À l’approche des élections présidentielles de 2027, plusieurs candidat.es se révèlent d’ores et déjà. C’est le cas que Selma Labib que nous avons interviewée ce vendredi 26 juin afin de l’interroger sur sa présentation à l’élection présidentielle.
Lyon Bondy Blog : Est-ce que vous pouvez vous présenter en quelques mots, s’il vous plaît ?
Selma Labib : Oui, je m’appelle Selma Labib, je suis militante au NPA révolutionnaire, une organisation communiste révolutionnaire. Je suis conductrice de bus en région parisienne, militante depuis près de 10 ans, et candidate aux élections présidentielles de 2027.
L.B.B : Alors justement, est-ce que votre candidature peut faire la différence parce que vous êtes ouvrière, parce que tous les autres candidats sont plutôt issus de l’élite ?
S.L : Bah exactement. La plupart des candidats, la grande majorité, sont… On est trois candidats aujourd’hui déclarés à l’extrême gauche. Oui, c’est important qu’il y ait des travailleurs et des travailleuses pour imposer une autre réalité, pour ramener nos préoccupations, celles des salaires, des licenciements, et aussi notre réalité sous la canicule. C’est l’actualité. Donc oui, on pense que c’est important qu’il y ait des travailleurs et des travailleuses pour dire que c’est nous qui produisons tout, donc c’est à nous de décider de tout dans cette société.
L.B.B: Actuellement, le combat pour les 500 signatures est déjà lancé ?
S.L : Alors bien sûr, ça va être un combat. Le combat est déjà lancé. On est des militants combatifs, des militants de la lutte des classes, on mène des bagarres tous les jours. C’est une autre bataille. Il faut le dire, c’est un petit obstacle antidémocratique, ces 500 signatures. Pour l’instant, on a une cinquantaine de signatures, on est confiants pour la suite. Les camarades, militants et sympathisants sillonnent tous les jours les routes pour trouver des maires qui souhaitent qu’il y ait une autre voix, ou simplement des maires qui pensent qu’on aurait notre place dans ces élections, même s’ils ne partagent pas toutes nos idées.
L.B.B : Donc votre objectif est de défendre les travailleurs et les travailleuses. Quels seront les trois axes de votre campagne ?
S.L : Nous, on ne vient pas aux élections avec des promesses. Toute l’idée, c’est de dire qu’on ne changera pas nos vies avec un bulletin de vote. Ce qu’on a à proposer, ce sont des objectifs pour les luttes. D’abord les salaires, parce qu’on est dans une situation d’inflation continue et nos salaires n’augmentent pas. Moi, je suis conductrice de bus, mon salaire est autour de 1 800 à 1 900 euros par mois. Ensuite, il y a le problème des licenciements : on est pour imposer par la lutte l’interdiction de tous les licenciements et le partage du temps de travail entre tous et toutes. Enfin, on ne veut pas payer pour leur guerre, parce que ces guerres ne sont pas les nôtres. On veut aussi parler de ça, parce que les travailleurs et les travailleuses doivent se poser les problèmes de l’ensemble de la société, et ces guerres sont des guerres pour les ressources menées par les grandes puissances impérialistes, les États-Unis, mais aussi notre propre impérialisme français.
L.B.B : Avec votre camarade Nathalie Arthaud, vous avez à peu près les mêmes propos, mais qu’est-ce qui vous différencie ?
S.L : En fait, on n’a pas envie de se différencier de Lutte ouvrière, c’est pour ça qu’on leur a proposé de faire une campagne commune derrière leur candidature. Ils ont refusé. Nous, on défend un pôle des révolutionnaires. On pense que, dans cette situation, il faut que les révolutionnaires puissent s’exprimer ensemble pour affirmer ce que je disais avant : la nécessité d’en finir avec le capitalisme et de changer cette société, et ce sont les travailleurs et les travailleuses qui peuvent le faire.
L.B.B : Alors justement, comment faites-vous en ce moment pour battre le pavé et essayer d’avoir le plus de militants possible pour cette élection présidentielle ? Quelles sont vos revendications ?
S.L : Je ne sais pas si je peux dire qu’on va les voir, parce que moi je suis au quotidien dans mon dépôt, derrière mon bus, avec les collègues de la maintenance et ceux qui conduisent. La situation, c’est que les bus ne sont pas climatisés. On n’attend pas 2027. Aujourd’hui, il faut faire des droits de retrait parce qu’on conduit dans des chaleurs à plus de 40 degrés dans les bus, et il y a un danger pour notre santé. À l’usine Stellantis de Poissy, ils ont appelé à la grève pour ne pas subir ces chaleurs au travail. Et lors des dernières fortes chaleurs de mai, un travailleur de 19 ans est mort dans le bâtiment. Les patrons sont irresponsables face à cette situation. C’est à nous de prendre nos affaires en main, et c’est dès maintenant.
