Candidat de la Gauche Unie à la Métropole de Lyon, Renaud Payre promeut « une métropole qui relie, une métropole de proximité ». Parmi ses propositions, il propose un ambitieux programme de création de métros circulaires pour relier les communes de la métropole sans obstruer l’hypercentre de Lyon. Le Lyon Bondy Blog l’a rencontré.

 

Vous êtes candidat pour la présidence de la métropole. La première question qui nous vient en tête est : qu’est-ce que vous venez faire dans cette galère ? Vous êtes un néophyte en politique, pourquoi se présenter à ces élections où vous avez que des coups à prendre ?

Je suis un homme de gauche, j’ai toujours été engagé à gauche. Je n’ai jamais été candidat, mais je crois que c’est le moment de prendre ses responsabilités. Si je le faisais, c’était à condition que j’arrive à rassembler l’essentiel des forces de gauche. Donc c’était vraiment pour moi une limite. Je pense que le « et de droite et de gauche » ou le « ni à droite ni à gauche » ne marchent pas. On le constate bien ces derniers mois, voir ces dernières années pour les plus lucides. Cette position ambiguë nécessite véritablement d’affirmer ses valeurs et ses prises de position.
Moi c’est vrai, vous avez raison, je suis néophyte. En tout cas je n’ai jamais été élu. J’ai une activité professionnelle tout à fait gratifiante et réjouissante, c’est-à-dire que je me plais vraiment dans mon activité professionnelle. Je pense qu’il est nécessaire, notamment quand on est universitaire et autre d’ailleurs, de prendre ses responsabilités. Et là, j’ai voulu prendre mes responsabilités. Encore une fois, je ne l’aurais pas fait si nous n’étions pas arrivés à la Gauche Unie.

Actuellement, pour la candidature à la métropole de Lyon, il y a trois listes issues de l’ancienne majorité de Gérard Collomb. Dont la votre où il y a des candidats issus de la majorité de Collomb, comme Mme Runel. Pourquoi une telle multiplicité de listes venant de l’actuelle majorité ?

C’est une certaine vision celle que vous proposez, donc permettez-moi au moins de la discuter. Le présenter ainsi oublie que Sandrine Runel et d’autres ont pris leurs responsabilités quand il c’est agi de ne pas rejoindre En Marche. Gerard Collomb est parti de la présidence de la métropole au moment de la victoire d’Emmanuel Macron. Il a rejoint le ministère de l’Intérieur et il n’était plus président. Avec la constitution d’En Marche dont on sait très clairement qu’elle a conduit certains, David Kimelfeld en premier lieu, à basculer du jour au lendemain sur injonction de Gérard Collomb à En Marche. Sandrine Runel, Annie Guillemot et d’autres socialistes – et je ne suis pas socialiste au cas où vous ayez un doute – ont fait un choix très clair, celui de ne pas être apparentés à En Marche. C’est là que je trouve que votre vision est discutable. Ils ont participé à l’exécutif métropolitain et comme Europe Ecologie Les Verts (EELV), ils ont été fidèles au mandat qui était le leur en 2014. Ça n’a pas été ma trajectoire. Mais ils ont été fidèles à leur mandat et aujourd’hui chacun prend ses responsabilités. Vous voyez que vraisemblablement les Verts ne semblent pas être dans la défense d’un quelconque bilan.
Ce que nous sommes arrivés à faire et qui n’était pas gagné, c’est de remettre autour de la table des socialistes, des communistes, des anciens élus, militants et sympathisants de Génération.s. Mais également des formations plus jeunes comme Place publique ou Nouvelle Donne, des associations citoyennes comme Manufacture de la Cité. Et avec cela, des personnes issues de la société civile. Voilà ce qu’on est arrivés à faire. Les communistes et les socialistes dans cette ville ne se parlaient plus depuis 2008.
Maintenant on peut estimer que tout cela était facile, je peux vous le dire, ça n’était pas facile. Pour des raisons probablement de réflexes de partis, mais pas pour des raisons de fond. Parce que je le dis de partout, et je vous le dis, et je vous demande de me croire, quand il c’est agit d’élaborer un programme ensemble ça n’a absolument pas freiné. C’est-à-dire que nous sommes arrivés très rapidement à un vrai programme de gauche en trente propositions.

Il manque les écologistes, pour quelles raisons ? Il manque Mme Perrin Gilbert avec laquelle vous avez travaillé précédemment, pour quelles raisons vous n’avez pas pu faire une alliance plus large encore ?

