Suppressions de postes, RASED, ZEP, écoles privées, formation, parents d’élèves… Alexandre Acou, instituteur parisien trentenaire, nous dit tout (ou presque) sur l’école publique en 2010.

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Bonjour Alexandre. Avant de rentrer dans le vif du sujet, pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?
« J’ai 30 ans, je suis professeur des écoles depuis 8 ans. J’ai travaillé 5 ans dans une école du 19 ème arrondissement de Paris, puis 2 ans dans une autre école dans le 13ème, chacune classée en ZEP. Aujourd’hui, je suis toujours dans le 13ème mais dans une autre école et je m’occupe d’une classe de CP. Je suis marié et papa d’une petite fille de deux ans. »

Enseigner en ZEP, c’est un choix ou une obligation ?
C’est moi qui ai fait ces demandes d’affectation. C’était un peu le baptême du feu mais j’en ai autant appris que bavé.

Abordons de suite les problématiques actuelles. Le LBB a publié un article sur les suppressions de postes RASED. Quelle est votre position à ce sujet ?
Je vais être franc. Selon moi, ce dispositif ne fonctionne pas. Du moins, dans les écoles où j’ai exercé. Pourquoi ? Tout simplement parce que personne, ou presque, ne sait comment ça marche. Il y a un flottement entre le scolaire, le médical, le para-scolaire… Les choses ne sont pas claires du tout. Pour ma part, j’ai 5 élèves suivis par le RASED mais je n’ai pas de retour. Je ne sais pas ce qu’ils font avec ces élèves. Pour leur décharge, il existe un vrai flou sur le statut de ces enseignants spécialisés. Certains sont sur 4 ou 5 écoles à la fois… Ils subissent aussi cette situation.

Mais vous avez bien un avis sur les suppressions de postes actuels ?
Pour le RASED, je ne dirais qu’une chose : soit on les renforce, soit on les supprime. Au moins, les choses changeraient et l’on ferait peut-être enfin le distinguo entre soin et scolarité.

Et les élèves en grande difficultés, comment les repérez-vous ?
Moi, je ne sais pas ! Et puis, en tant qu’enseignant, on ne peut pas forcément prendre de décision. C’est aux parents de faire les démarches, notamment d’inscrire, s’il le faut, leur enfant à la maison du handicap. En ce moment, j’ai le cas d’un petit de CP qui n’est plus pris en charge par le RASED car l’enseignant ne pouvait plus assumer. Cet enfant, si rien n’est fait, n’apprendra jamais à lire !

Et vous, en tant qu’instit’, comment pouvez-vous aider ces enfants ?
J’ai le droit de faire quelques heures de soutien par semaine. On essaie aussi d’impliquer les parents.

Si vous deviez comparer vos expériences d’instituteurs, que diriez-vous ?
Encore une fois, je parle avec mon regard et mon expérience. Dans l’école où je suis actuellement, je dirais que le niveau d’ensemble des élèves est meilleur mais l’ambiance est moins bonne. Beaucoup de parents d’élèves rêvent de déménager car le quartier n’est pas fabuleux. On voit que les gens ne sont pas heureux de vivre ici et du coup, ils ne s’impliquent pas. Avant, dans le 19ème, c’était beaucoup plus laborieux mais l’ambiance avec les collègues et les parents était bien meilleure !

Avec le recul, quelle vision avez-vous des enfants d’aujourd’hui ?
J’essaie de un regard bienveillant. Je me dis que les enfants difficiles ne sont pas ainsi pour nuire aux instituteurs. Il est capital pour nous de passer de « Oh mon dieu, quel enfant difficile ! » à « Cet enfant va mal ». Mais je reste partagé entre optimisme et pessimisme. Optimisme, parce que quand on demande aux enfants de dessiner la cour de récré, ils font des arbres, des fleurs… alors qu’il n’y en a pas du tout dans l’école ! Et puis, je vois bien que l’école est encore une institution respectée. En revanche, je suis pessimiste parce que je constate combien les enfants portent les manques et les erreurs de leurs parents. Il y a une corrélation immense entre la scolarité des enfants et leur équilibre familial !

En tant qu’enseignant, cela ne doit pas être simple à gérer au quotidien….
Il faut tout simplement éviter d’entrer dans une relation affective. C’est nous les pro, c’est à nous de prendre de la distance. Malheureusement, nous ne sommes pas formés pour ça !

Justement, beaucoup disent que la formation des professeurs des écoles doit radicalement changer. Quelles sont vos préconisations à ce sujet ?
Je pense qu’il faut séparer les connaissances du programme scolaire et les cours plus pratiques sur des problématiques concrètes comme la gestion de l’humain, la prise de parole… avec toujours, bien sûr, des stages.

Et que pensez-vous du fait que ce sont souvent les instituteurs les moins expérimentés que l’on envoie en ZEP ?
Ecoutez, en ZEP, les enseignants ont 100 euros de plus par mois, les écoles sont prioritaires pour les classes de nature et le nombre d’élèves par classe ne dépasse pas les 25. Moi, la véritable question que je me pose, c’est pourquoi certains profs ne veulent pas aller en ZEP ?!

Pour conclure, comment voyez-vous l’école du futur ?
Actuellement, il y a une concurrence déloyale de l’école privée qui, en plus des financements de l’Etat, fait payer les parents. Selon moi, soit il faut fermer l’école privée, soit il faut privatiser l’école publique. Mais si on reste dans cette situation, je peux vous dire que ça sera de pire en pire !

Auteur : Pascale Lagahe

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