Alexandre Vincendet a été réelu en mars 2026 avec 77% des voix. Il est devenu également Vice-Président à la politique de la ville et au logement de la métropole sous la nouvelle gouvernance de Véronique Sarselli.Le Bondy Blog Lyon l’a rencontré pour évoquer ses projets et ses priorités, à Rillieux comme à la Métropole de Lyon.
Alexandre Vincendet commence sa carrière politique comme collaborateur du député Étienne Blanc, puis rejoint le cabinet de Jean-François Copé à l’UMP, avant de s’installer en région lyonnaise en tant que chef de cabinet du maire de Caluire, en 2013.
Membre des Républicains jusqu’à son exclusion en 2024, il est élu député de la 7e circonscription du Rhône lors des élections législatives de 2022. Il perd son siège en 2024 et rejoint alors Horizons. En parallèle, il est élu maire de Rillieux-la-Pape en 2014, fonction qu’il occupe jusqu’en 2022, avant de retrouver son poste en 2024, puis d’être réélu en 2026. Il est également conseiller de la Métropole de Lyon de 2015 à 2023, puis à nouveau en 2026. Il hérite alors de la délégation à l’habitat et au renouvellement urbain.
Interview réalisée le 25 septembre 2026.
Démolir pour reconstruire : comment le maire veut transformer Rillieux-la-Pape
Lyon Bondy Blog: Comment débute ce nouveau mandat à la mairie de Rillieux ?
Alexandre Vincendet : C’est un mandat qui s’inscrit dans la continuité des deux premiers. Le score de l’élection dit beaucoup de la responsabilité qui pèse sur nos épaules. Cette réélection traduit fondamentalement une très forte attente des habitants : ils souhaitent que nous continuions à transformer la ville, à la moderniser, à poursuivre la rénovation urbaine et à faire évoluer la commune. Il s’agit notamment de poursuivre les projets de rénovation, de favoriser la mixité sociale et de développer les nouveaux quartiers qui sont en train de sortir de terre, avec notamment le quartier Ostérode. Nous y faisons venir de très grandes entreprises pour créer de l’emploi et de la richesse, et ainsi continuer à réaliser des investissements structurants. Cela passe aussi par la création du centre-ville.
Sur le volet culturel, nous avons fait venir, lors du précédent mandat, Moncef Zebiri, chorégraphe hip-hop et directeur du BLOCK, au sein du Centre chorégraphique national. L’objectif est de faire de Rillieux l’une des capitales des arts urbains, d’abord à l’échelle métropolitaine, puis régionale et, je l’espère, nationale. Il s’agit également de travailler sur l’éducation des enfants, notamment avec la mise en place des « vacances apprenantes » et les premières expérimentations qui auront lieu à l’automne. C’est un programme très riche et ambitieux, qui s’appuie sur les deux précédents mandats.
L.B.B : Vous parlez de mixité sociale. Comment cet objectif va-t-il se concrétiser ? Que doivent attendre les habitant·es de Rillieux ?
A.V : Les premières grandes démolitions ont commencé dans la Ville Nouvelle, notamment dans ce qu’on appelle la ZAC des Alagniers, qui est l’une des plus grandes zones d’aménagement concerté de l’agglomération lyonnaise en matière de renouvellement urbain. Le visage de Rillieux est vraiment en train de changer. Ensuite, nous allons reconstruire, avec l’arrivée de la mixité sociale, qui s’accompagnera bien sûr de nouvelles écoles, de nouveaux équipements sportifs et culturels, ainsi que de nouveaux lieux et espaces publics. C’est un changement en profondeur. Ce mandat est celui de la réalisation concrète de la vision que nous avons portée lors du premier mandat.
Il n’y a rien de pire que l’enfermement d’une même population au sein d’un même quartier, quelle que soit cette population. Si nous voulons que les gens recommencent à discuter et à dialoguer ensemble, il faut qu’ils puissent le faire, plutôt que de s’envier ou de se rejeter en fonction de leurs conditions sociales. Il faut donc parvenir à remélanger les enfants et les populations. Cette mixité repose sur différents types de logements : du logement social, de l’accession à la propriété, de l’accession sociale à la propriété et des logements permettant d’accueillir des salariés. Dans les quartiers où nous démolissons des bâtiments qui étaient composés à 100 % de logements sociaux, nous allons arriver, à terme, à environ 60 % de logements sociaux. Le but n’est pas de chasser les habitants qui vivent dans ces quartiers. Certaines souhaitent partir, et la période de démolition et de relogement peut être l’occasion pour elles de changer de logement ou de quitter le territoire, parce qu’elles en ont envie et qu’elles en expriment le souhait. Pour celles et ceux qui souhaitent rester, il n’y a pas de sujet : nous leur proposons des solutions de relogement. Nous apportons également de la mixité avec l’arrivée de nouvelles populations, grâce aux logements qui sont construits.
