Entretien avec Gautier Chapuis « Lyon, c’est ma ville, celle qui me fait vibrer depuis toujours »

Gautier Chapuis, adjoint au Maire de Lyon en charge de la Végétalisation, de la Biodiversité, de la Condition Animale et de l’Alimentation, ainsi que co-président du Groupe des Écologistes au Conseil municipal, revient avec nous sur son parcours, son engagement pour l’écologie et les enjeux du projet porté par la majorité écologiste depuis 2020.

Dans le cadre de notre dossier “à un an des municipales : l’heure du bilan”, nous avons exploré le fonctionnement du scrutin, les pouvoirs du maire et proposé une rétrospective des élections de 2020, ainsi qu’un aperçu de la composition du Conseil municipal lyonnais. Aujourd’hui, nous vous proposons la première partie de notre entretien avec Gautier Chapuis, figure engagée de l’écologie politique à Lyon et acteur clé de la majorité municipale.

L’entretien

LBB : Quel a été votre parcours d’engagement en écologie politique, et pourquoi dans la ville de Lyon ? 

Gautier Chapuis : Je me suis rapidement engagé dans l’écologie politique, un environnement qui m’a rapidement amené à comprendre que tout était lié et que les crises climatiques engendraient des crises sociales, qui engendraient des crises démocratiques, etc… J’ai compris qu’il fallait changer de modèle. Mais j’ai un engagement qui, pendant longtemps, n’a été que “civile”. A la fois dans mon travail en sciences de l’environnement, puis mes engagements après sur Lyon, puisque j’ai assez rapidement rejoint à l’époque les marches climat qu’on organisait sur Lyon, et notamment mon adhésion à une ONG environnementaliste très connue. J’étais également référent de la campagne Pollution de l’air à l’époque. Et concernant mon attachement à la ville, il faut savoir que je suis lyonnais depuis toujours. Mes parents étaient dans la région, j’ai ensuite étudié à la Martinière à Montplaisir, je suis un ancien Martin, comme on dit. Donc l’ancrage lyonnais remonte à bien longtemps, mes grands-parents, mes arrière-grands-parents étaient commerçants. Ils avaient un café à Place Carnot d’un côté, et de l’autre, ils tenaient une boulangerie dans le 4e arrondissement. 

LBB : Début juillet 2020 : crise du Covid. Au premier tour, les Verts arrivent en tête, devant les Républicains, devant les socialistes, devant pas mal de monde. Il se passe ce qui se passe. Les alliances se forment au deuxième tour, et début juillet, on vous nomme lors du premier conseil municipal. 

Gautier Chapuis : Non, alors, en fait, moi, je rentre relativement tard dans la campagne, parce que, comme je vous l’ai dit, j’étais plutôt engagé, en fait, société civile. Et je rejoins les écologistes parce qu’il y a une dynamique qui s’appelle “Changer Lyon”, à l’époque, et qui ouvre très largement les portes, au-delà de la question partisane. Moi, je côtoyais plutôt des gens qui étaient engagés sur des questions plus militantes pour le climat, des questions sociales,  typiquement : Fabien Bagnon, ces gens-là. Et c’est le fait que ça s’ouvre très largement. C’est sur cette ouverture-là qui fait que  je me dis qu’il y a une vraie volonté d’ouverture démocratique, on n’est pas sur des jeux de guéguerres partisanes. Et puis, sans oublier la figure de Grégory Doucet, il incarne le secteur humanitaire avec Handicap international. Donc, il y a cette dynamique-là qui monte avec un vrai projet, qui est co-construit, avec de la sociocratie pour monter les listes dans chaque arrondissement. Et c’est ça, moi, qui me fait croire  au fait qu’il y ait une dynamique plus large que simplement le parti Europe Écologie Les Verts, à l’époque. Conséquemment, je m’engage dans la campagne, aux côtés de Camille Augey dans le 9e, face à Gérard Collomb. A l’époque, on nous met en garde : “Vous avez finalement assez peu de chances de gagner avec l’historique Gérard Collomb”. Il faut se remettre dans le contexte, il incarne l’homme politique important de Lyon à cette époque. Forcément, on ne nous donne pas beaucoup de crédit quand on se lance dans cette campagne. Mais nous, on veut montrer qu’il y a une nouvelle vague, qu’on appellera après, dans les médias, La vague verte. Mais il y a toute cette génération-là, finalement, la génération climat, sur laquelle on a envie de penser notre ville différemment aussi.

