Pour son premier long métrage, Chris Morris, l’auteur des illustres controverses que sont « Jam » et « The Day Today », s’est attelé à la tâche de nous préparer une histoire des plus décadentes.

C’est le destin de musulmans londoniens rêvant de faire le plus grand “coup de leur vie” et de l’histoire en provoquant un attentat gigantesque dans leur ville. Ce film pose une rhétorique aujourd’hui récurrente : « Peut-on rire du terrorisme ? ».

Lorsque dans la salle, j’entend des gorges se déployer avec joie au moment où Barry, l’Anglais converti, accuse les pièces défaillantes de sa voiture d’être irrémédiablement juives ; quand Hassan fait un rap sur le combat armé qu’il prépare, et Omar, la tête pensante du groupe, qui condamne Disneyland en contant l’histoire, plus ou moins modifiée, du Roi Lion à son fils ; et Waj qui ne souhaite que jouer au petit soldat avec sa Kalachnikov en plastique made in China, ou encore Fayssal qui éduque son corbeau pour commettre un attentat contre une maison Polly Pocket ; on peut répondre « OUI ».

Un des rôles de cette œuvre, à l’image des techniques utilisées par l’auteur dans ses TV shows, est de renverser les tabous grâce à ces opérations coup de poing humoristiques.

Chris Morris montre une police jugeant ces populations sur des critères stéréotypés véhiculés par les médias. On le voit dès que la première bombe explose, quand les premiers à être accusés sont ceux qui portent la barbe et la djellaba et qui enferment leurs femmes dans un placard sous l’escalier, il est vrai qu’ils ont l’air extrêmes mais ce sont les premiers à conseiller Omar de mettre fin à son projet de guerre car cette idée de violence est contraire à l’Islam. C’est à ce moment là que l’image du terroriste extrémiste musulman est brisée.

C’est aussi à travers l’étudiant idéaliste qu’est Hassan, que le réalisateur donne une définition du Djihad que peu d’Occidentaux connaissent, en la décrivant comme le combat contre soi pour obtenir  la connaissance et  la maturité spirituelle…loin des bombes, ce qui n’est alors soufflé qu’une seule fois malheureusement dans le film.

 

En effet, tout le reste du film, on voit que ces hommes n’ont pas de véritables idéaux, pas  d’idée précise de la représentation de leur action explosive et de la situation politique qui s’en suivra.

Ils ne possèdent même pas d’organisation à laquelle se rattacher et ne sauront pas de quelle manière ils construiront le scénario de leur fin de vie.

Les personnages se feront un plaisir d’illustrer l’image occidentalisée de l’Islam, dans une région géographique qui jette le terme « djihad », alors inconnu de cette partie du Monde, dès que des bombes éclatent et là où on dit que les meilleurs guerriers sont ceux qui viennent directement du bled. Ils seront seulement aveuglés par leur rêve de célébrité qu’ils n’ont jamais eu en sortant ainsi de leur quotidien qu’ils trouvent monotone et seront rassurés par le fait d’obtenir une vie meilleure dans l’au-delà grâce à leur action meurtrière. On se demande alors si ce sont des personnes qui ont eu le même ordre d’idée qui étaient dans les stations de métro Londoniens en Juillet 2007…

Il faut noter que Chris Morris, avant de s’atteler fièrement à la tâche de présenter ces sous-doués de la terreur qui finiront par mener leur projet à sa fin, a du faire de nombreuses recherches en allant se renseigner auprès d’imams, de policiers, de Musulmans etc. Mais les conclusions de ses recherches et les trouvailles qu’il aurait put obtenir après ces longues années de dure labeur n’apparaissent pas dans cette farce britannique.

 

Il aura tout de même réussi à nous faire rire du terrorisme dans cette ambiance de peur constante et de paranoïa dans laquelle nous sommes continuellement plongés.

 

 

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