À Saint-Fons, au cœur de la Vallée de la chimie, Nathalie Arthaud a retrouvé dimanche 27 septembre les militants et sympathisants de Lutte ouvrière. Pour sa quatrième candidature à l’élection présidentielle, la candidate place les travailleurs au centre de sa campagne. Salaires, retraites, « vote utile » et mobilisation collective : pendant plus d’une heure, elle appelle son camp à « se mettre en ordre de bataille ».
À 15 h 15, les chaises viennent à manquer. La foule se presse pour écouter Nathalie Arthaud. On en apporte rapidement de nouvelles pour accueillir les derniers arrivants. Dans la salle des fêtes de Saint-Fons, l’ambiance est festive, presque joyeuse. Sur scène, la candidate de Lutte ouvrière est, elle, combative.
Le choix du lieu n’est pas anodin. Dans cette commune industrielle du sud de la métropole lyonnaise, au cœur de la Vallée de la chimie, Nathalie Arthaud vient parler du monde du travail. Sa quatrième candidature à l’élection présidentielle, déjà annoncée en décembre 2025, doit servir, selon elle, à faire entendre les intérêts des travailleurs.
« Nous voulons changer le monde, les travailleurs sont une force », lance-t-elle devant la salle.
« 2 200 euros net pour vivre, c’est le minimum décent »
Très vite, le discours descend sur le terrain du quotidien. Salaires, retraites, prix de l’énergie : Nathalie Arthaud veut partir de ce que vivent les travailleurs : « 2 200 euros net pour vivre, c’est le minimum décent », affirme-t-elle.
La candidate défend ce qu’elle présente comme une « politique de lutte » et un « programme de lutte », avec notamment un minimum de 2 200 euros net pour les salaires et les pensions.
Pour donner corps à son propos, elle évoque plusieurs situations qu’elle présente comme révélatrices des difficultés actuelles : l’absence de climatisation dans un service de réanimation pendant l’été, la hausse du prix du carburant à « 2,20 ou 2,30 » euros, ou encore des travailleurs qui pourraient, selon elle, finir par devoir « aller au boulot en trottinette électrique si ça continue ».
Derrière ces exemples, elle élargit son propos à une critique du système économique : « Tant qu’on laisse la classe capitaliste dominer, nous allons de crise en crise », affirme-t-elle.
Elle relie également cette situation à la progression des idées d’extrême droite et à « l’évolution guerrière de la société ».

Une présidentielle, mais pas « un sauveur suprême »
À mesure que le discours avance, l’élection présidentielle semble pourtant passer au second plan. Nathalie Arthaud insiste : « L’élection présidentielle n’est pas le seul horizon politique. »
Pour elle, la campagne doit surtout permettre à ses idées de dépasser le cadre de la salle. « Le plus important, c’est que nos idées puissent sortir d’ici et toucher toute la société », affirme-t-elle.
La candidate dénonce ce qu’elle décrit comme un « véritable cirque électoral ». Les programmes des prétendants à l’Élysée seraient, selon elle, « bien ficelés avec du papier glacé » avant de « terminer directement à la poubelle » une fois le pouvoir obtenu.
Elle refuse surtout que les travailleurs attendent une solution d’un futur président : « On doit raisonner, nous, comme une force capable d’agir, une force capable de changer le cours de l’histoire, sans attendre un sauveur suprême qui arriverait à l’Élysée ou à Matignon », lance-t-elle.
Dans son discours, la question n’est donc pas seulement de savoir qui accédera au pouvoir, mais de savoir ce que les travailleurs peuvent construire eux-mêmes : « Il ne faut pas raisonner en lutte électorale, il faut raisonner en lutte de classe », affirme-t-elle.
Puis elle résume son diagnostic : « Le problème n’est pas la division des politiciens, c’est la division du monde du travail. »
Le « vote utile » face à la mobilisation
Cette vision explique également son opposition au « vote utile » : « On entend beaucoup parler du vote utile, mais nous, nous voulons rappeler qu’il n’y a jamais rien eu de plus utile pour le monde du travail que de se battre, de faire grève et de continuer à manifester », affirme Nathalie Arthaud.
Elle poursuit : « Pour les peuples opprimés, il n’y a rien de plus utile que de se révolter, de s’insurger. Cette force-là, nous l’avons encore. »
La mobilisation collective devient ainsi le fil rouge de son discours. À ses yeux, le rapport de force ne se construit pas uniquement dans les urnes : « Le monde du travail doit repartir à la bagarre », martèle-t-elle.
Une ligne qui correspond également au discours de campagne que Lutte ouvrière revendique pour 2027 : l’organisation présente la candidature d’Arthaud comme un moyen de défendre les intérêts propres des travailleurs et de les appeler à l’action collective.
« Nous avons le pouvoir entre nos mains »
À Saint-Fons, Nathalie Arthaud revient alors à une même idée : les travailleurs ne seraient pas seulement ceux qui subissent les décisions économiques. Ils constitueraient, selon elle, une force capable de transformer la société : « Nous avons le pouvoir entre nos mains de pouvoir tout changer », affirme-t-elle.
Elle évoque les « milliardaires », les « grands actionnaires » et « cette bourgeoisie qui domine ». Selon son raisonnement, leur richesse dépend directement du travail de l’ensemble de la société : « C’est nous qui faisons ces profits, qui faisons ces dividendes, qui faisons ces cours boursiers », poursuit-elle.
Son discours dépasse les seules frontières françaises. Elle dit vouloir défendre « les intérêts des travailleurs de toutes les couleurs de peau, de toutes les origines » et « du monde entier ».
Dans la salle de Saint-Fons, la présidentielle apparaît alors moins comme une fin que comme un point d’appui pour porter ce discours : « Les travailleurs doivent se mettre en ordre de marche », lance-t-elle.
La mobilisation ne fait que commencer
Le calendrier, lui, est déjà en mouvement : « Je serai dans la rue et en manifestation dès le 29 septembre », annonce Nathalie Arthaud.
La date devient le premier rendez-vous concret après cette rencontre de Saint-Fons. Puis vient le suivant : le 30 janvier 2027 à 15 heures à Vénissieux, pour un meeting de campagne.
De Saint-Fons à Vénissieux, la campagne entend donc déjà se prolonger dans la métropole lyonnaise.
À peine la présidentielle évoquée, Nathalie Arthaud ramène une nouvelle fois le regard vers celles et ceux auxquels elle s’adresse depuis le début de son intervention : les travailleurs.
Elle affirme que « le monde du travail est parfaitement en mesure de pouvoir prendre les rênes de cette société », en l’organisant « sur des bases collectives », jusqu’à la perspective de « construire une société communiste ».
La salle applaudit : La candidate conclut sur une dernière conviction, celle qui aura traversé toute son intervention :
« Nous sommes indispensables« .

Article signé par Alice Rondet





