Après avoir mené lui-même des campagnes de recrutement, Mathieu livre sa vison des difficultés auxquelles sont confrontés les chercheurs d’emploi et se prononce pour une gestion des ressources humaines plus respectueuse de l’être humain qui se trouve en chaque candidat.

Être jeune diplômé n’est pas toujours simple. En effet, nous avons les compétences théoriques, une certaine expérience pratique, acquise lors des stages ou de formation en alternances, mais nous n’avons pas forcément les trois fameuses années d’expérience exigées dans la plupart des annonces. Nous nous retrouvons donc parfois avec un niveau « bac +5 » et une année d’expérience, voire une année et demie… sans pour autant répondre aux exigences des recruteurs. Les stages peuvent alors ressembler à la solution : ils permettent au candidat d’acquérir de l’expérience, et à l’entreprise de se « fournir » en main d’oeuvre à moindre coût. Certaines universités permettent donc aux jeunes diplômés de revenir à la fac afin de décrocher un « diplôme universitaire (DU) professionnalisation ». Celui qui est inscrit à ce cursus peut ainsi obtenir une convention de stage afin d’ajouter six mois d’expérience à son curriculum vitae (CV). Dire qu’après cinq années d’étude, on pensait voir le bout du tunnel et pouvoir se lancer dans la vie active, construire un futur. Hélas il n’en est rien. Enfin, pas tout de suite du moins.

Le CV, quant à lui, est un art. Et comme tout art il donne lieu à une multitude de courants. Selon les uns, il faut une photo, selon les autres c’est un sacrilège. Pour certains « originalité » est le maîtres mot quand d’autres se bornent aux limites austères du classicisme. Si votre CV est parfait pour un recruteur, il sera à refaire de fond en combles pour un autre. Heureusement certaines informations demeurent au sein de ces différentes versions : la formation, les expériences professionnelles et ce que vous faites de votre temps libre. Cependant tous les hobbys sont-ils bons à mettre noir sur blanc ? En effet, que penseriez-vous d’un collègue passant ses week-ends à participer à des jeux de rôles ou à faire de la taxidermie. Pour cela, le curriculum vitae, ce chemin de vie (traduction littéral de l’expression latine curriculum vitae NDLR) qui est présenté aux recruteurs, n’est qu’une vision idéalisée de soi.

Le réseau ne tuerait-il pas le marché du travail ?

Cependant même cette version de vous-même ne suffit pas toujours. Là, je parle là du fameux réseau. En effet, toutes les associations de retour à l’emploi nous parlent de ce réseau. Ils vous font comprendre que si vous n’en avez pas (du réseau), vous ne trouverez jamais de travail. Ainsi les annonces ne représenteraient qu’une part infime des postes à pourvoir. Pour le recruteur pourtant, passer par le réseau ne garantit pas d’embaucher une personne plus compétente. On peut présenter à son patron un ami proche, qui est un très bon ami, mais qui sera un piètre professionnel. On s’engage, certes, pour son ami demandeur d’emploi ou qui souhaite changer de poste et en s’engageant, on espère qu’il réussisse mais une personne sera peut être plus compétente que lui, une personne se trouvant en dehors de ce réseau.

On peut dès lors se demander si le réseau n’est pas en train de tuer le marché du travail. Il y aurait 1 600 000 français travaillant à l’étranger. Il est certes important d’exporter le savoir faire français mais cela ne représente-t-il pas une fuite des cerveaux ? Cette émigration est parfois dû au fait qu’il est tout simplement plus simple de trouver un emploi à l’étranger sans avoir d’expérience. Ainsi, un ami est allé travailler en Irlande durant cinq ans avec le bac en poche. Une importante société d’assurance lui a donné sa chance. Ce grand nom des assurances l’a intégré, l’a formé et l’a fait évoluer. Il travaille aujourd’hui en Suisse, à un poste de cadre, gagne très bien sa vie et est sur le point de valider un diplôme de niveau I. La question est donc de savoir si cela aurait pu être possible en France ?

Il semble que l’humain ait totalement disparu des ressources humaines. Chaque recruteur cherche « le mouton à cinq pattes » sans pour autant prendre en compte l’humain. Un être humain ne sera jamais une page au format A4.

Traiter les candidats avec respect

Ce manque d’humanité se vérifie lors des refus après un entretien individuel. Il arrive que le recruteur vous assure que vous aurez un retour dans les quinze jours. Quand vous appelez ce même recruteur quinze jours après l’entretien, il a tout à coup disparu, il enchaîne les réunions et n’est jamais joignable. Il arrive même que, pour vous signifier un refus, le recruteur vous téléphone et vous annonce avec une voix souriante que vous n’êtes pas retenu pour la suite. Essuyer un rejet de plus n’est pas toujours évident. Mais quand celui ou celle qui vous l’annonce le dit en riant, on pourrait presque se demander s’il n’y pas une caméra cachée quelque part ou si le chargé du recrutement est à ce point usée par son travail qu’il ne se rend plus compte qu’il parle avec un être humain, qui a des sentiments et est, bien souvent, usée psychologiquement par une recherche intensive d’emploi.

Les ressources humaines sont une belle activité. On a la chance de rencontrer des personnes formidables, qu’on ne peut pas toujours embaucher, mais qu’on peut traiter avec dignité. En tant qu’ancien recruteur, j’ai toujours donné une réponse aux candidats. C’est vrai, il est toujours plus plaisant d’annoncer une bonne nouvelle qu’une mauvaise. Mais tous les candidats avaient droit à mon respect… et certains m ont remercié pour cela.

Avis, donc, à tous les recruteurs qui liront ces lignes, le respect est toujours exigé et ce n’est pas qu’un mot dans le dictionnaire.

La rédaction

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