Sarah El Haïry en visite à Lyon pour l'allocution d'Emmanuel Macron

Sarah El Haïry : « Redonner confiance aux jeunes dans nos institutions »

La secrétaire d’État en charge de la jeunesse et du service national universel, Sarah El Haïry souhaite, dans une interview au Lyon Bondy Blog, permettre aux jeunes d’être « des acteurs de la solution » et « de la vie politique ».

Sarah El Haïry, secrétaire d’État en charge de la jeunesse et du service national universel était de passage à Lyon pour l’allocution d’Emmanuel Macron. Un évènement organisé par le Mouvement démocrate, parti dont elle appartient. L’occasion aussi d’échanger avec les militants du parti présidentiel venus nombreux pour suivre le discours du président de la République. Dans une interview accordée au Lyon Bondy Blog, Sarah El Haïry est revenue sur le rôle important qu’occupe la jeunesse dans la société aujourd’hui.

La crise du Covid a touché tout le monde, tous les acteurs mais en particulier les jeunes. On a souvent parlé de générations sacrifiées à la suite des confinements, des fermetures d’universités. Quelles aides avez-vous apportez à ces jeunes et apportez encore aujourd’hui, à votre échelle ?

Ce qui est certain, c’est que je m’attelle à dire que la jeunesse – elle a fait des sacrifices – mais elle n’a pas été sacrifiée. Quand on me dit que la jeunesse a été sacrifiée, ça veut dire qu’elle n’a plus d’élan, qu’elle n’a plus d’énergie. Elle a fait des sacrifices, ça c’est la vérité. Elle n’a pas été en cours, elle a fait du distanciel, elle n’a pas pu vivre les expériences de son âge. Face à ce sacrifice qu’elle a consenti dans l’intérêt général, l’engagement du président de la République et du gouvernement a été assez massif avec la mise en œuvre « d’un jeune, une solution ». C’est 12 milliards d’euros qui ont été investi pour protéger les jeunes qui étaient en emploi parce que quand tu es le dernier arrivé, tu es souvent le premier viré. Ces emplois-là, on les a protégés. On a aussi permis à des jeunes de trouver des apprentissages, des stages mais aussi d’une certaine manière, relancer le départ en vacances avec les vacances apprenantes qui ont permis à 1 million de jeunes de partir. Au-delà de tout ça, la promesse qui est la plus importante, c’était aussi de permettre aux jeunes d’être des acteurs de la solution. Quand on était en plein Covid, on lance « je veux aider.gouv.fr » qui est une sorte de grande réserve citoyenne. En quelques semaines, il y a eu plus de 300 000 inscrits. La moitié des inscrits étaient des jeunes de moins de 30 ans. C’est la preuve de la solidarité de la jeunesse. Lui reconnaitre la place qu’elle a prise dans cette crise sanitaire, c’est aussi être à la hauteur du sacrifice qu’elle a consenti.

« Quand tu négocies ton salaire mais que tu négocies aussi le fait qu’il n’y est pas d’inégalité entre les femmes et les hommes pour le même travail, c’est normal. »

Aujourd’hui, l’attente vis-à-vis de l’entreprise a changé. On a une jeunesse beaucoup plus engagée qui souhaite retrouver dans son entreprise des valeurs qu’elle partage comme le climat ou l’égalité social. C’est une jeunesse qui ne demande qu’à bousculer les politiques de recrutement des entreprises. Comprenez-vous le clivage qui s’est installé entre ces jeunes et les entreprises aujourd’hui ?

Je le comprends. J’ai entendu beaucoup de monde dire, nous sommes dans une période où c’est la grande démission. Pas du tout, c’est un moment de grandes négociations. On est dans une période où le taux de chômage est assez bas. C’est le plus bas pour les jeunes depuis les quarante dernières années. C’est le fruit de réforme qu’avait porté le président de la République sous l’ancien quinquennat. Ce que je vois, c’est que c’est normal de bousculer les entreprises. Ces entreprises, elles ont besoin des jeunes. Quand tu négocies ton salaire mais que tu négocies aussi le fait qu’il n’y est pas d’inégalité entre les femmes et les hommes pour le même travail, c’est normal. Quand tu te dis : « moi je ne veux pas qu’il y ait de discriminations à l’embauche. Si tu n’as pas une politique d’inclusion dans ton entreprise, je ne viendrai pas. Si tu es polluant et que tu ne veux pas faire d’efforts pour transformer ta chaine de production, je ne viendrai pas », c’est quelque chose qui est positif parce que cela bouscule le monde économique d’une autre manière. Je trouve que ces jeunes, ils ont conscience qu’ils ont le pouvoir d’agir. Après, il ne fait pas rentrer dans la caricature. Tous les jeunes n’ont pas ce luxe-là. C’est un luxe de pouvoir dire non à une entreprise. Il y a beaucoup de jeunes qui travaillent aussi pour des raisons économiques parce qu’ils ont un loyer, des charges, des responsabilités. Ils n’ont pas tous la possibilité de choisir leur employeur. À titre personnel, je parle toujours de la jeunesse au pluriel parce qu’il faut regarder chacun dans l’effort qu’il consent. Celui qui ne peut pas faire de la grande négociation, il n’est pas moins engagé, il n’est pas moins sensible à ces questions-là mais peut-être, lui n’a pas l’opportunité de le faire dans son lieu de travail. C’est aussi à nous, force publique, de faire les transformations nécessaires au sein du monde économique.

