A Lyon, les bars associatifs sont pour beaucoup des lieux culturels de proximité. Pour d’autres, ils ne respecteraient pas les règles d’écologie urbaine. Mais où est donc la vérité ? Laurine a enquêté…

Jugé coupable par la Cour d’Appel de Lyon : c’est la sentence qu’a connu le 17 janvier dernier, après une banale plainte pour nuisance sonore, le bar associatif K-barré, situé dans le 7ème arrondissement. Une décision surprenante étant donné que le bar possède un limiteur sonore (6000 euros) et que, selon une lettre de recommandation du procureur de la République, il ne constitue pas une gêne pour le voisinage. D’ailleurs, c’est également le même constat que l’on peut tirer d’une trentaine de descentes de la police, douane, BAC, qui n’ont jamais reconnu d’infractions. Le K-barré est, par ailleurs, adapté aux normes comme l’exige l’écologie urbaine, politique menée par le Grand Lyon afin de préserver l’environnement des territoires urbains.

Malgré tout, le K-barré est en danger. En cause : les intérêts immobiliers de la ville. En effet, au vu des  nombreuses fermetures de bars suite à des procès perdus par leurs gérants, il semblerait que la justice donne trop souvent raison aux intérêts immobiliers. D’après le Président du K-Barré, monté il y a trois ans, il y a « une volonté chronique d’étouffer ces petits lieux culturels indépendants. On rentre dans une ère d’intolérance chronique ». Car, signalons-le, le K-barré est un espace auto-géré qui ne perçoit aucune subvention de l’Etat, ou de la commune. Indépendant, il s’acquitte néanmoins des charges de la ville, T.V.A, taxe professionnelle, impôts et bien sûr les honoraires du procès.

Il n’est pas la seule victime de cette expropriation de la culture de proximité. Ainsi, d’autres bars associatifs tels que Le Citron, De l’autre côté du pont sont tout autant menacés par leur voisinage soutenu par les mairies et l’écologie urbaine. Avant cela, il y avait déjà eu Le Bistroy, Le Bastringue, et la liste ne fait que s’agrandir.

Autre fait marquant : Richard Brumm a été choisi par Gérard Collomb pour gérer les finances de la ville. Adjoint donc aux finances de la ville, il est aussi un remarquable avocat qui possède son propre cabinet (Brumm et associés). Ce cabinet compte pour clients un certain Jean-Michel Aulas, ou encore Gérard Collomb. Et se trouve très bien placé pour défendre les intérêts immobiliers du Grand Lyon. C’est d’ailleurs ce même cabinet qui a défendu le propriétaire des murs du K-barré.

La culture de proximité serait-elle en train de s’éteindre lentement mais sûrement ? Pour Jean- Pierre Bouchard, chargé de mission aux musiques actuelles à la mairie de Lyon, l’affaire du K-barré est « un cas isolé ».

J’ai alors pris l’initiative de rencontrer le gérant d’un autre bar, dans la même lignée que le K-barré. Et le constat est le même. Dès que l’occasion se présente pour fermer ce genre d’établissement, il y a comme une hypocrisie ambiante au sein de la mairie. On ignore les requêtes, on feint l’ignorance jusqu’à ce que le lieu-dit ferme ses portes dans l’indifférence totale. La politique locale semble vouloir régir la dimension culturelle du Grand Lyon, notamment en créant un ghetto de la culture dans le Confluent à 2000 € le mètre carré ! Un comble pour une ville qui a postulé (et échoué) au titre de capitale européenne de la culture 2013.

En ce qui concerne le K-barré, l’avis d’expulsion se fait attendre mais l’équipe, tout comme les fidèles du bar, ne se découragent pas et continuent la résistance pour sauver ces lieux de représentations culturelles en danger face à la réglementation de la pollution sonore.

Auteur : Laurine Pereira