LBB : Et puis, il y a le premier tour,  où les résultats sortent, et on voit Grégory Doucet à 30 %.

Gautier Chapuis : Tout à fait. Ce qui montre cette dynamique-là, qui n’a cessé de monter depuis l’appel pour changer Lyon au printemps 2019. Il a véritablement agrégé une dynamique lors du premier tour, qui marque à la fois une grande victoire et un moment de trouble très important, puisque le soir même, on nous annonce le confinement et on nous annonce le report du deuxième tour, ce qui est quand même assez unique dans le monde. Ça, c’est peut-être le côté écolo, mais on est toujours sur un regard positif que ça a pu apporter. C’est-à-dire une construction sereine avec nos partenaires de gauche, puisqu’à l’époque, en 2020, on part séparément. Donc par la suite, il y a une vraie dimension de fond qui se crée, de culture commune, d’échange sur nos projets respectifs. Là, vraiment, on a le temps de reposer les choses, de reconstituer, finalement. Alors par visio, bien sûr, mais avec de réels groupes thématiques. On se demande : “Quel est le projet que l’on veut pour Lyon sur les six ans à venir ?” Et l’union se fait comme ça, avec beaucoup de force et de cohésion, à ce moment-là.

LBB : Et en plus, vous avez de la chance, parce que Gérard Collomb fait une énorme bêtise, il s’est lié avec Laurent Wauquiez.

Gautier Chapuis : Oui, tout à fait. Ça, de toute manière, on le sentait venir, malheureusement, dans la trajectoire. Je dis malheureusement, parce que j’ai beaucoup d’estime pour Gérard Collomb. Et sur ce qu’il a pu faire aussi avec les écologistes, mais pas qu’eux. Il était parti au début avec les communistes, même sur son premier mandat. On lui doit aussi beaucoup de choses. Mais c’est vrai que, pour moi, c’est l’erreur de trop, de s’allier avec la droite. C’est une sorte de fuite en avant, mais qu’on avait un peu sentie, puisqu’à l’époque où il était ministre de l’Intérieur, on sentait déjà le temps durcir, il y avait une tendance à se droitiser, qui vient finalement achever cette mue. Ce qui fait que pour le coup, il n’est plus du tout à la rencontre des attentes des Lyonnais et des Lyonnaises. Du coup, effectivement, on gagne. Grégory Doucet me propose d’être délégué à l’alimentation au départ. De fil en aiguille, avec la démission de Nicolas Husson, je deviens adjoint.

LBB : Et comment ça se passe, justement, quand vous venez, vous devenez adjoint ? Votre vie, elle change complètement, à ce moment-là ?

Gautier Chapuis : Je ne dirais pas qu’elle change, parce que ma vie était déjà faite d’engagement. 

LBB : Vous avez plus de responsabilités ? 

Gautier Chapuis : Oui. Par contre, ça, oui. Effectivement, c’est d’autres responsabilités. Après comme je vous le disais, moi, je suis Lyonnais, c’est ma ville. J’ai fait une période de ma vie en études à Toulouse, par exemple, et je me suis souvent posé la question, est-ce que j’aurais pu m’engager politiquement à Toulouse ? Et je pense que la réponse est non, parce que Lyon, c’est ma ville. C’est vraiment la ville qui me fait vibrer depuis toujours. C’est vraiment cette ville-là, moi, qui me donne envie de changer et puis qui me donne envie de l’adapter aux enjeux de demain. C’est ça qui me fait vibrer. Donc, effectivement, c’est des responsabilités qui sont importantes, mais je le fais avant tout pour ma ville et les générations qui vont suivre.

LBB : Et donc, ça fait quoi d’avoir fait le 06 de Grégoire ?

