
Inspirées notamment par les mobilisations françaises, les manifestations italiennes du 16 octobre ont dénoncé le manque de moyens de l’école publique, la vie chère et les dépenses militaires. Après les violences survenues dans plusieurs villes, Giorgia Meloni a riposté par un durcissement sécuritaire. Entre circulation des slogans et bataille politique autour du droit de manifester, la contestation entre dans une nouvelle phase.
« Facciamo come in Francia » : faisons comme en France. Le slogan circule dans les mobilisations étudiantes italiennes d’octobre. De Turin à Gênes, en passant par Milan, Florence et Rome, des jeunes descendent dans la rue pour dénoncer leurs conditions d’étude et les choix budgétaires du gouvernement de Giorgia Meloni. Le 16 octobre, le « No Meloni Day » donne une dimension nationale à cette contestation. Selon les organisateurs cités par Il Fatto Quotidiano, plus de 400 000 étudiants ont participé aux cortèges organisés dans des dizaines de villes. Ce chiffre, qui n’a pas fait l’objet d’un décompte indépendant, doit être attribué à ses auteurs.
La France apparaît ainsi comme une référence explicitement revendiquée par une partie des manifestants italiens. Mais derrière les slogans communs, les revendications restent ancrées dans les réalités propres à chaque pays. Et en Italie, la mobilisation ouvre désormais un autre front : celui de la réponse sécuritaire du gouvernement.
« De l’argent pour l’école, pas pour la guerre »
« Soldi alla scuola, non alla guerra » : de l’argent pour l’école, pas pour la guerre. À Gênes, ce slogan résume les revendications des étudiants mobilisés après l’occupation de plusieurs lycées. À l’appel du mouvement OSA (Opposizione Studentesca d’Alternativa), des élèves d’une dizaine d’établissements ont fait grève et défilé dans le centre-ville. Ils dénoncent l’état dégradé des écoles, le coût du matériel pédagogique et la hausse des transports publics. Ils contestent également une disposition du décret sur l’école relative à la proportion d’élèves étrangers dans les établissements concernés, qu’ils interprètent comme un plafond de 30 %.
Ces revendications s’inscrivent dans un mouvement plus large. Lors du « No Meloni Day », les étudiants dénoncent les bâtiments scolaires dégradés, le coût des études et les choix du gouvernement en matière de dépenses militaires. À Florence, une banderole résume leur détermination : « Se ci togliete il futuro noi vi blocchiamo il presente ». « Si vous nous privez d’avenir, nous vous bloquons le présent. »
La contestation porte aussi sur la place des jeunes dans les décisions politiques. « Vogliamo essere protagonisti del cambiamento, non spettatori di riforme calate dall’alto » : nous voulons être les acteurs du changement, et non les spectateurs de réformes imposées d’en haut. Les étudiants expriment leur volonté de peser sur les politiques qui déterminent leurs conditions d’étude et leurs perspectives d’avenir.
En France aussi, les mobilisations lycéennes mettent en avant les conditions d’apprentissage et les difficultés rencontrées dans les établissements. Les deux mouvements ne défendent pas nécessairement les mêmes revendications, mais ils partagent des préoccupations relatives à l’éducation, à la précarité et à l’avenir professionnel.
La France comme source d’inspiration
Le rapprochement entre les deux pays ne repose pas uniquement sur des ressemblances observées a posteriori. Certains étudiants italiens revendiquent explicitement l’influence française. Le 16 octobre, des lycéens italiens appelaient à faire « comme en France », notamment à Turin, où plusieurs établissements étaient occupés. Une pancarte affichait même en français : « Le monde est à nous ».
Les réseaux sociaux contribuent à cette circulation des références. Images de cortèges, slogans, appels à manifester et vidéos permettent aux mobilisations de franchir rapidement les frontières. Un mouvement national peut ainsi devenir une source d’inspiration pour des étudiants confrontés à des difficultés comparables dans un autre pays.
Cette dynamique ne signifie pas pour autant que les manifestations françaises et italiennes constituent un mouvement européen unifié. Les organisations, les revendications et les rapports aux pouvoirs publics diffèrent. La référence à la France témoigne d’une influence revendiquée, mais ne suffit pas à établir une coordination entre les mouvements.
La mobilisation italienne possède également ses propres cibles politiques. Le « No Meloni Day » s’oppose directement aux choix du gouvernement italien, notamment sur l’école, les dépenses militaires et les réformes éducatives. La contestation française peut fournir des slogans et des modes d’action ; elle ne détermine pas à elle seule les raisons de la colère italienne.
Des violences localisées, un débat national
Le 16 octobre, les manifestations se déroulent dans un climat de tensions. Des affrontements sont signalés notamment à Turin et à Rome. À Milan, les incidents du week-end sont marqués par des dégradations, des pillages et des affrontements avec les forces de l’ordre. Mais les violences ne résument pas l’ensemble des cortèges, dont beaucoup se déroulent pacifiquement.
La distinction est essentielle : les violences commises par certains participants ne peuvent être attribuées à l’ensemble des manifestants. Les images de dégradations et les affrontements déplacent néanmoins l’attention vers le maintien de l’ordre, souvent au détriment des revendications initiales.