Pour EELV je le regrette très clairement. Et de toute façon, même si je ne vous disais pas ça, vous pourriez le reconnaître. J’avais pris l’initiative au printemps, d’une candidature fictive, une certaine « Mme Z ». Pour le dévoilement de « Mme Z », une génération d’hommes et de femmes, des fédérateurs et des personnes prenaient la parole. Dans ces personnes qui prenaient la parole, il y avait un certain Gregory Doucet. Et si vous relisez l’interview parue chez un de vos concurrents, la conclusion de cet entretien de deux heures est que nous pourrions travailler ensemble. Gregory Doucet nous dit ça cet été, mais une fois qu’il est investi par EELV le dialogue, n’est plus vraiment possible. Je force un peu le trait, par ce que de fait le dialogue il est possible. De fait, je crois qu’il concèderait comme nous, que ce que nous souhaitons c’est travailler ensemble le soir du premier tour. En tout cas moi, je peux vous dire que du côté de la Gauche Unie, il n’y a aucune ambiguïté. J’espère qu’il n’y en aura pas du côté d’EELV. Mais je le regrette. Une fois qu’on dit ça, nous n’avons pas tout à fait la même vision de la métropole.

Alors quelles sont les différences que vous avez avec Gregory Doucet ?

Pour nous, il n’y a pas d’un côté la question écologique et de l’autre, la question sociale. Ça veut dire quoi ? Parce que ça il pourrait nous dire « Oui, mais nous aussi ». Sauf que moi, je dis une chose très claire, c’est que l’on ne va pas embarquer chacun et chacune dans cet énorme effort qu’on va tous avoir à faire. Sur la Terre, mais particulièrement dans les grandes villes et notamment dans notre grande ville, on ne va pas réussir à embarquer tout le monde si on n’a pas des collectivités comme la métropole de Lyon qui donne notamment aux classes populaires et aux classes moyennes des outils pour faire face à cette transition écologique.
Je vais vous prendre deux exemples. Un premier, c’est les transports en commun. Il n’est pas possible de dire on fait baisser la part des automobiles par une simple injonction ou une simple écologie punitive. Nous y arriverons dans les faits le jour où l’on proposera en bas de chez soi des transports en commun rapides. Et nous, c’est ce que nous proposons de faire en six ans. Je dis bien en six ans parce que c’est ça la vraie différence, regardez vraiment le programme d’EELV. Nous proposons deux lignes de métros légers circulaires. Une qui va de l’Ouest lyonnais autour de Tassin jusqu’à Saint-Fons, pour la première ligne. Et une autre qui passe par Saint-Fons, Vénissieux, Bron, Vaulx-en-Velin et la Doua. Aujourd’hui, une personne qui habite Saint-Fons et qui travaille à Vaulx-en-Velin n’a pas de ligne directe. Elle passe par le centre de Lyon. La plupart du temps, c’est bien l’enjeu. Notamment si on pense à la couronne plus éloignée, c’est tout l’enjeu des Gilets Jaunes. Aujourd’hui on se dit on va prendre notre bagnole, parce que c’est quand même plus rapide. Et même si on se tape trois quarts d’heure à l’aller parce que l’on va se taper des embouteillages on va le faire. Là, on aura une ligne. De Saint-Fons et on pourra rejoindre Vaulx-en-Velin en 20 minutes. C’est ça l’esprit. Et encore une fois je le dis, ça se fait en 6 ans.
C’est la première fois que vous avez des forces politiques, et notamment la Gauche Unie, qui propose enfin de passer à la métropole du XXIe siècle. Cette métropole qui relie les périphéries entre elles, qui s’adresse aux 59 communes sans négliger les 58 autres communes que Lyon. Ça, c’est la vision que je porte au nom de la Gauche Unie. C’est une métropole qui relie, une métropole de proximité. Ça, c’est une piste pour répondre aussi et dire à EELV que ça suppose une priorisation dans le monde. On arrivera véritablement à changer les habitudes, à adopter de nouvelles habitudes quand on accompagnera l’ensemble des populations dans des services publics comme celui-ci.
Le deuxième élément c’est la question des passoires énergétiques. Nous avons un vrai problème dans certains quartiers de l’hypercentre, comme dans des communes extérieures à Lyon. Nous avons un problème de l’amélioration de l’habitat notamment dans une visée écologique et énergétique. Je pense bien sûr à tous les locataires et les bailleurs sociaux. Mais ça, c’est ce qu’on fera avec le logement social. Mais je pense aussi aux petits propriétaires. Et je pense à un certain type de propriétaire, par exemple des personnes âgées qui n’ont pas de revenu propre et qui n’ont pas assez d’épargne. Je pense aussi à des personnes qui ont pu hériter d’un bien, mais qui ont eux-mêmes pas de ressources. Ces personnes-là, elles ne peuvent pas emprunter aujourd’hui. Vous savez bien qu’on est face à des taux très bas. La contrepartie, ces derniers mois en témoignent, est que l’on ne peut plus emprunter sur des durées longues. Les banques sont de plus en plus regardantes sur qui peut emprunter. On sait que c’est comme ça, que les banques minimisent leurs risques. Ce que nous proposons c’est une coopérative citoyenne, auprès de laquelle les citoyens peuvent placer de l’argent dans un fonds éthique, type La Nef. Et là, on place de l’argent pour que des citoyens qui n’ont pas la capacité d’emprunter dans le circuit bancaire classique puissent le faire dans une coopérative citoyenne, qui en plus a des visées énergétiques et écologiques. Ça, vous allez me dire que ce n’est pas la métropole qui le fait directement. Sauf que s’il n’y a pas une collectivité, s’il n’y a pas les pouvoirs publics qui accompagnent cette coopérative, qui s’en portent garants et qui mettent autour de la table tous ceux qui pourront créer dans un temps limité cette coopérative, ça ne se fera jamais. Ou en tout cas, ça se fera beaucoup plus difficilement. Ça, c’est un engagement, c’est notamment ce qu’on appelle le grand emprunt citoyen écologique. Voilà deux différences.
Vous m’avez quand même posé une question à laquelle j’aimerais répondre, c’est Nathalie Perrin Gilbert. Je pense qu’on n’est pas tout à fait dans la même perspective de développement et de vision de la métropole. Nathalie Perrin Gilbert a fait un accord avec la France Insoumise piloté par le national. Mais surtout elle a une vision de la métropole, si j’en crois sa candidature, où elle va changer la métropole à partir de Lyon. Il me semble même que c’est une phrase qu’elle a eu. C’est-à-dire en se présentant que dans certaines circonscriptions, notamment dans des circonscriptions de Lyon centre. Ma vision et la vision de la Gauche Unie est à l’opposée d’une certaine manière. Justement, nous ne sommes pas arrivés à faire exister cette métropole parce que nous avons parlé qu’entre Lyonnais. Que les Lyonnais aux Lyonnais. Mais comment cette métropole est perçue aujourd’hui à Vénissieux ? Comment cette métropole aujourd’hui est perçue à Tassin ? Comment cette métropole aujourd’hui est perçue à Givors ? Ou à Oullins ? C’est tout l’enjeu. C’est-à-dire que cette métropole, elle n’est pas saisie. Parce que cette métropole elle n’existe pas. Parce que cette métropole s’est pensée en concurrence avec les communes. C’est-à-dire que ce n’est pas une métropole de la proximité. Nous, nous travaillerons avec les communes. Encore une fois, l’ensemble des communes, les 59 communes ; et je devrais ajouter les neuf arrondissements de Lyon. Si je suis élu président, nous travaillerons ainsi dès les premières semaines du mandat. Nous aurons un nouveau pacte métropolitain avec les communes qui sera un contrat d’objectifs et de moyens. Je vais voir le ou la maire élu et on se dit vous avez été élu sur tel et tel engagement et nous, nous avons été élus sur tel et tel engagement. Comment ensemble, nous mettons-nous un contrat d’objectifs et de moyens à 3 ans ?

