Une vingtaine de personnes affluent chaque matin 8 rue de l’Epée, au K-fé social de l’Olivier des Sages. Ce sont tous des “Chibanis”, des personnes âgées issues de l’immigration maghrébine, souvent précaires et isolées. L’association, qui les accompagne depuis 2008, a dû s’adapter aux confinements successifs. Retour sur un engagement au long cours. 

Partie de dominos au K-fé social  (septembre 2020) – Crédits : L’Olivier des Sages

C’est la directrice qui nous accueille, dans un espace désormais réservé à l’accompagnement des usagers du matin dans leurs démarches administratives. Zohra Ferhat, qui a également fondé l’association, est accompagnée de Nadia et d’Héloïse, deux des quatre salariés de la structure. Autour d’un café, elles reviennent sur l’actualité et les échéances de l’association, qui a su s’appuyer sur son réseau pendant les derniers mois.

“Coupés dans notre élan” : un café social moins actif avec le confinement

Quand on rentre dans les locaux de l’Olivier des Sages, on est tout de suite frappé par l’amoncellement de boîtes de conserves qui recouvrent les tables du café social. Finies, les parties de dominos endiablées entre chibanis, l’association a dû repenser son organisation pour s’adapter au confinement. “Le premier but de l’association est de faire en sorte que les chibanis puissent avoir un lieu pour se retrouver et se sentir un peu chez eux”, résume Héloïse, volontaire en service civique depuis septembre. “Habituellement, on propose des activités tous les après-midi, soit au café soit à l’extérieur. Forcément, tout cela est mis en pause depuis le confinement”.

En temps normal, l’Olivier des Sages dispense également des cours d’informatique et de français à ses usagers, une action qui s’inscrit pleinement dans les missions de l’association. “Aujourd’hui, l’informatique est utilisée dans toutes les institutions, explique Nadia, coordinatrice de la structure. Même pour quelqu’un qui comprend le français, c’est souvent une usine à gaz, alors l’idée était de démystifier ces pratiques. Il faut voir que l’incapacité d’utiliser ces outils rajoute à l’isolement de nos usagers”. “Les deux cours ont énormément de succès, ajoute Héloïse. Juste avant le deuxième confinement, on avait décidé de séparer celui de français en deux groupes de niveaux, mais on a été coupé dans notre élan !”

Le confinement a écarté les usagers, remplacés par les paniers alimentaires – Crédits : L’Olivier des Sages

“Le confinement a isolé encore davantage ces personnes” 

L’association, qui peut toujours compter sur le renfort de son réseau (jeunes du Prado, bénévoles, tigistes..) n’a pas baissé les bras pour autant. “On est resté sur l’accompagnement dans les démarches administratives, précise la directrice. Cela représente au moins une vingtaine de personnes chaque matin, toutes dans l’urgence”. Alors que tous les usagers ne savent pas lire ou écrire, l’association a notamment dû réagir au problème des déplacements : “dès le premier confinement, on a fourni des attestations précisant que certains ne savent ni lire ni écrire ! Ce sont des petites choses, mais derrière on arrive à des amendes, ce genre de choses”.

Pour Zohra Ferhat, les usagers de l’Olivier des Sages sont en effet particulièrement vulnérables à la crise sanitaire, au-delà même de leur âge. “ll faut voir que le confinement a isolé encore davantage ces personnes. Concrètement, certains usagers viennent tous les jours à l’Olivier des sages car pour eux, c’est une façon de reprendre du lien.. En tout cas, ils sont malheureux sans les activités qu’on pouvait leur proposer !”

Des paniers alimentaires contre la précarité

Pendant ce deuxième confinement, l’association a également pu compter sur ses bénévoles pour assurer la distribution de paniers dans le troisième arrondissement. En partenariat avec la Préfecture, la Banque alimentaire et la Croix-Rouge, l’Olivier des Sages redistribue par exemple des paniers alimentaires et hygiéniques à plusieurs structures du quartier, ainsi qu’au public de l’association : “C’est gratuit, en fonction de certains critères, précise Nadia. On regarde le reste-à-vivre, la situation personnelle, la composition des familles”. Une aide indispensable, d’autant que la précarité a encore avancé au cours de ce mois de novembre. “Beaucoup de familles ou de personnes isolées ont été réorientées vers l’association, témoigne Zohra. A l‘Olivier des Sages, on leur fournit gracieusement un panier alimentaire.”

Un chibani repart avec son panier alimentaire (novembre 2020) – Crédits : L’Olivier des Sages

 

Alimentation sociale, parc locatif… des projets porteurs 

Alors que l’alimentation devient un angle de plus en plus important pour l’action sociale de l’association, le rôle de l’épicerie sociale évolue logiquement. Celle-ci permet de répondre à une double problématique, en permettant un accès moins cher à des aliments de première nécessité tout en montrant à certains usagers comment mieux s’alimenter.  “L’épicerie sociale bénéficie à la fois à nos usagers et à nos voisins du troisième arrondissement qui rentrent dans les critères de précarité”, explique Nadia. Pour l’instant, l’épicerie accueille un peu plus de 400 usagers chaque mois. Elle devrait déménager dès début 2021 au 10 rue de l’épée, dans les locaux attenants à ceux de l’association. 

Alors que le public de l’association vit souvent dans des conditions précaires, l’Olivier des Sages organise également depuis 2019 des colocations entre chibanis. “Tout ce qui est logement partagé prend beaucoup d’ampleur “, nous confie Zohra Ferhat. “On tient vraiment à remercier tout ceux qui se sont impliqués, on a été soutenus par des fondations privées, qui nous ont permis d’augmenter la capacité de notre parc locatif et de proposer des logements entièrement meublés !”

 

Pour l’instant, l’équipe ne sait pas encore vraiment quand les activités pourront reprendre leur cours habituel. Les membres de l’association sont occupés à préparer la remise des cadeaux aux maisons d’enfants du quartier et la distribution de repas de réveillon de Noël, le 23 décembre. Si la date de la reprise est encore incertaine, une chose est sûre : l’Olivier est prêt.