75 % des maladies émergentes chez l’humain proviennent de l’animal. Un chiffre qui résume à lui seul l’urgence : impossible d’être en bonne santé sur une planète malade. Pour nous protéger, il faut donc préserver simultanément l’humain, l’animal et l’environnement. C’est précisément l’idée du One Health Summit, organisé à Lyon du 6 au 7 avril 2026.
Environ 3000 participants se sont réunis au centre international de congrès, à l’occasion du One Health Summit, dont des chefs d’État et de gouvernement du monde entier, les représentants des organisations internationales et régionales pertinentes, des parlementaires, des scientifiques, et des représentants du secteur privé, de la société civile, des collectivités locales, des banques de développement et de la jeunesse afin d’accélérer la mise en œuvre de l’approche « Une Seule Santé ».
La journée du 6 avril était consacrée à la science et ses professionnels. Les chercheurs et experts ont adressé 10 recommandations aux Etats et organisations internationales de la quadripartite (OMS, AO, OIE, PNUE). Parmi elles, la nécessité d’anticiper et de prévenir, notamment au niveau des “points chauds” de la déforestation, des zones ou les virus par exemple, passent de la forêt aux humains. Pour reprendre l’expression “Notre environnement est en danger, notre environnement nous tue”, la biodiversité agit comme un bouclier sanitaire en nous protégeant et en contenant les virus en son sein, mais sa destruction libère les espèces, les bactéries, et les virus.
C’est le concept de zoonose, et l’on peut prendre l’exemple du virus Nipah, hébergé par des chauves souris en Malaisie. Leur habitat naturel, la forêt, ayant été détruite, elles se sont déplacées vers les villages et sont entrées en contact avec d’autres espèces, dont les porcs qui ont transmis le virus aux humains.
Le second pilier de ces recommandations, est la lutte contre les antibiotiques et leur utilisation comme “boosters de croissance” dans l’élevage, avec la volonté de trouver des alternatives à ces derniers. L’accent a aussi été mis sur l’importance de transformer nos systèmes alimentaires, pour une production plus respectueuse des sols et de l’environnement. Dans la continuité et l’intensification des efforts sur la réduction de notre impact environnemental, en dépolluant le vivant des pesticides, en contrôlant à la source (dès la conception) ce qui est produit, les scientifiques, tout comme les parlementaires présents plaident pour un organisme permanent pour que les décisions politiques soient toujours prises en concertation avec les experts et la communauté scientifique.
L’alimentation constitue un pilier de la santé humaine, et l’organe concerné est notre intestin. Beaucoup de scientifiques ont aujourd’hui insisté sur le microbiome et l’importance d’avoir des sols de qualité. Ce sont bien les sols, à travers leurs plantes et microorganismes qui permettent la constitution d’un microbiome efficace, ce qui n’est pas le cas avec des sols surexposés aux pesticides et PFAS.

Cette année, ce sommet se tient donc à Lyon, à l’occasion de la présidence de la France au G7. La nouveauté de cette neuvième édition est la tenue d’un forum économique, avec la présence d’entreprises spécialisées qui dévoilent leurs dernières innovations en lien avec la santé et l’environnement. Parmi elles, des multinationales comme Danone, Suez, Sanofi, ou des startups, locales et internationales, venues présenter leurs dernières innovations, dans l’accès à la santé, l’anticipation des futures crises, et l’utilisation des données et de l’IA pour améliorer la résilience et l’efficacité des systèmes de santé. D’ailleurs, leur implication est aussi scrutée de près par la société civile pour éviter le « greenwashing » sanitaire. Comme mentionné par les officiels, et représentants étatiques, la santé de demain passera par “la coopération et le partage de données” avec l’élaboration du logiciel commun du One Health.
L’IA est utilisée dans le cadre de la surveillance épidémiologique par satellite, et détecte les changements de végétation, les évolutions de l’environnement, qui pour reprendre l’exemple du virus Nipah, peuvent pousser des espèces sauvages à se rapprocher des zones habitées.
Cette diversité d’acteurs, allant de groupes comme l’Oréal à des chercheurs et mêmes des associations citoyennes est le produit d’un constat martelé par tous les intervenants : “tous les problèmes sanitaires sont concernés”. Le corps humain, des poumons au cerveau en passant par la peau est exposé, ainsi que le monde animal et notre environnement. Le One Health n’épargne aucun domaine, même nos choix de consommation, d’où cette présence d’un maximum d’acteurs de ces champs de recherche et d’activité, jusqu’à la grande distribution.
La forme de ce sommet est d’ailleurs adaptée pour que tous ces acteurs aient accès à la parole, à travers des discussions, et débats publics, dans lesquels chacun présente ses avancées et ses préoccupations. L’objectif est d’avancer ensemble, partager et transmettre les savoirs et les connaissances pour établir une gouvernance plus concertée et mieux informée afin de sortir de ce modèle urgentiste de gestion de crise pour tendre vers plus de prévention et ainsi agir sur les différents champs d’actions en même temps et à différentes échelles sans être dans la réaction.
Le choix d’organiser ce sommet à Lyon n’est pas anodin, la ville s’étant imposée ces dernières années comme la hub de la santé moderne. C’est en effet à Gerland que se trouve l’académie de l’OMS, mais aussi la première école de médecine vétérinaire moderne, VetAgro Sup. On retrouve aussi dans l’agglomération le pôle de compétitivité Lyonbiopôle, et des géants du diagnostic ou du pharmaceutique, comme Biomérieux ou Boehringer Ingelheim. La région est donc déjà un modèle de coopération où médecins, industriels, vétérinaires, politiques, travaillent ensemble depuis quelques années. Sans compter que la ville et la métropole de Lyon sont aussi des collectivités territoriales modèles dans la lutte contre la pollution chimique des sols, à travers les PFAS.

A l’issue de ce sommet, la présentation ce soir de la “Déclaration de Lyon”, devrait présenter les mesures et les engagements pris par les gouvernements d’après les recommandations des experts, et les besoins de chacun. Cette déclaration doit acter les discours tenus durant ces trois jours, et budgéter la sécurité globale sur le plan sanitaire et régler les points de tension diplomatique comme la surveillance des forêts tropicales, boucliers sanitaires et régulateurs climatiques.
On attend notamment le déblocage massif de fonds pour le “traité pandémie” de l’OMS, pour aider les pays les plus pauvres à s’équiper en laboratoire par exemple. A l’image des conférences internationales pour le climat, on peut s’attendre à des objectifs chiffrés de réduction de l’utilisation des antibiotiques en élevage d’ici 2030, et la création d’un conseil scientifique permanent du One Health, à l’image du GIEC, chargé d’alerter et de prévenir les gouvernements face aux menaces pesant sur l’équilibre sanitaire mondial. Les parlementaires présents, de France et du monde entier, poussent également pour une coalition parlementaire internationale, afin d’avoir des décisions logiques, concertées à l’échelle globale sur un enjeu qui n’épargne personne. Enfin, cette déclaration est attendue au tournant sur la question de la propriété intellectuelle pour les vaccins et les technologies sanitaires, en particulier pour les pays du sud, concernés par ces problématiques de surveillance des milieux naturels, et plus exposés aux potentiels virus.
Ces trois jours de débats, conférences et discussions qui doivent aboutir sur une déclaration empreinte d’engagement, font office de sommet préparatoire pour le volet santé du futur sommet du G7, organisé du 15 au 17 juin prochain. Les engagements pris aujourd’hui ne seront donc peut-être pas définitifs, mais ils permettent l’exposition de sujets, de personnalités et d’idées, qui eux ont pour objectif d’avancer vers l’idée de One Health.