Cette jeunesse, c’est aussi une jeunesse qui se désintéresse de la politique. 75 % des 18-25 ans n’ont pas voté aux législatifs. Comment faire comprendre à ces jeunes que voter est un droit mais aussi un devoir ?

Le vote, c’est le droit et le devoir. C’est un droit parce qu’il y a plein de pays qui sont en conquête de ce droit-là. La démocratie, c’est quelque chose de précieux mais c’est quelque chose de fragile aussi. C’est également un devoir parce que ne pas aller voter, c’est laisser les autres s’exprimer pour toi et donc décider pour toi. Après, tu peux être en colère parce que les orientations qui auront été prises ne te correspondent pas. Dans le fonds, tu as laissé les autres décidés et je crois que notre mission, c’est de recréer de la confiance. J’entends beaucoup trop de jeunes me dire « ça ne sert à rien, est-ce que c’est vraiment utile ? ». Cette question de l’utilité, je pense qu’on peut la gagner parce que voter c’est utile et cela a des conséquences. C’est pour cela qu’on porte un certain nombre de mesures. D’ailleurs, on avait déjà commencé sous l’ancien quinquennat à mettre les flashs codes sur les cartes électorales, à faciliter l’inscription sur les listes. Il y a beaucoup de jeunes qui sont très mal inscrits parce que, quand tu déménages pour tes études ou quand tu as une formation et bien tu changes parfois de liste électorale, et cela a des conséquences. Notre première conquête, c’est de redonner confiance aux jeunes dans nos institutions et dans l’utilité de la vie démocratique. La deuxième, c’est d’accompagner les jeunes à être des acteurs de la vie politique parce que je crois que si on n’a pas quelqu’un qui porte notre idéal alors il faut qu’on soit en capacité de le porter soi-même.

Le SNU ? On y apprend des choses qu’on apprend nulle part ailleurs : les gestes qui sauvent, savoir faire un bilan de santé. Des débats sont organisés pour évoquer les valeurs de la République. Le sport est au centre du projet pour créer de la cohésion. Des temps de rencontre entre des jeunes qui ne se rencontreraient jamais sont planifiés.

Sarah El Haïry, secrétaire d’État en charge de la jeunesse et du service national universel.

Je voudrais si vous le voulez bien, m’arrêtez sur le service national universel, une promesse de campagne d’Emmanuel Macron en 2017. Le chef de l’État souhaitait « créer un moment de cohésion » et « transmettre le goût de l’engagement » chez les plus jeunes. C’est vous aujourd’hui qui portez ce projet depuis plusieurs mois. En quoi consiste-t-il exactement ? Et est-ce que le SNU rencontre du succès ?

Aujourd’hui, le SNU c’est un parcours de citoyenneté. C’est un service qui est civil. Il y a trois temps forts. Tout d’abord, un séjour de cohésion, c’est celui qu’on connaît le plus. Il faut avoir entre 15 et 17 ans pour faire le séjour de cohésion. On quitte son département, on quitte sa région. C’est totalement pris en charge par l’État, c’est-à-dire quelle que soit la situation fiscale ou sociale de tes parents, c’est gratuit pour le jeune ou pour la famille. On y apprend des choses qu’on apprend nulle part ailleurs : les gestes qui sauvent, savoir faire un bilan de santé. Des débats sont organisés pour évoquer les valeurs de la République. Le sport est au centre du projet pour créer de la cohésion. Des temps de rencontre entre des jeunes qui ne se rencontreraient jamais sont planifiés. Après le séjour de cohésion, il y a une mission d’intérêt général. Il y a quasiment autant de mission que de jeunes, c’est la découverte des premières associations, des premiers engagements. C’est principalement dans des EHPAD, des mairies, des conseils départementaux mais aussi dans des associations comme la SPA, Les Restos du Cœur en passant par les cadets de la gendarmerie. Ensuite, il y a une sorte de challenge supplémentaire. C’est le temps d’engagement long et ça c’est de trois mois à un an donc c’est quand même long et le jeune à jusqu’à ses 25 ans pour le faire.

Sarah El Hairy, debout, à droite, en costume gris et pull noir.

Vous envisagez toujours à la rentrée 2023 de le rendre obligatoire ?

La question qui se pose aujourd’hui, c’est « est-ce qu’il faut tester le SNU sur le temps scolaire ? ». Je vois beaucoup de jeunes qui sont en formation professionnelle, qui travaille pendant les vacances ou qui sont en période de stage professionnel. On crée des inégalités d’accès sans le vouloir parce que le SNU, il est profondément juste mais quand tous les séjours que tu proposes, ils tombent sur des temps où tu as une autre contrainte, tu te dis : « comment je fais pour que cela soit accessible à tout le monde ? » et donc l’hypothèse c’est de savoir si le séjour de cohésion doit rentrer dans le temps scolaire ou s’il doit rester pendant les vacances scolaires. C’est une décision qui va arriver et je pense que, quelle que sera la décision, on continuera à développer ce programme qui rencontre du succès. Aujourd’hui, neuf jeunes sur dix sont satisfaits et je crois que c’est une fierté quand même.

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