Band’Rill 2026 se mobilise pour le Centre Ressource : rencontre avec la Dr. Christelle Besnard-Charvet, directrice de l’association

Ce dimanche 27 septembre, la 10e édition du Band’Rill s’élancera à Rillieux-la-Pape pour soutenir l’association Centre Ressource, un autre Regard sur le Cancer. Alors que plus de 433 000 nouveaux cas de cancer sont diagnostiqués chaque année en France, énonce l’association, les coureurs et coureuses se mobiliseront pour récolter des fonds pour l’une de ces 11 structures. Face à l’épreuve de la maladie, la prise en charge par des structures hospitalières traditionnelles ne fait pas tout. Piliers du parcours de soins, ces centres associatifs offrent un accompagnement physique et psychique aux patient·es. Les participants et participantes s’élanceront donc au profit de l’antenne lyonnaise. Implantée dans la métropole depuis 2019, elle a vu le jour sous l’impulsion de la Dr Besnard-Charvet, médecin gynécologue-obstétricienne.

La rédaction du Lyon Bondy Blog est allée à sa rencontre pour comprendre l’impact de ce type d’événements solidaires sur le quotidien du centre, mais aussi sur le poids des inégalités structurelles face à la maladie.

SÉCURISER LE PARCOURS DES PATIENT·ES ET CELUI DES AIDANT·ES

Durant ses années de pratique en chirurgie des cancers gynécologiques, la Dr Besnard-Charvet a mesuré toute la violence du diagnostic. Pour les patientes qu’elle opère et accompagne, le verdict résonne comme « un véritable tsunami dans une vie ». Au-delà des traitements, la maladie s’impose au quotidien et dicte son rythme, tant dans la sphère privée que dans la sphère professionnelle. Même après la guérison, la maladie laisse très souvent des séquelles physiques et un important traumatisme psychologique.

C’est pour répondre à un certain vide thérapeutique que la praticienne initie l’ouverture, en 2019, du Centre Ressource, un autre Regard sur le Cancer à Lyon.

« La plupart des hôpitaux proposent un peu de soins de support pendant la phase aiguë des traitements. Mais après, quand vous êtes à cinq ans de votre cancer, ils ne peuvent plus vous assurer ces soins. » Les chiffres de l’INCa rappellent que, cinq ans après un diagnostic, 63,5 % des patient·es souffrent encore de séquelles.

L’ambition de l’association permet ainsi de sécuriser et d’encadrer des pratiques complémentaires faites dans les centres hospitaliers. L’établissement propose une prise en charge comprenant le soutien psychologique, la gestion du stress, l’activité physique adaptée, la diététique, ainsi que des pôles dédiés à l’insertion sociale et à l’image de soi.

Pour faire vivre la structure associative, la Dr Christelle Besnard-Charvet s’appuie sur une équipe de 100 bénévoles, dont 70 intervenant·es, des professionnels qualifiés. Chacun d’eux, pour postuler, doit justifier d’un diplôme d’État de plus de trois ans dans le domaine médical, médico-social ou social. Après l’étude du CV et de la lettre de motivation, les candidat·es passent deux entretiens : le premier avec un·e référent·e d’activité, le second avec un·e psychologue. Une rigueur justifiée pour offrir un accompagnement de qualité aux bénéficiaires, quels que soient le type de cancer et le stade de la pathologie, ainsi qu’à leurs proches aidants. 

3,8 MILLIONS DE PERSONNES VIVENT EN FRANCE AVEC UN DIAGNOSTIC DE CANCER

Les progrès médicaux ont permis de prolonger considérablement la vie des 3,8 millions de personnes touchées en France par le cancer, elle devient une maladie chronique explique la Dr Besnard-Charvet, mais cette longévité apporte de nouveaux défis au quotidien pour les patient·es poursuit-elle. La fatigue chronique liée aux traitements conventionnels à long terme, mais aussi l’angoisse permanente de la récidive ou de métastases au moindre symptôme physique, peuvent en être des effets secondaires.

La Dr souligne que le cancer est profondément lié aux inégalités sociales et professionnelles, citant notamment « le travail de nuit en 3 x 8 »

Comment fait-on alors pour porter un message de prévention face à ce chiffre ? Et comment peut-on déplacer le curseur de la responsabilité individuelle vers la responsabilité collective et structurelle quand les chiffres de l’Institut National du Cancer rappelle que 41 % des cancers en France sont évitables car liés à des facteurs à risque tel que le tabac, l’alcool, l’environnement. Une partie de ce chiffre inclut par ailleurs des facteurs purement subis : la pollution de l’air, ou les risques environnementaux et professionnels, tels que le 3×8 énoncé par la directrice du Centre Ressource.

Aussi, 20 à 25 % des cancers sont attribuables aux facteurs nutritionnels. La consommation de fruits, de légumes et de fibres alimentaires diminue les risques de plusieurs cancers notamment ceux de la bouche, de l’œsophage, du côlon et de l’estomac. Mais recommander une alimentation protectrice se heurte aux réalités économiques. L’accès aux fruits, légumes et fibres est fortement inégalitaire. Les produits frais restent coûteux pour les budgets modestes, et leur disponibilité est limitée dans les quartiers populaires ou « déserts alimentaires ». Selon Santé publique France, les ouvriers consomment par exemple 50 % moins de fruits et légumes que les cadres.

Cette réalité s’oppose à certaines croyances populaires qui cherchent souvent une cause immédiate et psychologique à la maladie. La Dr Besnard-Charvet s’attache d’ailleurs à démentir la rumeur du choc émotionnel comme déclencheur instantané : « Un événement grave ou un choc émotionnel ne crée pas le cancer en quelques semaines. Si une tumeur est découverte juste après c’est une coïncidence. Les cellules cancéreuses se développaient déjà en secret depuis longtemps »

Autant d’éléments qui amènent la Dr à rappeler que le cancer ne peut se résumer à une cause unique, mais s’envisage comme une pathologie profondément multifactorielle, issue d’une accumulation de facteurs biologiques, environnementaux et sociaux qui agissent sur le long terme « que l’on ne peut pas totalement contrôler »

COURIR POUR ACCOMPAGNER, L’INDISPENSABLE MOBILISATION COLLECTIVE

L’association constate qu’elle touche naturellement un public déjà sensibilisé. Elle se donne aujourd’hui pour mission de collaborer avec les municipalités afin d’apporter ses ateliers de prévention au cœur des milieux les plus modestes. Le modèle économique repose en grande partie sur des appels à projets.

Cette quête de financements est un combat au quotidien pour la structure. « On a zéro subvention ça c’est clair », rappelle la Dr Besnard-Charvet. L’association dépend à 80 % de la générosité des particuliers, des entreprises et des événements de solidarité qu’elle organise. Les bénéfices de ces événements génèrent quelques milliers d’euros de profits, une somme indispensable pour le fonctionnement de l’association.

Le centre compte par exemple sur sa randonnée annuelle à Morancé début octobre, qui réunit plus de 250 marcheurs ou encore sur le concert caritatif offert par l’Orchestre Symphonique des Médecins de France à l’Auditorium de Lyon le 21 octobre prochain. Et ce dimanche 27 septembre ou les coureurs et coureuses s’élanceront dès 9:00 devant le Gymnase du Cosec à Rillieux-la-Pape pour soutenir l’association et ses bénéficiaires.

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