Marizette Tarlier, Léon Maillé et Michèle Vincent, paysans et ardents défenseurs du Larzac dans les années 70, étaient présents à l’Institut d’Etudes Politiques de Lyon pour la projection de Tous au Larzac, documentaire de Christian Rouaud duquel ils sont les protagonistes. Alors que les forces de l’ordre et les militants anti-aéroport s’opposent à Notre-Dame-des-Landes, ils sont revenus sur leur combat et sur les luttes actuelles dans lesquelles ils sont encore impliqués.

Tous_au_Larzac

Notre-Dame-des-Landes. A la présentation du documentaire Tous au Larzac à l’Institut  d’Etudes Politiques de Lyon, un seul nom revient à la bouche des spectateurs venus assistés à la diffusion du documentaire. La situation actuelle dans la banlieue de Nantes n’est pas sans ressemblance avec la lutte qu’ont menée pendant dix ans Marizette Tarlier, Léon Maillé et Michèle Vincent sur le plateau du Larzac de 1970 à 1981. Comme dans la petite ville de Loire Atlantique, tout a commencé par la volonté de l’Etat d’implanter un nouveau projet sur des terres rurales. Un aéroport aujourd’hui, une base militaire hier.
A l’époque, en 1970, le gouvernement, par la voix du ministre de la défense Michel Debré, annonce l’extension du camp militaire du Larzac. En réponse à ce projet qui les exproprie de leurs terres, 103 paysans – dont les protagonistes présents dans la salle – s’organisent pour défendre leur bien, qu’ils soient natifs de la région où récemment installés, débarquant du rêve alternatif dans le sillage de mai 68. La première manifestation a lieu le 9 mai 1971 et rassemble 1500 personnes qui partent de Millau à pied pour rejoindre La Cavalerie, commune sur laquelle est planté le fief de l’armée française depuis le début du siècle. Au départ cantonné au seul plateau du Larzac et à ses environs, le mouvement prend de l’ampleur lorsqu’affluent sur le causse des opposants de toutes parts : maoïstes, non-violents, anarchistes. « Des gens fondamentalement différents qui ont réussi à se mettre miraculeusement d’accord », souligne Léon Maillé après la projection. « Le Larzac nous est tombé dessus et nous a rassemblés » rajoute-t-il.
Une lutte de longue haleine
Peu à peu, alors que l’Etat fait monter la tension, la dimension de la lutte change, rejointe à la fois par des activistes de tous bords et par un mouvement de sympathie nationale. Des comités Larzac sont créés partout en France et de nombreux hommes renvoient leurs livrets militaires, acte passible de prison ferme. « On ne le voit pas dans le film mais le phénomène était important, j’ai des copains à qui on a collé des procès  » explique Marizette Tarlier. Pendant dix ans, les militants ne manqueront pas d’inventivité. Une bergerie communautaire est construite sur un champ visé par l’expropriation, des tracteurs campent sous la tour Eiffel, une marche sur Paris réunit 80000 personnes en 1978 après les ordonnances d’expropriations.
Notre-Dame-des-Landes dans la continuité du Larzac
Depuis le Larzac, les paysans qu’étaient Marizette Tarlier, Léon Maillé et Michèle Vincent sont devenus des militants de toutes luttes. Dans les années soixante-dix, au moment où convergeaient les luttes internationales, ils s’élevaient contre le coup d’Etat de Pinochet, contre l’Apartheid et organisaient une moisson spéciale pour la famine au Sahel. « On prend goût au militantisme à force », rit Léon Maillé, « notre engagement a continué après le Larzac. J’ai participé au démontage du McDonalds de Millau avec José Bové en 1999. Aujourd’hui on se mobilise contre le gaz de schiste et certains d’entre nous vont à Notre-Dame-des-Landes le 17 novembre ». Une nouvelle lutte qui leur tient à cœur par sa ressemblance avec celle du Larzac. Par sa nature non-violente, locale et solidaire. Par la volonté de mener une « guérilla pacifique ».
Délaissés par les médias, les opposants à la construction de l’aéroport doivent « inventer de nouvelles formes de mobilisation, de manifestation pour se faire entendre », selon Marizette Tarlier. « A l’époque, on a su être original, c’est pour ça qu’on a fini par gagner », ajoute-t-elle. L’élection de Mitterrand en 1981 avait permis d’arrêter le projet. Aujourd’hui, c’est aussi un président socialiste au pouvoir et pourtant, 1500 policiers sont présents quotidiennement sur le site de la banlieue nantaise. Comment arrêtera-t-on ce projet inutile ? Léon Maillé pense avoir la réponse : « C’est tous ensemble, porté par un objectif commun que nous ferons reculer le gouvernement. Comme pour le Larzac, il faut défendre la terre, c’est viscéral. »