Alors que la période de canicule touche à sa fin sur la région lyonnaise, ce sont particulièrement les personnes sans-abris qui vont pouvoir souffler un peu. Tandis que l’on pourrait croire que l’été est plus simple à vivre que l’hiver, c’est sans compter sur le fait qu’ils sont confrontés à de fortes températures, un manque d’eau et des conditions de vie difficiles.

Comment sont-ils aidés en cette période d’été qui, en fin de compte, n’est aucunement plus simple à vivre que l’hiver ? Nous avons posé nos questions à Zorah Ait-Maten, adjointe à la mairie du 7e arrondissement de Lyon et adjointe à la Ville de Lyon responsable des affaires sociales.

Quelle(s) prise(s) en charge existe-t-il, l’été, pour ces personnes qui vivent dans la rue ?

C’est compliqué ! L’hiver, on met à l’abri ces personnes comme on peut, il s’agit d’une compétence de l’état et les moyens attribués ne sont pas suffisants. Quant à l’ouverture de lieux l’été, oui, on pourrait en ouvrir, mais où ? Les lieux réquisitionnés l’hiver ne le sont pas l’été.

La véritable aide vient des associations. Dans cette période que l’on oppose souvent à l’hiver, en disant que le temps froid est difficile pour ces personnes, on se trompe : en réalité, c’est encore plus compliqué l’été lorsqu’on est à la rue, parce qu’avec les problèmes de déshydratation, ils sont désorientés, pour certains souvent alcoolisés. Si c’était de mon ressort, bien sûr que j’ouvrirais des centres, seulement, il y a un manque de moyens et des difficultés à capter des gens : ils acceptent l’hiver d’être à l’abri, car il fait froid, mais refusent souvent des aides l’été. Avec le CCAS, nous essayons d’ouvrir au moins des salles climatisées dans nos résidences pour personnes âgées.

Nous avons un partenariat avec la Croix-Rouge, je leur dis bravo et leur tire mon chapeau, car sans eux, les choses seraient différentes. Ce sont eux qui sont au maximum sur le terrain, à la rencontre de ces personnes, avec qui ils parlent et à qui ils distribuent de l’eau.

Lorsqu’on les rencontre, pour les aider, leur éviter des maladies pouvant être liées à la chaleur et au manque d’hygiène, on les oriente souvent vers les bains douches, il y en a un qui appartient à la ville, ensuite plusieurs associations possèdent également ce système. Au total, ce sont 7-8 lieux dans tout Lyon qui sont répertoriés dans un guide pour les gens dans le besoin, ce livret est distribué et disponible à la MDMS (maison de la métropole pour les solidarités).

Le rôle de la mairie dans ce cadre-là, est de financer les associations pour qu’elles puissent intervenir sur le terrain. Cela représente 1 720 millions d’euros chaque année, pour lutter contre l’exclusion et la précarité. Son rôle c’est aussi d’être un relais entre les uns et les autres et s’il y en a besoin de débloquer des moyens.

Il existe un plan grand froid, qu’en est-il du plan « canicule » ?

Il y a un seul plan canicule en tant que tel et il est réservé aux personnes âgées et handicapées.

Mais à l’extérieur, les associations font remonter les difficultés, on parle souvent du plan froid, mais il nous manque un plan été qui devrait être mis en place comme le plan froid, c’est dommage, car il y en a besoin… d’autant plus quand on sait qu’il y a des bébés et des maladies dans la rue.

Au-delà des bains douches et des aides apportées par les associations comme la Croix-Rouge, il y a aussi des actions à mettre en avant comme Bagage’rue, c’est un système de bagagerie qui propose à toute personne de déposer ses affaires en lieu sûr et de confiance, ça aide les personnes dans le besoin de se décharger par exemple pour se rendre à des rendez-vous administratifs, des entretiens professionnels…

Ça ne vaut pas le plan canicule qui n’existe pas pour les sans-abris. Il faudrait le créer au même titre le plan froid en hiver. Aujourd’hui, nous sommes déjà à 17 jours de canicule. C’est le préfet qui gère le niveau et le plan canicule, mais derrière ce plan ce sont les collectivités, les mairies qui doivent se débrouiller, alors oui, je regrette que l’on n’ait pas de plan été.

Dans le cadre de la lutte contre les exclusions, que pensez-vous de l’objectif zéro sans-abris d’Emmanuel Macron ?

La promesse était qu’au 31 décembre 2017, il ne devait plus y avoir de sans-abris dans les rues. C’est n’importe quoi ! Il n’a pas accordé les moyens à ces paroles, il aurait pu y arriver s’il l’avait vraiment voulu. Chaque année, sur le Rhône, on crée des places et elles sont pérennisées et contrairement à ce qu’on dit, il n’y a pas des milliers de personnes véritablement à la rue sur Lyon. On est en capacité de le faire, il faut cependant de la volonté politique et si celle-ci y est, alors les moyens financiers suivent.