L.B.B : Donc c’est prendre votre bleu de travail et dire : « Les gars, c’est bon, on arrête de rigoler » ?
S.L : Mais bien sûr. Et puis pas chacun chez soi, pas chacun dans nos boîtes, pas chacun dans nos coins, parce que le patronat, les gouvernements, l’extrême droite aussi, tout le monde cherche à nous diviser. Nous, il faut répondre en disant qu’aujourd’hui, dans les bus, à l’hôpital, on met des couvertures de survie sur les fenêtres pour éviter que les patients meurent de la chaleur. À Poissy, dans le bâtiment, on est tous face aux fortes chaleurs. C’est vigilance rouge sur nos conditions de travail. Donc c’est tous ensemble : plus on est unis, plus on sera forts, et c’est comme ça qu’il faut lutter.
L.B.B : Que faire pour que la société n’ait plus ces braises ardentes ? Comment on fait ?
S.L : Le capitalisme, c’est une société où le patronat voit ses profits exploser pendant que la misère augmente. Le réchauffement climatique, aucun capitaliste, aucun gouvernement n’est en mesure de le résoudre. Le problème, c’est le système capitaliste, le fait qu’il y ait des patrons qui exploitent et se font des profits sur notre dos. Il faut en finir avec cette logique, stopper cette machine. Et qui peut la stopper ? C’est nous, ceux qui produisons tout, ceux qu’on applaudissait aux fenêtres pendant le Covid, les travailleurs essentiels. C’est à eux que nous voulons nous adresser.
L.B.B : On voit qu’il y a une flambée de l’extrême droite en France. Comment votre candidature peut-elle faire barrage à cette extrême droite grandissante ?
S.L : Nous, ce qu’on dit, c’est que 40 % pour l’extrême droite aujourd’hui, c’est 40 ans de politique antisociale et raciste de droite comme de gauche. Quand on dit qu’on va résoudre le problème de l’extrême droite par un bulletin de vote, c’est faux, c’est un mensonge. Le seul moment où l’extrême droite recule, c’est quand les travailleurs et les travailleuses sont dans la rue, en grève : là, on ne les entend plus. Aujourd’hui, l’extrême droite vend son programme au Medef. Ce sont les défenseurs du patronat. Nous, on s’oppose radicalement à elle et on dit qu’il n’y a pas 40 % d’idées d’extrême droite chez nos collègues. En revanche, ces idées martelées à la télévision et par l’extrême droite entrent dans les têtes, et c’est contre cela qu’on lutte. Nous, on dit qu’il faut l’ouverture des frontières, la régularisation de tous les sans-papiers, parce que les travailleurs étrangers et immigrés ne sont pas les ennemis des travailleurs français : ce sont ceux avec qui on bosse tous les jours.
L.B.B : Donc l’unité fait la force ?
S.L Mais bien sûr.
L.B.B : Et donc comment allez-vous améliorer tout ça ?
S.L: Nous, encore une fois, on ne fait pas de promesses. On dit qu’il faut de la solidarité entre nous, qu’il faut travailler à l’unité de notre classe. Tous les jours au travail, mes collègues ne viennent pas me dire que le travailleur étranger leur vole leur pain. Les discussions, c’est comment résoudre le problème des salaires, comment ne pas travailler jusqu’à 70 ans, comment ne pas subir les chaleurs. C’est comme ça qu’on réussira, parce que l’extrême droite ne parle pas de ces sujets-là. Elle parle des immigrés, des uns et des autres. Nous, on s’oppose à cela et on pense que c’est au quotidien qu’on fait reculer ces idées-là.
L.B.B : On arrive à la fin de notre entretien. Est-ce que vous auriez trois axes à donner à nos lecteurs pour qu’ils puissent voter pour vous ?
S.L : Nous, on est internationalistes. On pense qu’on a beaucoup plus de choses en commun avec les travailleurs partout dans le monde qu’avec les patrons bien français de chez nous. Donc on est anti-impérialistes. Et puis on défend nos intérêts : les salaires, l’interdiction des licenciements, tout ce dont notre classe a besoin aujourd’hui. On veut imposer nos préoccupations à nous, les travailleurs et les travailleuses.





