À l’approche de l’élection présidentielle de 2027, Nathalie Arthaud, porte-parole de Lutte ouvrière (LO), est à nouveau candidate. Elle défend une ligne communiste révolutionnaire et entend utiliser cette campagne comme tribune politique. Dans ce cadre, Lyon Bondy Blog a souhaité l’interviewer le mercredi 3 juin dernier.
Lyon Bondy Blog : Quelles sont vos attentes pour l’élection de 2027 ?
Nathalie Arthaud : Ça sera une candidature pour poser la question de la nature de la société dans laquelle nous vivons. Est-ce qu’on va toujours confier la direction économique et de la société à des capitalistes, une « bande de voleurs » et de « criminels » prêts à tout pour amasser toujours plus de fric ? Ou est-ce que le monde du travail va se lever et revendiquer son droit à disposer des richesses qu’il crée ? Mais aussi à organiser la société, contrôler les choses, à diriger. La raison d’être de ma candidature, c’est celle-là.
LBB : C’est donc une candidature dans l’optique de donner de la visibilité à cette cause, contestataire et mobilisatrice ?
N.A : C’est une candidature communiste, révolutionnaire. Je veux porter ces idées-là comme les autres candidats portent les leurs.
LBB : Quelle est la place du communisme révolutionnaire dans la vie politique et le processus d’élections présidentielles ?
N.A : Dans la campagne officielle, c’est l’occasion de s’adresser à tous les électeurs à travers un matériel très cadré (circulaires, affiches officielles). C’est la campagne médiatique qui, même quand on rentre dans la stricte égalité, mais en réalité dans les 15 derniers jours, est déjà terminée. C’est donc bien une campagne militante qui se caractérisera par : des meetings, des débats. Je vais faire de nombreux déplacements. Je vais d’ailleurs venir à Lyon plusieurs fois.
LBB : Êtes-vous confiantes pour les 500 signatures ?
N.A : C’est toujours un combat. C’est un combat militant car nous n’avons pas de maires Lutte ouvrière (LO), de députés ou de conseillers régionaux. On a des élus conseillers municipaux, mais qui ne peuvent pas apporter leur parrainage. Nous allons rendre visite aux maires afin de leur donner envie de faire vivre le pluralisme. Même s’ils ne sont pas d’accord avec nous, nous allons essayer de les convaincre de donner une chance à des candidats représentant des courants plus petits. Encore une fois, c’est une campagne militante.
LBB : Quelle est votre analyse des forces de gauche à l’aube des futures élections présidentielles ?
N.A : Tout d’abord, c’est compliqué de savoir qui sera sur la ligne de départ. Mais je souhaite souligner que nous ne sommes pas une candidature plus à gauche, radicale, ou encore plus radicale que LFI. Nous voulons défendre la nécessité de renverser le capitalisme, la nécessité pour les travailleurs de renouer avec les luttes collectives. Cela avec la conscience qu’ils portent en eux de refonder la société sur de toutes autres bases. Combattre le chômage, le bas salaire, les guerres. Cette concurrence infernale qui nous rend tous prisonniers de cette course à la compétitivité, qui dépend d’eux et de leurs luttes.
À l’inverse de LFI, nous voulons renverser le capitalisme et non pas le contrôler.
LBB : Vous différenciez donc une force de gauche avec des points communs avec vos idées, et d’une force « sociale-démocrate » qui pourrait composer un gouvernement macroniste.
N.A : Pas vraiment, parce que combien de fois ont-ils gouverné ensemble ? LFI est bien une chenille ouvrière du NFP. Alors de toute façon, et y compris Mélenchon, sait pertinemment qu’afin de remporter les élections, il va devoir faire une alliance avec les « sociaux-démocrates ». Mais dont il est lui-même issu, et lui-même un représentant. Il se veut le « bruit et la fureur », à la pointe du combat antiraciste ou sur le conflit israélo-palestinien.
Mais il reste sur l’idée qu’il faut relancer l’économie, la contrôler davantage, imposer quelques impôts supplémentaires. On reste sur des idées d’un Mitterrand ou d’un Jospin. Il y a des militants insoumis ou communistes, et même des écologistes qui sont réellement révoltés, qui cherchent plus de justice. Mais encore une fois, notre réponse est encore différente. Le capitalisme ne peut pas être réformé, ne peut pas tourner rond. En réalité, l’exploitation au cœur de ce système ne peut générer que toujours plus de frustrations, mais aussi cette crise climatique dans laquelle on s’enfonce. On le voit très bien avec la récente canicule. Tout ça est le fruit d’un capitalisme qui est incapable de ne pas détruire la planète.
