Le célèbre chorégraphe lyonnais Mourad Merzouki revient pour le Lyon Bondy Blog sur l’impact de la fermeture des lieux culturels dans les quartiers populaires. 

Né à Saint-Priest, Mourad Merzouki dirige depuis 2009 le Pôle En Scènes, à Bron. Ce mardi, il faisait partie des nombreuses personnalités de la scène culturelle lyonnaise réunies au musée Lugdunum autour de Bruno Bernard, Cedric Van Styvendael et Nathalie Perrin-Gilbert, pour réclamer au gouvernement la réouverture des lieux culturels. La baisse de motivation commence à se faire sentir, a-t-il regretté lors de sa prise de parole. Comment rêver d’avenir quand on a aucune vue sur le long-terme ? On aurait pu imaginer d’autres manières de faire du spectacle plutôt que de s’arrêter totalement. Les artistes sont force de proposition pour développer l’artistique en respectant les règles sanitaires”. Avant de revenir sur les répercussions de ce “stop” à la culture dans les quartiers populaires : “Le travail que l’on mène à l’endroit du social est remis en cause, alors qu’il devrait être une priorité. Depuis 20 ans, je travaille au cœur des quartiers, à essayer de rapprocher des populations avec le monde de la culture. C’est en étant avec ce public qu’on y parvient, il ne faut pas couper le cordon.” La figure lyonnaise du hip-hop s’est brièvement entretenue avec le Lyon Bondy Blog à ce sujet. 

Mourad Merzouki. Crédit photo : Julie Cherki

Vous semblez inquiet de ce détachement temporaire entre la culture et les quartiers ?

On sait que de partager la culture avec les quartiers, ce n’est pas facile. C’est un travail au quotidien, qui est très très long. Avec le hip-hop, avec le cirque, avec mes spectacles, j’essaie de créer un lien avec les quartiers populaires. Parce que j’estime que la culture doit se partager et être vécue par tous. J’essaie de créer le désir dans cette population, de les inviter à venir voir ce qu’il se passe dans les théâtres. On sait qu’ils sont malheureusement peu fréquentés par les habitants des quartiers, pour des questions parfois économiques, parfois culturelles, parfois historiques. Je sais de quoi je parle, je viens de là. Petit, mes parents ne m’emmenaient pas au théâtre. Je n’allais pas voir des spectacles de danse à 10 ans ! Il y a un gros travail à faire parce que je sais l’importance de la culture. Ça nous permet d’appréhender notre monde différemment, ça nous permet d’être ensemble, ça nous permet de mieux se comprendre. Et puis ça fait rêver, et ça amène la poésie dont l’être humain a besoin. 

Il ne faudrait pas que les artistes sortent des théâtres ? Vous parliez justement de se réinventer…

Je pense que ce qui est important, c’est l’aller-retour ! Il ne faut pas s’enfermer dans un théâtre, mais il ne faut pas non plus rester simplement au pied des tours. Il faut arriver à trouver le lien entre ces espaces. Moi ce qui me plaît c’est de faire des va-et-vient entre l’institution, le quartier et le centre-ville. C’est ça qui est intéressant, et c’est là qu’on a du brassage des populations. C’est là où on fait rencontrer les gens, les générations, les classes sociales etc. Donc l’idée, c’est pas d’être dans un endroit ou dans l’autre, mais de renouer le lien entre ces espaces.