Vous voulez faire ça avec tous les maires ?

Bien sûr, parce que cette métropole souffre d’un déficit démocratique et de proximité. Cette métropole, ça doit être la métropole d’en bas de chez soi. Ça doit être la métropole du coin de la rue. Je le pense sincèrement. C’est le grand défi. Par ailleurs, cette métropole a souffert d’autre chose, c’est de l’hypercentralisation sur Lyon. Voir de certains quartiers de Lyon, parce que quand on dit Lyon on ne pense pas à route de Vienne. On pense à place Bellecour et à La Part Dieu, très clairement. Et cette hypercentralisation, la ligne E en témoigne. Vous avez vu que ce n’est pas ma position la ligne E, c’est l’inverse de la ligne E, c’est deux lignes de métro circulaires. Cette hypercentralisation a contribué à saturer Lyon centre et à asphyxier l’ensemble de la métropole. Je vous prends un autre exemple qui montre à quel point il faut passer à une autre étape dans la construction de la métropole. Cette métropole, dont Gérard Collomb se targue de l’avoir développé économiquement depuis 2001. Je vais vous dire un élément et c’est peut-être un scoop pour vous, effectivement Gérard Collomb a développé cette métropole. Oui, je le concède. Et je pense que Gérard Collomb a été un bon maire, le bon maire des années 2000. Mais il n’est pas en phase avec les défis des années 2020. Parce qu’en ramenant toute une série de sièges sociaux sur la Part Dieu, il a mécaniquement dévitalisé une partie des villes environnantes. Quand vous faites venir des sièges sociaux qui étaient présents ailleurs dans la région, vous affaiblissez Vienne, vous affaiblissez Annonay, vous affaiblissez Tarare pour parler de villes d’importance en taille moindre. Mais également Roanne et St Etienne qui peinent à se développer dans son commerce de proximité. Donc, vous voyez bien qu’on a là une dévitalisation. Et c’était le modèle du ruissèlement que défendait Gérard Collomb. Finalement, il nous disait on va mettre tout le pouvoir là où il y a déjà du pouvoir. On va arroser là où il pleut déjà d’une certaine manière. C’est ça le modèle qui a fondé la métropole de 2015.
Nous on dit une chose, c’est qu’il faut absolument travailler avec l’ensemble de ces territoires. Territoires ruraux comme territoires urbains. C’est-à-dire que demain, si je suis élu avec la gauche unie, nous dialoguerons avec le président de la région Auvergne Rhône Alpes. Pourtant je ne peux pas me dire que je suis de la même position politique, pas du tout. Par contre je suis contre l’exceptionnalisme lyonnais. Ce que je veux dire par là, c’est qu’il faudra absolument dialoguer. Nous arriverons à un RER, donc à un réseau sur l’aire urbaine que si nous dialoguons avec la SNCF et la région. Et pourquoi est-ce tellement important ? Parce qu’on ne peut pas se résoudre à dévitaliser encore plus Tarare et Roanne. Ça veut dire qu’aujourd’hui ils n’ont pas de trains assez cadencés. Une personne qui va aller travailler à la Part Dieu en partant de Tarare et qui va partir à 7h du matin et qui va arriver à 20h. Et bien il va faire ses courses à la Part Dieu avant de rejoindre Tarare le soir. Mécaniquement les commerces de proximité disparaissent des bourgs, des villes moyennes et même des grandes villes de notre région. N’oublions pas quand même que St Etienne est la deuxième ville de la région Auvergne Rhône-Alpes.

