A l’occasion de la finale de l’événement Stars’Intercités, nous sommes allés à la rencontre de cet habitué du Lyon Bondy Blog qu’est Sefyu, le rappeur au style prononcé.

sefyuAmine : Pourquoi avoir choisi de participer aux Stars’Intercités?
Beaucoup de rappeurs ont démarré avec des concerts comme ceux là. On participait à l’époque aux fêtes de quartiers, devant notre propre public afin de valider nos qualités avant notre « décollage». Quand j’étais plus jeune, j’aurai bien voulu voir des artistes venir dans nos quartiers pour nous conseiller. Aujourd’hui, l’avantage est d ‘avoir des professionnels comme jury pour encourager la jeunesse lyonnaise. De plus, il n’y a pas de séparation entre les personnalités et les jeunes. On fait en quelque sorte un échange de bon procédé, avec un interprète reconnu qui rend ce que lui a donné son public.

Sofia : Que souhaites-tu enseigner à ces jeunes ?
Je ne suis pas là pour enseigner quoi que ce soit à qui que ce soit, je suis seulement là pour conseiller et partager. Moi aussi j’ai beaucoup appris en tant que membre du jury. Voir une performance avec du rap et de la danse en même temps, j’avais déjà vu ça dans les comédies musicales, mais jamais dans le rap.

Amine : En France, on dit souvent que « le rap est mort », qu’en penses tu ?
Cela fait bientôt dix ans que j’entends cette phrase. C’est plutôt la personne qui fait ce genre de déclaration qui est morte [sourire]. En effet, les plateformes évoluent, on achète de moins en moins de Cds, et on télécharge plus. Mais le rap ne mourra pas car c’est une culture urbaine de la jeunesse d’aujourd’hui.

Amine : As tu une opinion sur la guerre des clashs entre Booba, Rohff et La Fouine ?
Cela ne me préoccupe pas. J’ai fait un site spécialement pour mon titre « FDP », durant cette période de clash pour ensuite mettre en place un site internet qui explique comment faire le buzz en trois minutes avec des visionnages truqués sur youtube, etc. Il y a des problèmes bien plus importants dans les quartiers, ces disputes ne sont pour moi qu’un problème de riches.

Sofia : Quels sont les problèmes récurrents en banlieue selon toi ?
Il n’y a plus de classique dans le rap français, il y a de la qualité mais aucun morceau qui reste dans les mémoires. Je ne vais pas citer des artistes affirmés comme Kery James ou Booba, mais les professionnels devraient plus aller à la rencontre de leur public, notamment en province. A l’époque, on faisait de la street promo en faisant des séances dédicaces avec des petits concerts, mais aujourd’hui, cela n’existe plus. De nos jours, on a des morceaux qui se consomment plus rapidement, le public achète le morceau qui va tourner dans les clubs, mais ce son ne sera pas celui qui restera dans les esprits d’une génération. Je ne vois plus de message qui touche la jeunesse, les artistes ne parlent plus à leur public. J’ai vu chez les rappeurs de la nouvelle génération un appât du gain, ils rappent avec les crocs et plus avec le cœur, et cherchent à passer à la radio absolument. Sachant que les bons sons ne passent pas forcément sur les ondes. Le rap doit parler à des personnes qui sont dans le besoin, qui ont été discriminées, et qui ont connu des problèmes sociaux récurrents quelque soit leur couleur de peau ou leur situation sociale.

Amine : Qu’as tu à leur donner pour qu’ils ne tombent pas dans le bling bling ?
Je n’ai rien à donner mais j’ai juste à dire « rappez ce que vous vivez et ce que vous pensez, pas ce que vous voulez faire miroiter ». Il faut d’abord regarder le quotidien que l’on a avant de faire du rap. Par exemple, si tu as une vie de bolos, alors fais du rap de bolos [rires], si au contraire tu as une vie compliquée, racontes ce que tu ressens. Le problème de nos jours est que les gens se miroitent des choses non existentielles, qui ressemblent à d’autres personnes. Cela manque beaucoup de sincérité et de simplicité. Il y a des artistes qui ont un très bon flow, comme Niro ou Hayce Lemsi. Il nous faut une génération qui vise les classiques et le public.

Amine : As tu des projets pour cette année ?
Oui, une mixtape en septembre et un album en fin d’année qui s’intitulera « Yusef ». Cela sera un album sincère où je décris ma vision de la nouvelle France. En voici un extrait : « Henri IV n’aurait jamais cru que les saucisses de Strasbourg seraient casher, que le verbe mahboul serait dans le dictionnaire, la France d’aujourd’hui n’est plus celle d’hier, inshAllah je croise Marine LePen sur un tapis de prière ».

Sofia : En parlant de ton prochain album, tu parles de ton identité, des problèmes que tu as pu avoir, quels sont les messages que tu souhaites transmettre?
Je vais surtout parler du cocktail qui existe aujourd’hui dans nos cités, qui est la conséquence des vagues d’immigration qui ont déteint sur une France conservatrice. Les générations vivent aujourd’hui dedans, on le voit avec le repas principal des français qui pour moi peut être le couscous ou le tiéboudiène au même titre que le cassoulet. Le but de cet album est d’aborder ce type de thèmes, avec les revendications des jeunes, et la manière dont certains rejettent cette société en ne faisant que se plaindre. Il faut désormais se lever et agir. Dans cet album je ne fais pas de revendications, mais j’essais d’être franc.

Voir aussi :

La première interview de Sefyu pour le Lyon Bondy Blog : “Je me présente. Je m’appelle Sefyu”

STARS’INTERCITES # 1 : la demi-finale

STARS’INTERCITES # 2 : la finale

Sofia Azzedine

Etudiante à l'Institut d'Etude du Développement après un parcours du combattant passé dans les méandres de la Science Politique, entre la Sociologie et le Journalisme et les Langues Etrangères. Je souhaite toujours explorer ces banlieues plurielles méconnues et mal traitées pour jeter au sol ces préjugés. Tout cela, pour éluder toute l'humanité vivace qui existe dans ces régions de la différence et de l'indifférence et faire parler cette jeunesse silencieusement bavarde.

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