Initiée par la fédération syndicale de SUD Santé Sociaux, une « marée blanche » a réuni le mardi 15 mai dans la capitale près de 600 personnes appelées à manifester contre les conditions de travail jugées honteuses des divers personnels hospitaliers, ainsi que le manque cruel de moyens des hôpitaux. Lors de cette « marée blanche », un collectif lyonnais comprenant personnels et syndicats a spécialement fait le déplacement jusqu’à Paris afin d’exprimer leurs revendications et alerter l’opinion publique sur l’état de leur institution. Le LBB a accompagné ce collectif durant toute cette journée de lutte.

La tête du cortège en direction du ministère de la Santé ©DM LyonBondyBlog

Il était 5 heures du matin lorsque les premiers participants à cette journée de lutte arrivaient sur le point de rendez-vous situé sur le parking du centre hospitalier du Vinatier de Bron. Sur la trentaine de participants prévus, seule une vingtaine avait répondu à l’appel. Parmi eux, personnels et syndicats de l’Hôpital Édouard Herriot, du centre hospitalier de Saint-Jean-de-Dieu, du Vinatier et même de Saint-Étienne. Tous souhaitaient se mobiliser ensemble afin de faire entendre leur mécontentement.

7 heures plus tard, le collectif arrivait dans la capitale. Sur place, ce sont d’abord environ 300 grévistes qui se sont positionnés à l’esplanade des Invalides. Cette journée de manifestation nationale à Paris s’était décidée plus tôt, le 24 avril dernier, par l’Assemblée générale des hôpitaux en lutte qui s’était réunie à Angers, afin de mettre en exergue la situation hospitalière intenable que ce soit au CHU d’Angers, CESAME, CH Cholet, Saint Nicolas, Tours, Caen, APHP, Rouen, Brest, Rennes, Millau, Besançon, Versailles, Toulouse, Le Mans, La Roche sur Yon, Niort, et donc aussi de Lyon, sans oublier les EHPAD. Des centaines de blouses blanches ont répondu à cet appel. Certains s’étaient donné rendez-vous aux Champs Élysée avant de rejoindre le reste des troupes aux Invalides.

Le départ de la « marée blanche » s’est effectué aux alentours de 14 heures. Au milieu des blouses blanches et des pancartes, la colère grondait et les chants résonnaient : « Hôpitaux en colère, y en a marre de la galère ! ». Tel était le cri de guerre du collectif lyonnais. En son sein, nombreux ont été ceux à exprimer cette colère.

Le collectif lyonnais dans le cortège à l’esplanade des Invalides ©DM LyonBondyBlog

Pierre-Yves, membre du personnel hospitalier à l’hôpital Edouard Herriot, déclare : « j’attends que ce soit une manifestation réussie, qu’on puisse se faire entendre de la Ministre pour qu’elle daigne enfin changer leur politique de santé et leur politique de destruction de l’hôpital public. On revendique plus de moyens, donc plus d’effectifs, plus de moyens humain et matériel, parce que ça craque de partout dans les hôpitaux. Macron a annoncé qu’il n’y aurait pas de baisse de budget. En fait, c’était un mensonge ; nous il faudrait nous avancer des budgets suffisants pour fonctionner, parce que là, quoiqu’il arrive, le gouvernement va continuer à baisser les effectifs, les dotations, et on ne s’en sort plus. Si on a fait expressément le déplacement de Lyon jusqu’à Paris aujourd’hui, c’est tout simplement pour se faire entendre. On a envoyé un courrier au Président Macron, il nous a répondu qu’il transmettait notre message à la Ministre de la Santé et on n’a jamais reçu de réponse de cette dernière. Donc là, l’idée, c’est de se faire entendre nationalement, pour qu’enfin ça bouge ».

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Nos confrères du magazine hebdomadaire économique français Challenges.fr publiaient il y a deux semaines un article indiquant que le président de la République avait promis lors de sa campagne présidentielle la fin des coupes budgétaires dans les hôpitaux. De son côté la Ministre de la Santé Agnès Buzyn, indiquait que le niveau des économies sur le champ des établissements de santé s’élèverait aujourd’hui à 1,6 milliards d’euros, dont 960 millions d’économies pesant directement sur le budget des établissements de santé. Ceci pourrait représenter donc, la suppression de plusieurs centaines de postes pour l’année 2018.

Ce qui a de quoi agacer Mathieu, personnel de santé au Vinatier et secrétaire de la CGT, témoigne : « aujourd’hui, on est là pour défendre notre secteur de la santé qui est très durement attaqué depuis plusieurs gouvernements successifs. Ça ne peut plus durer. On ne peut pas avoir un gouvernement qui fait le choix de faire des milliards de cadeaux aux grandes entreprises et aux patronats pour d’un autre côté détruire tout notre système de santé et tout l’accès aux soins pour les patients. C’est 30 milliards d’exonérations patronales. Ces exonérations, ce sont autant d’argent qui est ensuite prélevé sur la Sécu, sur les retraites et le financement des hôpitaux. Très concrètement, c’est ce qui nous tue, c’est ce qui nous saigne.