Le 17 octobre, Giorgia Meloni condamne les violences et appelle les responsables politiques à faire de même. « Manifester est un droit. Mettre nos villes à feu et à sang ne l’est pas », écrit-elle sur les réseaux sociaux. La présidente du Conseil distingue les milliers de personnes ayant manifesté pacifiquement des groupes responsables des dégradations et reproche à l’opposition de ne pas condamner suffisamment clairement les débordements.
Le débat dépasse alors la seule question de la responsabilité des auteurs des violences. Il porte aussi sur les réponses politiques à apporter aux causes de la mobilisation. Les étudiants réclament davantage de moyens pour l’éducation et dénoncent la vie chère ; l’exécutif met en avant la nécessité de protéger les personnes, les commerces et les forces de l’ordre.
Meloni riposte avec un arsenal sécuritaire
Le 20 octobre, le Conseil des ministres adopte un nouveau décret-loi consacré à la sécurité publique et à la délinquance des mineurs. Présenté par le gouvernement comme une réponse aux violences récentes, le texte prévoit de nouvelles infractions et un renforcement des outils de prévention et de répression.
Parmi les principales mesures figure la création d’une infraction de participation violente à une manifestation, passible de deux à cinq ans d’emprisonnement et d’une amende pouvant atteindre 20 000 euros. Le dispositif vise notamment la participation à un groupe d’au moins cinq personnes utilisant des objets dangereux et mettant en péril la sécurité d’autrui. Des circonstances aggravantes sont prévues, notamment lorsque les auteurs dissimulent leur visage ou blessent quelqu’un.
Le décret prévoit également de faciliter certaines arrestations différées, de renforcer les dispositions applicables aux mineurs impliqués dans des actes de vandalisme ou de pillage et d’engager, sous certaines conditions, la responsabilité financière de leurs parents. Le gouvernement annonce par ailleurs le déploiement de 500 militaires supplémentaires à Milan jusqu’au 31 décembre, afin de renforcer le dispositif de sécurité dans la ville particulièrement touchée par les violences.
Le texte doit être converti en loi par le Parlement dans un délai de soixante jours, faute de quoi il devient caduc. Son adoption ne clôt donc pas le débat : les dispositions devront être examinées dans le cadre de la procédure parlementaire.
Pour l’exécutif, l’objectif est de dissuader les violences et de réaffirmer l’autorité de l’État. Mais le durcissement des sanctions et l’élargissement des moyens policiers soulèvent aussi la question de la proportionnalité des mesures et de leurs conséquences pour l’exercice du droit de manifester.
La sécurité face aux revendications sociales
La riposte de Meloni met en lumière deux lectures concurrentes de la crise. Pour le gouvernement, les violences exigent des outils juridiques plus stricts afin de protéger les personnes et les biens. Pour les opposants à sa politique, la priorité doit être donnée aux difficultés matérielles qui poussent les jeunes à descendre dans la rue.
Ces deux questions ne s’excluent pas nécessairement : condamner les violences n’empêche pas de reconnaître la légitimité de revendications pacifiques. Mais la manière dont le débat est organisé détermine les sujets qui occupent le devant de la scène. Lorsque les affrontements dominent l’actualité, le coût des études, l’état des écoles et les dépenses militaires risquent de passer au second plan.
La réponse sécuritaire intervient alors que les collectifs étudiants et les syndicats préparent de nouvelles mobilisations. Deux dates se dessinent déjà dans leur calendrier : le 30 octobre, avec une journée de grève générale appelée par des syndicats de base, puis le 20 novembre, autour d’une nouvelle convergence entre mouvements étudiants et organisations syndicales.
La contestation italienne ne se limite donc pas aux journées du 16 et du 17 octobre. Elle cherche à s’inscrire dans la durée, à élargir ses soutiens et à maintenir les questions éducatives et sociales dans le débat public. Reste à savoir comment cette dynamique évoluera face au renforcement du dispositif sécuritaire et à la diversité des organisations mobilisées.
De nouvelles manifestations attendues le 24 octobre
Samedi 24 octobre, une nouvelle journée de manifestations est annoncée dans plusieurs villes italiennes. Étudiants, organisations de jeunesse, mouvements et associations doivent se retrouver autour de revendications portant sur le droit à l’éducation, la vie chère, la paix et les politiques du gouvernement. À Rome et à Turin notamment, plusieurs cortèges sont prévus, avec la participation de lycéens et d’étudiants. D’autres rassemblements sont également annoncés dans différentes villes, sans constituer une mobilisation unique ni nécessairement répondre aux mêmes mots d’ordre.
Alors que le gouvernement renforce son dispositif de sécurité, cette nouvelle journée constituera un test pour les organisateurs comme pour les autorités. Entre revendications sociales, opposition au réarmement et inquiétudes autour des violences, la rue italienne s’apprête à reprendre la parole. La question reste entière : la réponse de l’exécutif permettra-t-elle de contenir les débordements sans reléguer au second plan les véritables raisons qui poussent les jeunes à manifester ?







