes. Dès lors, les hommes d’Augereau ne cesseront de reculer, la loi du nombre faisant l’affaire des Autrichiens. C’est le 20 mars 1814 qu’a lieu la bataille décisive, celle de Limonest. Bien que le combat se passe à un contre trois, et malgré la bravoure des soldats français infligeant de sérieuses pertes aux Autrichiens (on parle de 1 400 morts), Augereau privilégie la retraite afin de conserver le peu d’hommes qui lui reste.

Lyon est alors envahi un jour plus tard, le 21 mars 1814 et la ville passe sous pavillon autrichien. L’Empereur abdiquera 15 jours plus tard, le 6 avril 1814 et part en exil pour l’Île d’Elbe. Il ne reviendra à Lyon qu’un an plus tard durant l’épopée des « cents jours », où les régiments de grenadiers en garnison à Lyon le rejoignent sans hésitation. « C’est de Lyon que Napoléon prend les premières mesures pour remettre à jour l’Empire », explique Jean Étèvenaux. Face à l’accueil chaleureux que lui accorde les Lyonnais, Napoléon exclama son amour pour Lyon et ces habitants avec la formulation suivante : « Lyonnais je vous aime ».

C’était la dernière fois que Napoléon s’adressait aux Lyonnais. Ce retour ne sera cependant qu’un feu de paille. Après avoir perdu contre les puissances européennes à Waterloo, le Général Suchet, commandant de l’armée des Alpes ne pourra repousser les Autrichiens qui pénétrera pour la seconde fois dans Lyon. Quant à Napoléon, il est envoyé en exil sur l’Île de Sainte-Hélène et ne reverra plus jamais Lyon ainsi que la France.

Thibaut Eperdussin