LBB : Par quoi passe le recrutement de nouvelles troupes ? Et dans quelles mesures les figures du mouvement sont renouvelées ?
N.A : On recrute des jeunes qui veulent défendre nos idées dans la jeunesse. Mais aussi qui vont s’adresser aux travailleurs dans les entreprises. Nous sommes une organisation vivante qui se renouvelle. Nous avons organisé la plus grande fête d’extrême gauche dans la région parisienne. Si vous voulez, les porte-paroles, nous sommes bien obligés d’assurer une certaine continuité. Car pour une organisation petite comme la nôtre, qui a peu d’accès aux médias, il est complexe d’être identifiée, et il est nécessaire d’avoir de la continuité pour l’être. Je me rends compte que c’est que maintenant que je suis reconnue. Mais seulement après trois campagnes présidentielles. Avant, je l’étais que dans un petit cercle.
Pour nous, que je sois encore porte-parole et candidate, c’est une réponse à ce problème d’identification et d’être associé au parti que nous sommes. C’est un élément incontournable pour nous, mais LO ne se résume pas à moi. Dans ce cas, nous ne présenterons pas 240 listes dans les municipalités, nous n’aurions pas tout ce réseau de militants et cette existence dans les entreprises qui s’adressent aux travailleurs.
LBB : Ayant participé plusieurs fois aux élections présidentielles, comment analysez-vous la montée du RN et son impact sur la vie militante ?
N.A : C’est dans la vraie vie, dans les entreprises, qu’il y a évidemment des électeurs du RN, travailleurs/ouvriers qui, dans de nombreuses entreprises, se laissent « piéger par le RN ». Chez les dépolitisés qui se disent que le discours de « l’ordre contre les assistés » et « l’ordre contre les immigrés » ne déplaît pas et qu’il faut l’essayer. Il y a surtout une poussée des idées contre les immigrés qui est très forte.
On peut prendre récemment l’exemple des débordements à la suite de la victoire du PSG. C’est un déluge d’accusations, de condamnations déplacées où l’on assimile ces quelques débordements au fait que l’immigration serait un problème. Alors qu’il y a juste une fête ayant servi d’exutoire à un tas de gens, et un tas de jeunes qui se sont tournés pour jouer au chat et à la souris avec la police car c’est une façon pour eux d’exorciser tout ce qu’ils subissent au quotidien. C’est un évènement qui a été instrumentalisé. Mais le fond de l’air est brun, ce sont des idées alimentées par le fait que les gens aient du mal à trouver un logement, une place en crèche, les hôpitaux manquent de places. Et c’est alimenté par le fait qu’il y aurait trop d’immigration. Ce sont des idées qui reviennent, et le drame c’est qu’elles reviennent dans les classes populaires. Et ces personnes-là jouent contre leur camp. Nous, on doit discuter avec tous ces travailleurs qui font fausse route.
LBB : Quel est l’impact de la place croissante du RN dans les médias et sur les réseaux sociaux ?
N.A : C’est vrai que sur les réseaux sociaux on sent que les réseaux d’extrême droite sont très réactifs et très bien organisés. Mais dans les médias, les thématiques de l’immigration sont beaucoup plus présentes. Mais quand j’entends des gens de gauche se dire qu’il faut se saisir du sujet de l’immigration, si je dois m’en servir, je dirais : liberté de circulation pour tous les êtres humains de cette planète, à bas l’Europe forteresse. Car nous sommes tous des immigrés en puissance. Ça sera peut-être cette question plus présente. Ça sera peut-être une difficulté supplémentaire.
Quand une société part de plus en plus à droite, évidemment qu’on part de plus loin et que la lutte sera plus difficile pour faire entendre nos idées. Mais on ne baisse pas les bras car la lutte de classe est toujours là et que les travailleurs vont relever la tête. Et que tous ceux qui font fausse route vers le RN sont capables de changer leur sort. Je serais candidate pour dire que les travailleurs n’ont pas de sauveurs suprêmes, mais qu’ils dépendent d’eux-mêmes, de leur lutte collective pour changer leur sort et la société dans son ensemble. Ça me distinguera de tous ceux à gauche qui se prétendent des « sauveurs ».Lyon Bondy Blog : Quelles sont vos attentes pour l’élection de 2027 ?
