66 % au national : comment dans le 69 les soutiens s’aligne derrière Raphaël Glucksmann

« Enfin, on a une gauche démocratique qui reprend de la vigueur et qui peut gagner l’élection présidentielle », se targue Raphaël Glucksmann au micro de France Inter au lendemain de la primaire de la gauche social-démocrate. Le candidat à l’élection présidentielle a remporté, dès le premier tour, la primaire organisée entre le Parti socialiste, Place publique et la Gauche républicaine et socialiste. Bien que ce scrutin ait mobilisé 120 000 électeurs en ligne après avoir déboursé 15 € (abaissé à 10 € pour les électeurs et électrices les plus modestes), ce chiffre reste nettement inférieur aux taux de participation des primaires précédentes. En 2017, elle avait réuni plus de 2 millions d’électeurs et d’électrices, en 2022, elle a été interne au parti.

Le fondateur de Place publique enregistre un score national de 66 %, les données locales manquent encore pour connaître une potentielle dynamique dans le Rhône.


Comment cette victoire est-elle vécue de l’intérieur par ses principaux et nouveaux soutiens ?


Nous avons posé la question à trois de ces figures de la gauche social-démocratique local : la députée de la 4ème circonscription du Rhône socialiste Sandrine Runel, le Secrétaire Fédéral à la coordination du PS Rhône et conseiller municipal Pierre Lopez Landier ainsi que Jonathan Boquet élu de la circonscription de Villeurbanne.

Glucksmann prend la place d’un PS affaibli

Avec environ 66 % des suffrages exprimés, Raphaël Glucksmann fondateur du mouvement Place Publique s’impose face à ses concurrents (désormais alliés), ou Olivier Faure, premier secrétaire du Parti socialiste, a recueilli environ 14 % des voix.

Le faible résultat pour le candidat montre l’affaiblissement ancien du Parti socialiste, dont les difficultés ne se résument pas à cette seule élection interne. Le taux de participation à la primaire est en chute depuis plusieurs élections déjà.*
À différents degrés, le prix d’accès au vote en ligne fait également débat. La députée socialiste Sandrine Runel regrette ce prix et aurait préféré une contribution de cinq euros, Pierre Lopez Landier, secrétaire fédéral du PS Rhône, admet que les 15 euros ont pu écarter les catégories populaires.


Avec 79 613 voix, le candidat a obtenu une majorité parmi les suffrages exprimés, mais le nombre de votants reste bien inférieur aux millions de participant·es des primaires citoyennes de 2012 et 2017.* Même si les modalités de ces scrutins différaient elle montre quand même les difficultés du Parti Socialiste à mobiliser largement.

Dans le Rhône, Pierre Lopez Landier ne cache d’ailleurs pas sa déception. Le conseiller municipal soutenait Olivier Faure, qu’il considérait comme le candidat le plus à même de rassembler la gauche. Il reconnaît néanmoins que le résultat est « très clair, très net » et qu’il témoigne peut-être d’une attente autour de Raphaël Glucksmann. Il espère toutefois « qu’il soit effectivement attentif à faire de l’extrême droite sont unique adversaire et ennemi » et « que l’on ne perdent pas du temps à parler de La France Insoumise à chaque prise de parole » poursuit-il.

Pour Jonathan Bocquet, membre de Place publique et élu à Villeurbanne, cette victoire est au contraire une confirmation de la ligne défendue par le mouvement. Le score obtenu permet, selon lui, de donner une légitimité au candidat et à son orientation politique. « Il y a une ligne claire qui a été choisie par les votants », estime-t-il.

« La première bonne nouvelle, c’est qu’effectivement maintenant, on a un candidat », se réjouit à son tour Sandrine Runel. Pour la députée socialiste, élue en 2024 dans le Rhône sous l’étiquette du Nouveau Front populaire, cette désignation doit permettre à la gauche sociale-démocrate de sortir de l’attente et d’entrer dans la campagne présidentielle. « On était un peu les seuls à ne pas avoir de candidats », indique-t-elle. La victoire de Glucksmann vient donc donner un chef de file à la famille sociale-démocrate, alors que d’autres courants de gauche ont déjà leurs candidats.

