Tribunal de Grande Instance de Lyon, Jeudi 17 mars 2011.

justiceMonsieur Tarik* est né au Caire, en Egypte, mais a grandi en Tunisie depuis l’âge de sept ans. Il est déjà connu du système judiciaire pour violence envers sa concubine, outrage, rébellion et entrée irrégulière dans le pays. Tarik comparait aujourd’hui suite à une dénonciation anonyme. « Peut-être une personne qui regarde trop la télévision ou la radio », avance l’avocat de la défense. C’est ça ou alors c’est pour nuire. Le président prend la parole : « Vous êtes en séjour irrégulier depuis longtemps, depuis 2009. – J’ai quitté la Tunisie pour aider ma famille Monsieur. C’est tout ce que je veux, aider ma famille. – Sauf que ce sera pas possible. En plus, vous vous êtes fait remarqué de façon très défavorable (violence sur concubine). Vous avez quelque chose à rajouter ? – Tout ce que je demande, c’est de pouvoir aider ma famille. – Mais vous n’avez rien fait pour régulariser votre situation ! ».

Le procureur demande six mois d’emprisonnement avec mandat de dépôt. Et trois ans d’interdiction de territoire, pour des « faits excessivement simples »

« La sanction doit être pédagogique »

L’avocat de la défense est sous le choc. « Nous vivons une période trouble. Je suis abasourdi par les réquisitions. La situation laisse présager du pire. Vous devez vous poser la question de la réponse à donner. Six mois ferme pour séjour irrégulier, j’ai du mal à l’accepter. Il est en France et il travaille. Quel mal faisait-il ? ». Il enchaine : « Je vise la législation qui nous enferme dans des choses illogiques. Si on veut une cohérence, la sanction pénale n’apportera pas de solution ». Sur la sanction à donner justement : « Elle doit punir quoi ? Le malheur ? La sanction doit être pédagogique. L’incarcération est la seule solution qui ne soit pas la bonne. Elle ne résoudra pas le problème personnel ni ne correspondra à une réponse ». D’autant que « l’actualité nous le rappelle, des gens comme lui, nous allons en accueillir. La sanction pénale n’est pas la solution », répète-il. D’autant que « la Tunisie ne voudra pas l’accueillir ».

Malgré une plaidoirie de haute volée, Monsieur Tarik écopera de deux mois d’emprisonnement ferme avec mandat de dépôt plus un an d’interdiction du territoire, qui s’ajoute aux trois ans auxquels il était déjà tenu, soit quatre ans d’interdiction de territoire français. Ca lui apprendra à prendre le travail des français.

* Le nom a été changé