On est là pour dire stop, il nous faut un plan d’urgence pour l’hôpital public et pour la santé en général. Un plan d’urgence, ça passe par des moyens financiers, pour pouvoir faire les embauches nécessaires, ouvrir des structures dans les quartiers et les cités pour que les gens puissent être accueillis au plus près de chez eux, ce qui n’est plus le cas.  On nous annonce des suppressions de postes et petit à petit on nous casse tout ça. Cela ne peut plus durer. Il faut que le gouvernement cesse sa politique et pour ça il faut que les salariés, mais aussi la population, mettent la pression au gouvernement pour lui faire comprendre que cet argent, la santé en a besoin. Cette manifestation à Paris, c’est un ras-le-bol. Dans toute la France, il y a des hôpitaux et des services qui sont en grève et qui se battent et des dates comme celle d’aujourd’hui permettent de tous se retrouver au même endroit pour dire la même chose ».

Même son de cloche pour Bruno, lui aussi aide-soignant au Vinatier : « on veut dénoncer aujourd’hui les réductions de budgets puisque le gouvernement a annoncé 45 millions d’économies. Ces économies vont se faire d’une part au détriment des malades, des patients, des résidents, selon les services, et d’autre part au détriment des professionnels de santé. Il faut savoir que les conditions de travail sont très difficiles, il y a de moins en moins de personnels et les premières victimes se sont les malades. On a horreur de faire un travail mal fait et on ne nous donne pas les moyens nécessaires. Si je prends l’exemple de mon service au Vinatier, il y a une surpopulation et on n’a pas assez de lits pour accueillir ces personnes. On en vient à installer des lits de camps dans certaines pièces, c’est totalement irrespectueux. Certains professionnels accumulent trop de fatiguent et arrivent à un point où ils craquent tout simplement. Tout cela à cause d’un gouvernement qui veut des économies sur le budget des hôpitaux. Ce déplacement jusqu’à Paris nous tenait à cœur, tout ce qui nous unit ici c’est la cause des hôpitaux, la prise en charge des soignés, on est tous là pour revendiquer la même chose, c’est la déshumanisation du système de soin au détriment du patient et du professionnel ».

Dans l’après-midi, le cortège s’est dirigé vers le ministère de la Santé, dans un parcours rondement bouclé par les plusieurs centaines de CRS sollicités afin d’assurer la sécurité.

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Jean-Baptiste, activiste citoyen ©DM LyonBondyBlog

Jean-Baptiste, activiste citoyen ©DM LyonBondyBlog

Durant cette marche, nous avons pu rencontrer Jean-Baptiste, un activiste citoyen venu lui aussi lutter aux côtés des personnels soignants : « moi je viens ici en soutient à la PHP en tant que citoyen, puisqu’on a affaire au service public et notamment à l’hôpital public. C’est important d’être là car tous ces services sont en voie de dégradation, ils ne sont pas soutenus par leurs dirigeants, il y a de l’austérité, des salaires sont bloqués.  Il y a un manque de moyen humain et matériel grave, cela cause des burn-out et parfois même des suicides, donc on est obligé de se révolter et d’être solidaire. Le gouvernement ne voit qu’un soutien à la finance et aux plus riches et le monarque Macron, c’est pire que tout. Alors on ne peut être qu’en colère face à cela, il n’est pas du tout solidaire du peuple et au contraire il le méprise. C’est pourquoi ma présence aujourd’hui avec ces divers personnels soignants qui sont eux courageux et ce sont parmi d’autres les héros du temps moderne. Il faut faire converger nos luttes, y aller à fond, pour la justice sociale, pour l’environnement, pour la paix. Tout ça, c’est un seul et même combat »

Les manifestants se sont mêmes laissés aller à un die-in sous les fenêtres du ministère, afin d’interpeller Agnès Buzyn. Une manière symbolique d’illustrer la mort à petit feu de ces personnels de santé en s’allongeant à même le sol sur la voie publique.

Le « die-in » des manifestants sur la voie publique ©DM LyonBondyBlog

Gilbert, retraité et ancien éducateur spécialisé au Vinatier, ajoute : « les questions importantes ont dans l’ensemble été traitées aujourd’hui. Après, sur un plan national, il y a des centaines de milliers de salariés qui travaillent dans le secteur hospitalier et ce sont eux qu’il faut convaincre. Oui les conditions de travail sont très difficiles, c’est parfois même en flux tendu, donc c’est difficile de mobiliser vraiment tout le monde à la manifestation ».

À la fin de la journée, une délégation triée sur le volet a été reçue au ministère. Il était l’heure pour le collectif lyonnais de reprendre le chemin du retour. Cette « marée blanche » marque la première révolte nationale du quinquennat. Il est d’ores-et-déjà probable d’en voir d’autres selon l’issue de la situation.

Dans le bus des personnels lyonnais, tous ont été satisfaits de cette journée de lutte et se disent confiants pour la suite. Mais pour eux, le combat doit perdurer. Pierre-Yves conclut : « on n’est pas venu ici en touriste, certes on a fait 14 heures de route mais c’était pour la bonne cause. Il y a eu une véritable démarche et une véritable envie de faire bouger les choses ».