Pour rappel, Jean-Luc Mélenchon a, avec La France Insoumise, déjà engagé sa campagne présidentielle en juin. Nombreux sont celles et ceux à se mobiliser à leurs côtés depuis, en témoignent les images lors des meetings présidentiels. Le dernier en date, ce dimanche 10 octobre à Clermont-Ferrand. François Ruffin est aussi en campagne depuis le mois d’avril avec l’étiquette du partie Debout ! dont il est le fondateur.

Dans le Rhône, ses soutiens doivent désormais transformer ce résultat national en dynamique locale. Il est à ce jour encore impossible de donner la participation à cette primaire à l’échelle du département.

Le rassemblement, prochain défi de la campagne ?

Au-delà de cette victoire d’un jour, la question des alliances est présente pour la suite de la campagne. Sandrine Runel plaide pour un rassemblement de la gauche, citant les Écologistes : « Moi, ce que j’attends de voir aujourd’hui, ce sont les éléments que je n’ai pas en ma possession. Qui ils vont choisir ? Partir avec Mélenchon pour faire campagne ou partir avec le reste de la gauche. ». Leur position devrait se préciser après leur vote interne prévu en décembre.

Au lendemain de sa victoire, Raphaël Glucksmann veut que la gauche sociale-démocrate renoue avec la « radicalité » et incarne la « rupture » rapporte le journal Le Monde . Un élément de langage qui rappelle ce qui est reproché à « l’autre gauche », considérée justement comme plus radicale. Interrogé sur les différences concrètes entre « les deux gauches », Jonathan Bocquet évoque les méthodes politiques, les questions européennes et internationales, ainsi que le rapport à l’universalisme. Il estime que les divergences ne portent pas nécessairement sur les ambitions sociales : « Sur le programme, on peut se retrouver assez largement, notamment sur l’exigence de solidarité. » Il reproche, en revanche, à certains de recourir à des montages vidéo et à des informations qu’il considère comme fausses pendant la primaire. Il va même jusqu’à sortir les cadres du parti, et non les électeurs, du spectre républicain et démocratique en affirmant : « Nous, à Place publique, on considère de toute façon effectivement qu’ils sont sortis par de nombreux dérapages. »

Pierre Lopez Landier poursuit un discours plus nuancé. Il regrette que les divergences entre les partis prennent autant de place dans le débat alors que, selon lui, les expériences locales montrent que les différentes forces de gauche peuvent travailler ensemble. « Moi, je suis de toute façon contre ce discours de dire qu’il y a des gauches irréconciliables », affirme-t-il.

À la suite de la primaire, Sandrine Ruel explique que les trois parties s’unissent désormais totalement derrière Raphaël Glucksmann en vue de l’élection présidentielle de 2027 : « Une équipe commune va se structurer, intégrant un comité politique où siégeront des représentants de chaque organisation. » Cette alliance permettra à chacune des trois formations de peser sur l’élaboration du programme électoral final.

Jonathan Bocquet, annonce lui aussi la constitution prochaine d’un comité de soutien, ainsi que des rencontres avec les électeurs et électrices dans le Rhône pour organiser la campagne et élargir leur mobilisation.

Reste à savoir si la victoire nationale se traduira par une dynamique locale, alors que les résultats de la primaire dans le département ne sont pas encore connus.

Raphaël Glucksmann devient donc le vingt-huitième candidat à la présidentielle à ce jour. La liste de tous les candidats et candidates annoncée est à retrouver ci-dessous :

candidats et candidates déclarés pour 2027

*Après la victoire de François Hollande en 2012 (51,64 % au second tour), Benoît Hamon n’a recueilli que 6,36 % des voix en 2017, puis Anne Hidalgo 1,75 % en 2022. La participation aux primaires socialistes a elle aussi chuté : près de 2,9 millions de votants en 2011, contre environ 1,7 million en 2017 et 121 000 en 2026.

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