Gautier Chapuis : Ça me paraît assez naturel, parce que c’est quelqu’un avec qui on a milité, quelqu’un avec qui on a marché pour le climat. Donc, effectivement, on échange beaucoup. On est d’ailleurs deux coprésidents avec Philomène Récamier, qui est la première adjointe du 3e arrondissement à la culture. C’est vraiment une volonté aussi, sur cet équilibre arrondissement/conseil municipal, qu’on a souhaité investir notre énergie au niveau du Groupe des écologistes. Donc, effectivement, on échange beaucoup. Grégory Doucet s’appuie beaucoup sur le Groupe des écologistes. C’est normal, c’est son groupe aussi. C’est quelqu’un de relativement simple humainement. Il est très proche des gens, et très à l’écoute. Et je pense qu’il a une manière de vouloir la gouvernance assez différente de l’ancien mandat, beaucoup plus horizontale et beaucoup plus sur la délégation au sens propre du terme dans ses adjoints et ses adjoints.

LBB : Il y a une part de la population, notamment la jeunesse, qui s’instruit et qui est très consciente des enjeux environnementaux. Mais il reste quand même une part de la population qui est plutôt sceptique. Qu’est-ce que vous auriez envie de dire à ces personnes ? Qu’est-ce que vous auriez envie de leur dire pour comprendre ces enjeux ?

Gautier Chapuis : Alors, déjà, nous, on construit la ville pour chacun et chacune. Effectivement, on était dans un projet politique, mais à partir du moment où vous êtes élu, vous êtes l’élu de chaque lyonnais et lyonnaise. Donc, on a cette responsabilité-là. Et on dit souvent qu’on construit la ville de zéro à cent ans, et vraiment pour tout le monde, à la fois en termes d’âge que de position socioprofessionnelle. C’est vraiment important pour nous de parfois rééquilibrer,  et c’est ça qu’on appelle la justice sociale. Mais en tout cas d’avoir un projet de ville qui ne mette personne sur le côté. Et quand on parle d’écologie politique, c’est vraiment ça, faire en sorte qu’il y ait, bien sûr, les enjeux environnementaux, de biodiversité, de climat, mais également cette justice sociale. Et le troisième pilier, c’est la démocratie. C’est faire en sorte que chacun et chacune ait la main sur son destin, sur les positions et sur les décisions qui vont être prises. Ce n’est pas juste un bulletin qu’on met tous les six ans dans une urne, c’est vraiment au quotidien. Comment on peut toujours et toujours réfléchir à redonner plus de pouvoir aux gens. Et donc, du coup, qu’est-ce que j’ai envie de dire ? Effectivement, je pense que tout le monde est conscient, en fait, des enjeux environnementaux. Si vous discutez un peu avec les gens, bien sûr, il va y avoir les climato-sceptiques, bon, ça, c’est une chose. Mais au fond, quand on passe un été à Lyon et qu’il fait 45 degrés, on ne peut pas dire que c’est normal. Et on ne peut pas dire qu’on n’est pas conscient du changement qui est en train de s’opérer. On est l’une des villes qui se réchauffe le plus de France, par rapport au niveau français et au niveau européen. Donc, bien sûr, ça nous touche tous et toutes. C’est les canicules, les fortes chaleurs, mais ce n’est pas que ça. Il y a également les épisodes de grand vent, on ferme de plus en plus les grands parcs, et ça, c’est aussi dû au dérèglement climatique. C’est des épisodes de pluie intense, on l’a encore vu cet automne. Tout ça, en fait, vient impacter directement notre vie au quotidien. Donc, je ne pense pas que ce soit juste les jeunes qui soient conscients et qui conscientisent cela. Par contre, la différence, c’est peut-être que les jeunes se disent que c’est le monde dans lequel ils vont plus vivre. Ils sont donc plus attachés à cet avenir-là, en tant que tels. 

LBB : J’aimerais rebondir sur cette notion de démocratie. En 2001, quand il y a Gérard Collomb, il y a une forte majorité écologiste. Il y a beaucoup d’élus écologistes, notamment Emeline Baume, Étienne Tête et Françoise Chevalier. Leur fer de lance, c’est la démocratie participative. Vous, vous êtes en place depuis 2020. Est-ce que vous n’avez pas oublié un peu la démocratie participative, aujourd’hui ?

