Vendredi, le club de la presse de Lyon a initié une manifestation de soutien pour les journalistes retenus en Syrie. Une banderole a été érigée et un lâché de ballons organisé pour l’occasion.

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« Les ballons qui viennent de s’envoler emportent un message au-delà des ondes et du sol. »

La pluie, le froid, les parapluies servaient de base au décor à midi. C’était déjà à un jour de deuil mondial avec l’annonce dans tous les médias de la disparition la nuit précédente de Nelson Mandela. Celui qui inspira si longtemps la conscience internationale poussait les autres à l’espoir. Bien loin de Johannesburg ou du Cap, sur la place de La Comédie, une banderole connotait l’espoir pour d’autres crieurs de vérité. Accrochée aux portes de l’Hôtel de Ville, elle arborait les visages de Didier François, Edouard Elias, Nicolas Hénin et Pierre Torres, tous enlevés en juin 2013.

Le club de la presse de Lyon et le comité de soutien des journalistes français en Syrie, présidé par Florence Aubenas, avaient donc ce rassemblement qui s’est accompagné d’un lâché de deux cent ballons. Une manifestation co-organisée avec une vingtaine de villes françaises et Londres.
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La présidente du club de la presse de Lyon Jeanine Paloulian a exprimé toute son émotion et montré son implication à travers cet évènement :

« Il est très important que les journalistes français se souviennent que leurs confrères sont otages quelque part simplement parce qu’ils sont allés faire leur métier. Ils sont témoins de ce qui se passe et ce sont eux qui nous rapportent ces informations. Nous voulons simplement leur dire que nous pensons à eux et nous ne les oublions. Nous le renouvellerons à Lyon comme dans les autres villes de France car nous savons que des manifestations de ce type leur reviennent en écho. »

«  Ne pas se balader avec sa carte ! »

Pris en otage en 1972 au Viêt Nam Yves-Michel Dumont (66 ans) est venu en témoin. Il avait lui-même couvert la sortie de Madiba de la prison de Robben Island en 1990. Il avait alors écrit un discours émouvant relatant les conditions épouvantables de sa captivité qu’il n’a pas lu lui même faute d’une santé fragile risquant d’être affectée par une émotion trop forte. Il avoue que son expérience personnelle lui sert tous les jours depuis 41 ans.

« Avant, on utilisait le mot prisonnier, désormais on dit otage. Il y avait la possibilité d’aller partout sans être inquiété. Les gens qui sont au milieu des conflits utilisent les journalistes à certaines fins. Cependant, il faut toujours garder espoir. Dans mon trou, au Viêt Nam c’est ce que j’ai fait. On parlait de m’exécuter. J’avais réussi à m’échapper dans la jungle. »
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Marc Petit de La Tribune de Genève a passé douze ans en Amérique du sud et a connu aussi les coulisses de la dictature.

« C’est toute la presse qui est prise au piège de la politique quand elle couvre des évènements militaires. Nous sommes Français, Suisse et depuis nos téléviseurs nous regardons des reportages grâce à des journalistes qui vont sur place au péril de leur vie. En tant qu’européens privilégiés, nous sommes tributaires de ces gens. »

Franck Halimi, du magazine Amina, prévient ardemment à propos de la République Démocratique du Congo : « A Kinshasa, il n’y a pas vraiment de problèmes mais quand on se déplace à Kivu ou Goma, ça craint ! Il ne faut pas se promener avec sa carte de presse. Le diamant et le topaze augmentent les risquent de ces secteurs. »    

Et de conclure : « Je pense qu’André Kieffer qui enquêtait sur la filière Cacao en Côte d’Ivoire et tenu en otage depuis 2004 est décédé et j’ai une pensée profonde pour sa famille. D’ailleurs, dans ce continent magnifique qu’est l’Afrique le journalisme est souvent bafoué. »

Mohamed Braiki

Natif de Lyon et enfant des Minguettes,je suis diplômé de Lettres de la Fac de Lyon 2 et l’EFAP Rhône Alpes. J’ai roulé ma bosse dans des rédactions lyonnaises comme la radio Lyon Sport 98.4, Le Progrès,Foot 69.fr, Tribune de Lyon et Lyon Capitale.

braikimohamed@yahoo.fr