Pour rester sur les transports, à Lyon intramuros le tunnel de Fourvière est le point noir. Est-ce que vous avez un projet par rapport à cette autoroute pour pouvoir limiter les camions qui passent ou la circulation ?

Alors, il y a deux choses. D’abord vous savez qu’il va être transformé en boulevard urbain (ndr : il a été déclassifié) et que c’est déjà fait. Ce n’est pas dans ce mandat-là que nous pouvons estimer que c’est une bonne mesure. Là où nous arrivons dans une situation complexe, c’est sur la limitation de la circulation sur cet axe-là. La seule manière de le faire c’est sur les mouvements pendulaires. Les mouvements qui transitent par Lyon, il faut un contournement de Lyon. Ce que nous faisons pour les mouvements pendulaires, qui vont, qui aboutissent à Lyon métropole. D’abord avec le métro circulaire. Encore une fois ce n’est pas pour rien qu’il part de l’Ouest lyonnais. Ensuite, c’est un plan de RER qui desserre en partie le réseau de gares secondaires de la métropole. C’est-à-dire la gare de Vaise, la gare de Vénissieux, etc. Pourquoi je vous dis un mot sur le métro circulaire ? Pendant très longtemps, je concède que je ne comprenais pas le projet de la ligne E annoncé à la va-vite pendant la campagne de 2014 par Gérard Collomb. À ce moment-là, en nous disant je vais faire la ligne E il a oublié de préciser derrière que ça ferait en 2030 et donc finalement au bout de deux mandats. Ça je vous le dis, en termes de méthode ça n’est plus possible. Si on considère qu’il y a une urgence écologique, on ne peut plus se dire je travaille sur deux mandats. Nous on a six ans pour agir. Je ne le comprenais pas, mais c’est un enjeu écologique, je le concède. Il faut absolument que les populations de l’Ouest lyonnais aient un mode de transport rapide. Sauf qu’à mon avis le diagnostic est bon, la recette n’est pas bonne. Encore une fois, ramener ça à Bellecour ou à Hôtel de Ville, même si c’est le scénario Bellecour qui semble tenir la corde, n’est pas une bonne solution. La bonne solution, c’est à l’image des grandes villes européennes, c’est à l’image de Paris depuis le projet JO, c’est de faire des métros circulaires connectés. Le métro circulaire que nous proposons avec la gauche unie, il relit Tassin à Saint Fond en passant par Hôpitaux Sud. C’est-à-dire qu’en 2023, il est connecté potentiellement à la ligne B. Si vous êtes de Tassin, vous prenez le métro circulaire. Vous arrivez à Hôpitaux Sud, vous montez dans la ligne B et vous pouvez aller travailler à Gerland ou à la Part Dieu. Puis la ligne Saint-Fons – la Doua connecte la ligne D et A et donc la gare de Vénissieux et Vaulx-en-Velin. C’est-à-dire qu’on est dans de l’inter modalité et de la connexion pour bâtir ce réseau. Ce réseau permet de desservir et de répondre à des habitants qui travaillent dans deux communes de la métropole dont l’une n’est pas forcément Lyon.