Nathalie Arthaud : Ça sera une candidature pour poser la question de la nature de la société dans laquelle nous vivons. Est-ce qu’on va toujours confier la direction économique et de la société à des capitalistes, une « bande de voleurs » et de « criminels » prêts à tout pour amasser toujours plus de fric ? Ou est-ce que le monde du travail va se lever et revendiquer son droit à disposer des richesses qu’il crée ? Mais aussi à organiser la société, contrôler les choses, à diriger. La raison d’être de ma candidature, c’est celle-là.
LBB : C’est donc une candidature dans l’optique de donner de la visibilité à cette cause, contestataire et mobilisatrice ?
N.A : C’est une candidature communiste, révolutionnaire. Je veux porter ces idées-là comme les autres candidats portent les leurs.
LBB : Quelle est la place du communisme révolutionnaire dans la vie politique et le processus d’élections présidentielles ?
N.A : Dans la campagne officielle, c’est l’occasion de s’adresser à tous les électeurs à travers un matériel très cadré (circulaires, affiches officielles). C’est la campagne médiatique qui, même quand on rentre dans la stricte égalité, mais en réalité dans les 15 derniers jours, est déjà terminée. C’est donc bien une campagne militante qui se caractérisera par : des meetings, des débats. Je vais faire de nombreux déplacements. Je vais d’ailleurs venir à Lyon plusieurs fois.
LBB : Êtes-vous confiantes pour les 500 signatures ?
N.A : C’est toujours un combat. C’est un combat militant car nous n’avons pas de maires Lutte ouvrière (LO), de députés ou de conseillers régionaux. On a des élus conseillers municipaux, mais qui ne peuvent pas apporter leur parrainage. Nous allons rendre visite aux maires afin de leur donner envie de faire vivre le pluralisme. Même s’ils ne sont pas d’accord avec nous, nous allons essayer de les convaincre de donner une chance à des candidats représentant des courants plus petits. Encore une fois, c’est une campagne militante.
LBB : Quelle est votre analyse des forces de gauche à l’aube des futures élections présidentielles ?
N.A : Tout d’abord, c’est compliqué de savoir qui sera sur la ligne de départ. Mais je souhaite souligner que nous ne sommes pas une candidature plus à gauche, radicale, ou encore plus radicale que LFI. Nous voulons défendre la nécessité de renverser le capitalisme, la nécessité pour les travailleurs de renouer avec les luttes collectives. Cela avec la conscience qu’ils portent en eux de refonder la société sur de toutes autres bases. Combattre le chômage, le bas salaire, les guerres. Cette concurrence infernale qui nous rend tous prisonniers de cette course à la compétitivité, qui dépend d’eux et de leurs luttes.
À l’inverse de LFI, nous voulons renverser le capitalisme et non pas le contrôler.
LBB : Vous différenciez donc une force de gauche avec des points communs avec vos idées, et d’une force « sociale-démocrate » qui pourrait composer un gouvernement macroniste.
N.A : Pas vraiment, parce que combien de fois ont-ils gouverné ensemble ? LFI est bien une chenille ouvrière du NFP. Alors de toute façon, et y compris Mélenchon, sait pertinemment qu’afin de remporter les élections, il va devoir faire une alliance avec les « sociaux-démocrates ». Mais dont il est lui-même issu, et lui-même un représentant. Il se veut le « bruit et la fureur », à la pointe du combat antiraciste ou sur le conflit israélo-palestinien.
Mais il reste sur l’idée qu’il faut relancer l’économie, la contrôler davantage, imposer quelques impôts supplémentaires. On reste sur des idées d’un Mitterrand ou d’un Jospin. Il y a des militants insoumis ou communistes, et même des écologistes qui sont réellement révoltés, qui cherchent plus de justice. Mais encore une fois, notre réponse est encore différente. Le capitalisme ne peut pas être réformé, ne peut pas tourner rond. En réalité, l’exploitation au cœur de ce système ne peut générer que toujours plus de frustrations, mais aussi cette crise climatique dans laquelle on s’enfonce. On le voit très bien avec la récente canicule. Tout ça est le fruit d’un capitalisme qui est incapable de ne pas détruire la planète.