L’ensemble du projet de rénovation urbaine, tel que nous le portons aujourd’hui, représente un investissement global de plus de 350 millions d’euros, financé par la Ville, la Métropole, les bailleurs et les autres acteurs concernés. Tous les bâtiments qui ne sont pas réhabilités aux dernières normes doivent également faire l’objet d’une attention particulière. Le véritable enjeu à Rillieux, comme dans d’autres quartiers populaires en France, c’est que les immeubles eux-mêmes sont anciens, dégradés et ne présentent pas toujours une architecture très esthétique. Dans les années 1960, il fallait construire très vite. Nous travaillons aussi à la construction de nouvelles écoles. Si nous voulons accueillir de nouvelles populations, il faut également que les équipements publics soient de très grande qualité.Par exemple, les écoles des quartiers populaires sont celles dans lesquelles nous investissons le plus d’argent.
L.B.B : Pour ouvrir la ville, vous évoquez de grands projets : un nouveau centre-ville, une nouvelle tour de logements, « La Danseuse de flamenco », l’ouverture culturelle ou encore la volonté de sortir les jeunes des quartiers. Quels sont vos objectifs ?
A.V : Si je prends l’exemple du volet culturel, nous avons fait le choix de miser énormément sur les cultures urbaines, l’e-sport, les danses urbaines et le street art. Nous avions commencé à mettre ces projets en place lors du précédent mandat, mais nous allons les amplifier pour donner à Rillieux-la-Pape une véritable identité culturelle autour des cultures urbaines.

Nous travaillons évidemment sur le paysage de la ville avec la rénovation urbaine, mais aussi sur les politiques publiques, avec des identités et des expérimentations particulièrement fortes. Notre ambition est de faire de Rillieux-la-Pape un lieu incontournable, d’abord à l’échelle métropolitaine, ensuite régionale et, si nous y parvenons, nationale, en matière de culture urbaine. Je prends par exemple une nouveauté que nous avons réalisée grâce aux équipes du Centre chorégraphique national (CCN). Avec notre soutien, elles ont réussi à présenter un spectacle à l’Opéra de Lyon.Des jeunes des quartiers de Rillieux-la-Pape sont donc allés voir un spectacle à l’Opéra de Lyon. Combien de villes populaires peuvent dire qu’elles emmènent leurs jeunes des quartiers à l’opéra ?
L’objectif fondamental, c’est d’ouvrir les quartiers et de faire en sorte que les enfants puissent découvrir autre chose.
De Rillieux-la-Pape à la Métropole : le logement en ligne de mire du double mandat
L.B.B : En tant que vice-président de la Métropole, quel est votre rôle ? Quels sont vos projets ?
A.V : En tant que vice-président chargé de l’habitat et du renouvellement urbain, je constate qu’il existe une crise du logement dans la Métropole de Lyon, liée à la situation nationale, mais pas uniquement. Mon objectif est de provoquer un choc de l’offre, de relancer la filière et de lui permettre de produire à nouveau des logements, malgré les difficultés qu’elle rencontre, notamment la hausse des taux d’intérêt et celle des coûts des matériaux de construction. Il faut trouver des solutions pour réussir à produire de nouveaux logements et recréer de la mobilité dans le parc immobilier, notamment dans le parc social. Pourquoi la demande de logements sociaux a-t-elle été multipliée par trois en quatre ans ? Parce que 70 % des Français sont éligibles au logement social. Lorsque les Français ne peuvent pas devenir propriétaires, ils se tournent vers le parc locatif privé. Et lorsque celui-ci est trop sollicité, comme c’est le cas actuellement, ils se tournent vers le parc social. Résultat : les personnes les plus fragiles, qui ont besoin en priorité du parc social, se retrouvent sans solution. Il faut donc recréer de la mobilité sur le marché du logement. Cela fait partie de mes missions.
Ensuite, il faut parler du renouvellement urbain et de l’aménagement. Je pilote la finalisation de l’ANRU 2, mais aussi la préparation de l’ANRU 3 pour toutes les villes qui ont un projet de renouvellement urbain. L’ANRU, l’Agence nationale pour la rénovation urbaine, est un établissement public industriel et commercial (EPIC). Elle finance et accompagne la transformation des quartiers relevant de la politique de la ville dans toute la France. Bien sûr, il y a Rillieux-la-Pape, dont je suis le maire, mais aussi Vénissieux, Vaulx-en-Velin, Lyon, Décines, Saint-Priest et Saint-Fons. Toutes ces villes ont des quartiers populaires et des besoins en matière de rénovation urbaine. L’urbain et la politique de la ville font donc partie de mon portefeuille. Je travaille avec l’ensemble des acteurs, notamment pour proposer des dispositifs adaptés.