Gautier Chapuis : Je ne crois pas, non, parce que notre troisième adjointe, Chloé Vidal, porte ça. C’est la troisième adjointe. Et elle est adjointe à la démocratie participative, locale, son rôle est de remettre du pouvoir dans les mains des habitants et des habitantes. Et au-delà de ça, d’ailleurs, c’est assez ubuesque parce que c’est quelque chose aussi qu’on nous reproche. On nous reproche tout et son contraire. On nous reproche parfois que ce soit trop long, qu’on consulte trop. Et parfois, qu’on ne consulte pas assez. En fait, il n’y a pas un projet dans lequel il n’y a pas des consultations qui vont au-delà de ce qu’on a la nécessité de faire légalement. Enfin, on multiplie les réunions publiques. Il y a la mission démocratie ouverte qui a été créée à la Ville de Lyon pour accompagner tout ça. Il y a le budget participatif, c’est 12,5 millions d’euros qui sont donnés dans les mains des habitants et des habitantes sur des projets qui sont votés par la suite et que l’on se doit de réaliser. Donc, je ne dirais pas qu’on a oublié. Mais si on rentre dans le détail, en fait, chaque politique publique infuse de cette volonté de remettre la place, plus de place dans la proximité et dans la main des habitants et des habitantes. Par exemple, la cantine, la restauration scolaire ont créé une commission menu pour les enfants. C’est-à-dire, si les enfants rejettent des menus, les adultes n’ont pas leur mot à dire, c’est les enfants qui ont choisi. Il y a le conseil d’arrondissement des enfants qui ont été créés également. Il y a les consultations Lyon Jeunesse dans lesquelles les jeunes ont toutes leurs places. Ou même, il y a la capacité d’avoir des bourses jeunesse pour s’engager davantage. Il y a tout le projet de redonner du poids aussi aux arrondissements, de leur redonner plus de place. Il faut savoir que quand on est arrivé, les arrondissements étaient délaissés, voire même mis de côté sur certaines décisions. Aujourd’hui, ils sont au cœur des dispositifs sur le choix des aménagements, que ce soit urbain ou, par exemple, sur la végétalisation. Quand ça se passe dans un arrondissement, c’est les arrondissements qui choisissent. Ils ont le dernier mot, ils ont le choix. Que ça soit d’ailleurs pour des arrondissements majoritaires ou d’opposition. Il n’y a pas de question là-dessus. Et puis, on écoute, au-delà de ça, les remontées et ce que l’on peut sentir. Quand par exemple on repousse des travaux parce qu’on sent bien qu’aujourd’hui, c’est une crispation qui est très forte. Ça n’empêche qu’on ne transforme pas la ville sans faire de travaux. Mais la effectivement, il y a une quantité de travaux qui est très importante. On le voit et on le décale volontairement. Par exemple, je crois que c’est 70 ou 80 kilomètres de voies lyonnaises qui ont été décalées par Bruno Bernard. Nous, c’est la même chose en ville. On essaie d’ajuster, on écoute. Donc, effectivement, on voudrait nous donner l’étiquette des personnes qui n’écoutent pas. Mais en fait, c’est ce qu’on fait au quotidien. Il n’y a pratiquement pas un soir de la semaine où je ne suis pas en réunion publique. Hier, on était avec le collectif Végétalisation du Vieux-Lyon. La semaine prochaine, on a les réunions de concertation sur le chalet, la chambre du parc de la Tête d’Or. Enfin bref, c’est tout le temps. C’est tout le temps, en fait, que l’on fait vivre cette démocratie locale.

Dans la seconde partie de notre entretien, nous reviendrons sur le mandat des écologistes, les difficultés rencontrées et les projets qu’il reste à mettre en place. Nous évoquerons également les précédentes élections européennes ou encore le projet de réforme de la loi PLM.

Interview réalisée par Etienne Aazzab et Semard Clara

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