LBB : Par quoi passe le recrutement de nouvelles troupes ? Et dans quelles mesures les figures du mouvement sont renouvelées ?
N.A : On recrute des jeunes qui veulent défendre nos idées dans la jeunesse. Mais aussi qui vont s’adresser aux travailleurs dans les entreprises. Nous sommes une organisation vivante qui se renouvelle. Nous avons organisé la plus grande fête d’extrême gauche dans la région parisienne. Si vous voulez, les porte-paroles, nous sommes bien obligés d’assurer une certaine continuité. Car pour une organisation petite comme la nôtre, qui a peu d’accès aux médias, il est complexe d’être identifiée, et il est nécessaire d’avoir de la continuité pour l’être. Je me rends compte que c’est que maintenant que je suis reconnue. Mais seulement après trois campagnes présidentielles. Avant, je l’étais que dans un petit cercle.
Pour nous, que je sois encore porte-parole et candidate, c’est une réponse à ce problème d’identification et d’être associé au parti que nous sommes. C’est un élément incontournable pour nous, mais LO ne se résume pas à moi. Dans ce cas, nous ne présenterons pas 240 listes dans les municipalités, nous n’aurions pas tout ce réseau de militants et cette existence dans les entreprises qui s’adressent aux travailleurs.
LBB : Ayant participé plusieurs fois aux élections présidentielles, comment analysez-vous la montée du RN et son impact sur la vie militante ?
N.A : C’est dans la vraie vie, dans les entreprises, qu’il y a évidemment des électeurs du RN, travailleurs/ouvriers qui, dans de nombreuses entreprises, se laissent « piéger par le RN ». Chez les dépolitisés qui se disent que le discours de « l’ordre contre les assistés » et « l’ordre contre les immigrés » ne déplaît pas et qu’il faut l’essayer. Il y a surtout une poussée des idées contre les immigrés qui est très forte.
On peut prendre récemment l’exemple des débordements à la suite de la victoire du PSG. C’est un déluge d’accusations, de condamnations déplacées où l’on assimile ces quelques débordements au fait que l’immigration serait un problème. Alors qu’il y a juste une fête ayant servi d’exutoire à un tas de gens, et un tas de jeunes qui se sont tournés pour jouer au chat et à la souris avec la police car c’est une façon pour eux d’exorciser tout ce qu’ils subissent au quotidien. C’est un évènement qui a été instrumentalisé. Mais le fond de l’air est brun, ce sont des idées alimentées par le fait que les gens aient du mal à trouver un logement, une place en crèche, les hôpitaux manquent de places. Et c’est alimenté par le fait qu’il y aurait trop d’immigration. Ce sont des idées qui reviennent, et le drame c’est qu’elles reviennent dans les classes populaires. Et ces personnes-là jouent contre leur camp. Nous, on doit discuter avec tous ces travailleurs qui font fausse route.
LBB : Quel est l’impact de la place croissante du RN dans les médias et sur les réseaux sociaux ?
N.A : C’est vrai que sur les réseaux sociaux on sent que les réseaux d’extrême droite sont très réactifs et très bien organisés. Mais dans les médias, les thématiques de l’immigration sont beaucoup plus présentes. Mais quand j’entends des gens de gauche se dire qu’il faut se saisir du sujet de l’immigration, si je dois m’en servir, je dirais : liberté de circulation pour tous les êtres humains de cette planète, à bas l’Europe forteresse. Car nous sommes tous des immigrés en puissance. Ça sera peut-être cette question plus présente. Ça sera peut-être une difficulté supplémentaire.
Quand une société part de plus en plus à droite, évidemment qu’on part de plus loin et que la lutte sera plus difficile pour faire entendre nos idées. Mais on ne baisse pas les bras car la lutte de classe est toujours là et que les travailleurs vont relever la tête. Et que tous ceux qui font fausse route vers le RN sont capables de changer leur sort. Je serais candidate pour dire que les travailleurs n’ont pas de sauveurs suprêmes, mais qu’ils dépendent d’eux-mêmes, de leur lutte collective pour changer leur sort et la société dans son ensemble. Ça me distinguera de tous ceux à gauche qui se prétendent des « sauveurs ».