Par exemple, en arrivant au poste de vice-président, juste avant l’été, j’ai proposé d’augmenter le budget des « quartiers d’été », des animations destinées aux enfants qui ne peuvent pas partir en vacances. J’ai augmenté de 52 000 euros le budget alloué à ces activités, alors même que l’État se désengage. L’enjeu était de pérenniser ce dispositif afin que les enfants et les familles qui ne partent pas en vacances puissent profiter de leur temps libre, alors qu’il y a moins de services publics pendant cette période. C’est une adaptation que nous allons devoir travailler l’année prochaine. En raison des très fortes chaleurs de cet été 2026, beaucoup de familles n’ont pas profité de ces activités et sont restées chez elles. Comme il s’agit d’activités extérieures, il faut que nous réfléchissions à d’autres dispositifs. Nous avons également un sujet autour de la question du « bien vieillir dans les quartiers ». Cela fait partie de notre stratégie en matière d’habitat, afin de pouvoir accompagner et loger au mieux les personnes âgées, qui seront de plus en plus nombreuses.
L.B.B : Maintenant que la Métropole est passée à droite, qu’est-ce qui va changer entre le mandat des écologistes et celui de Grand Cœur Lyonnais ?
A.V : Avant la victoire de Bruno Bernard aux élections de 2020, il existait une tradition à Lyon, à la Métropole et au Grand Lyon : on ne faisait jamais rien sans l’avis des maires, on construisait les projets avec eux. Sous le précédent mandat, certains maires ont eu l’impression que la Métropole leur marchait dessus. Il y avait donc malheureusement un affrontement assez permanent, ainsi qu’une Métropole à deux vitesses, en fonction de l’appartenance politique des élus à la majorité ou non. Aujourd’hui, en tant que vice-président, je constate que certains dossiers de la présidence de la Métropole favorisent les élus qui sont plutôt de son camp ou qui appartiennent à sa majorité. Ce n’est pas ainsi que nous avions l’habitude de fonctionner à Lyon. Sous Gérard Collomb, j’étais dans l’opposition et pourtant, nous avons réussi à faire aboutir de très grands projets. Nous avons réussi à dialoguer. Le premier véritable changement de ce mandat, c’est donc que nous remettons les maires au centre du jeu. Cela n’empêche pas de mener des politiques métropolitaines. Mais le fait d’entendre les territoires et d’écouter les maires constitue une nouveauté importante de ce mandat. Nous respectons les maires, qui sont les élus les plus proches de la population.
Ensuite, nous avons une approche différente sur plusieurs sujets. Je pense notamment à la sécurité, avec la création d’une police métropolitaine des transports, qui n’existait pas sous le précédent mandat. De mon côté, je tiens à étendre la médiation au sein des collèges, notamment dans les quartiers populaires, car nous savons qu’il peut parfois y avoir des situations problématiques. Il y aura aussi la question des aménagements, notamment pour adapter notre agglomération aux changements climatiques. Mais il faut le faire sans opposer les usages et de manière pragmatique. Le but n’est pas de supprimer les pistes cyclables, mais de ne pas opposer les personnes qui ont besoin de prendre leur voiture à celles qui ont besoin de prendre leur vélo. D’autant plus qu’en matière de voiture, Lyon et la Métropole viennent d’entrer dans une nouvelle phase d’électrification. Il y a une volonté d’électrifier le plus possible les usages, y compris les voitures, et nous sommes en train de travailler sur ce sujet.
L.B.B : En tant que membre de la droite et du centre, quel est votre sentiment concernant les prochaines élections sénatoriales ? Qu’est-ce que cela implique ? La division de la droite ne vous inquiète-t-elle pas ?
A.V : Je constate que la division a également atteint les rangs de la gauche. Bruno Bernard a en effet présenté une liste dissidente de celle de l’union de la gauche, portée par les écologistes et les socialistes. La division est donc présente un peu partout. Les élections sénatoriales sont des élections très particulières. Au minimum, le camp politique auquel j’appartiens, la droite et le centre, devrait pouvoir obtenir quatre sénateurs. J’espère simplement que nous arriverons à obtenir au moins ces quatre sièges.
Interview réalisé par Clara-Maria Duchosal et Julie Desbiaux





