Promised Land, la dernière réalisation de Gus Van Sant, a été projetée la semaine dernière en avant-première au cinéma Comoedia. Un film fort qui traite d’un sujet brulant : le gaz de schiste.

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Bienvenue dans une petite ville du fin fond des Etats-Unis. À droite, un épicier qui vend des guitares et des chemises en flanelle. À gauche, un pub qui fait karaoké. Il y aussi des champs, une jolie institutrice et une équipe de basket. Tout ce petit monde est bouleversé par l’arrivée de Steve Butler (Matt Damon) et de sa collègue Sue Thomason (Frances McDormand), représentants de la compagnie gazière Global Crossover Solutions. Leur mission est simple : convaincre les habitants de laisser l’entreprise forer leurs terres – aux Etats-Unis, le propriétaire d’un terrain en possède aussi le sous-sol – pour en exploiter le gaz de schiste.

Dans certains foyers, ils sont accueillis en héros. Il faut dire qu’ils viennent avec la promesse de dollars sonnants et trébuchants… et donc de fins de mois moins difficiles. Aux habitants dont les propriétés ont un « haut rendement », ils promettent des millions. L’affaire se complique avec l’entrée en scène de Frank Yates (Hal Holbrook), enseignant à la retraite. Il est le premier à mettre en cause le « potentiel d’erreur trop élevé » de la technique utilisée pour extraire le gaz de schiste de la roche, la fracturation hydraulique. Alors que le village s’est décidé à de voter à ce sujet, un militant écologiste, Dustin Noble (John Krasinski) vient dénoncer les ravages causés par la fracturation hydraulique dans la ferme de ses parents : pollution de l’eau, empoisonnement du bétail…

L’indépendance énergétique des Etats-Unis ?

Promised Land aborde le gaz de schiste – question hautement politique, qui touche à l’indépendance énergétique des Etats-Unis – au travers du lien avec la terre de ces petits propriétaires et paysans, dont les pâturages leur appartiennent depuis des générations. Le film ne déroule pas de discours « pro » ou « anti », ni de réponses toutes faites : il montre avec réalisme ce qui peut pousser les habitants de régions en déclin économique à accepter… ou à refuser. Son seul message – si c’en est un : la fracturation hydraulique, qui consiste à injecter un mélange d’eau, de sable et d’adjuvants chimiques dans la roche pour en tirer le gaz, a des conséquences potentiellement graves sur la nature, l’air, les champs.

Les champs et les arbres, si beaux et si fragiles, filmés avec délicatesse par Gus Van Sant, en argentique. Un choix technique qui a son importance, la pellicule témoignant très fidèlement de la douceur et de la couleur des paysages. L’autre atout de taille du film s’appelle Matt Damon, qui interprète un personnage tout en nuances, au départ prétentieusement persuadé de pouvoir aider les villageois avec l’argent qu’il apporte. La trajectoire personnelle de Steve, lui-même originaire d’une région frappée de plein fouet par la fermeture d’une usine, donne du poids à ses arguments. L’acteur est doublement impliqué dans le film, qu’il a écrit et produit avec John Krasinski, très juste dans son rôle d’ « écolo » séducteur. On ressort de la projection touché et interpellé, avec l’impression d’avoir pris un sacré bol d’air. Gus Van Sant réussit là un film un peu trop linéaire mais sensible, poétique visuellement et responsable politiquement. Chapeau.

Film de Gus Van Sant avec Matt Damon, Frances McDormand, John Krasinski. Sortie en France le 17 avril