Rencontre avec Geusa, Marialucia et Iraciana, 3 femmes pleines de peps qui s’occupent de “Casa da Mulher”, une association, implantée au coeur d’un quartier populaire brésilien, et qui propose aux femmes des formations professionnelles gratuites.

En voyant pour la première fois la bâtisse de l’association dans le quartier de Feu Rosa, à Serra, j’ai de suite imaginé qu’il s’agissait d’une sorte de planning familial.  Mais l’appellation “ Casa da mulher” ( traduisez en français “ maison de la femme”) est trompeuse. Bien que visant un public féminin, l’association n’a pas pour mission de conseiller et soutenir les femmes dans leur vie de couple et leur contraception. Son objectif est bien différent…

 

la Casa da Mulher, nous voulons que les femmes puissent gagner leur propre argent. Pour y parvenir, nous formons gratuitement des centaines de femmes, âgées de 18 à 65 ans, qui sont seules à la maison et qui ne travaillent pas. Ici, elles peuvent obtenir en 4 à 6 mois un diplôme d’esthéticienne, de coiffeuse, de pâtissière, de créatrice d’art… pour ensuite trouver un emploi ou bien, monter leur commerce.”, m’explique Geusa.

Cela fait tout juste deux ans que l’association a ouvert ses portes dans le quartier. Et déjà, l’agglomération de Vitoria ( ndrl : capitale de l’Etat de Espírito Santo) compte 7 autres Casa da Mulher.  Soutenue par une entreprise internationale et par le Secrétariat de la promotion sociale de la ville de Serra, la structure veut faire des femmes brésiliennes de véritables entrepreneuses. Preuve que la formule fonctionne, même la chambre de commerce locale ( le  Sebrae) joue le jeu en se rendant à la fête annuelle de l’association pour repérer de potentielles chefs d’entreprises.

Une grande satisfaction pour les responsables qui tiennent tout de même à souligner le caractère professionnel de l’association. “ Toutes nos formations sont certifiées et dispensées par des professionnels de manière bénévole.” Inaricia fait partie de ces artisans-enseignants qui donnent un peu de leur temps chaque semaine pour transmettre leur savoir-faire. “ Ce programme a fait évolué le comportement des femmes et des hommes aussi. Il leur permet de gagner non seulement de l’argent mais aussi de l’estime de soi.  Et pour nous, professeur, lorsque l’on voit ces femmes réussir, la gratification est immense.

 

Lorsque je demande au trio des anecdotes survenues au sein de l’association, les histoires fusent. Il y a celle de Marisa, une femme du quartier qui, suite à une formation en esthétique a ouvert son propre salon de beauté et a été interviewée par la Tribuna, le journal régional. Celle de deux apprenties pâtissières qui ont décroché des emplois en Italie et en Argentine. “ Je me rappelle aussi d’une femme, complètement perdue, qui venait de se faire battre par son mari. Elle errait dans la rue lorsqu’elle a vu notre Maison de la femme. Elle pensait que nous venions en aide aux femmes battues. Nous lui avons alors expliqué notre travail et elle est restée. Nous l’avons formée et depuis, sa vie a totalement changé. Elle a pris conscience qu’elle était l’égale de son mari.” témoigne Iraciana.

 

Et justement, les hommes, dans tout cela ? “Nous ne leur fermons pas la porte. Eux aussi peuvent bénéficier des formations. Et puis, si auparavant les femmes dépendaient totalement de leur conjoint, ce n’est plus le cas aujourd’hui. Ne serait-ce que parce que de nos jours un homme seul peut difficilement subvenir aux besoins de sa famille. Il a besoin que son épouse gagne aussi de l’argent.”

L’association s’est fixée un objectif ambitieux pour 2010 : former 1000 femmes. Mais pas question pour les responsables de lâcher tous ces nouveaux talents dans la nature. “ Nous les suivons régulièrement pour savoir ce qu’elles deviennent et nous souhaitons leur proposer de nouvelles formations afin qu’elles développent encore plus leur savoir-faire.”, me confie Geusa.

 

Si le Brésil a encore beaucoup de chemin à parcourir pour aider les femmes, “ notamment pour ce qui est de la différence des salaires entre hommes et femmes”, des initiatives telles que Casa da mulher démontrent que les choses bougent. Et que le Brésil reste un pays d’entrepreneuses, prêtes à “lutter encore et toujours pour améliorer leur condition.”

Auteur : Pascale Lagahe

La rédaction

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