lien theatre prison final

Les EPM, établissements pénitentiaires pour mineurs, existent depuis 2007. Ils ont été conçus pour permettre l’éducation des jeunes pendant leur peine et empêcher la récidive. A l’EPM du Rhône, à Meyzieu, les jeunes pratiquent de nombreuses activités obligatoires, dont le théâtre, en partenariat avec l’association de théâtre citoyen le Lien Théâtre.

Introduire le théâtre en prison, et en l’occurrence dans les EPM, n’est pas chose évidente. La bonne volonté et le professionnalisme ne suffisent pas. Il faut savoir aussi transmettre l’envie de s’impliquer.  De nombreuses associations ont auparavant tenté, en vain, d’intéresser ces jeunes au théâtre. Mais leurs méthodes semblaient inefficaces. En cela, la démarche du théâtre citoyen s’est démarquée. Elle a su trouver l’approche adéquate pour capter l’attention et susciter la curiosité de ces jeunes.

« A ma grande surprise, avec nous ça a marché ! »

En effet quoi de plus évident que donner de soi lorsqu’on souhaite recevoir ? C’est ainsi que travaille l’équipe du lien théâtre avec les jeunes incarcérés. « A 9h du matin, lorsqu’on arrive, c’est nous qui jouons une scène. Les jeunes nous remercient d’avoir donné des émotions et du coup, ils sont plus amenés à donner en retour », explique Anne-Pascale Paris, la directrice artistique de l’association.
De cette première scène naît le débat. Les spectateurs, s’ils le souhaitent, parlent alors de leur ressenti, commentent la scène, évoquent l’histoire, réinterprètent un personnage à leur façon. « On ne force personne et généralement ils viennent jouer d’eux-mêmes ». Ceux qui souhaitent ensuite s’engager et s’impliquer un peu plus se regroupent : Un groupe de volontaires est créé. « Garçons et filles appartenant à différents groupes sont amenés à se rencontrer. Ce qui n’est bien sûr pas facile mais d’autant plus intéressant. »

Un franc succès quand la méthode est bonne

Il leur est alors donné un travail sur un thème donné comme « les mythes » en 2011. « On leur propose une situation que l’on retrouve dans certains mythes puis ils improvisent. Ils restituent des pans entiers de ceux-ci sans même le connaître. » Une fois la pièce improvisée, un auteur est chargé de la fixer sur le papier. Il leur fournit des lectures de certains mythes, bibliques, par exemple. « Et ça les intéresse beaucoup. Ils acceptent ensuite plus facilement de lire alors que généralement ils ont peur ou honte de mal lire. » Le but n’est pas de les confronter directement au thème prédéfini, mais de leur montrer qu’ils ont des connaissances personnelles, et de les intéresser à un sujet qui peut paraître trop « scolaire ».
En somme, la pédagogie tourne autour de l’écoute, de l’acceptation de la parole de l’autre et du jeu des émotions. Il y a un gros travail sur les émotions, « ils sont passionnés par les émotions ».

« Le théâtre fait du bien à l’âme »

Quand on demande à Anne-Pascale Paris en quoi le théâtre est utile et qu’est-ce qu’il peut apporter à des jeunes qui souffrent, elle répond que « le théâtre peut les amener à améliorer leur confiance en eux et en leur expression. Il leur permet ensuite de se poser des questions sur des thèmes de société qui les concernent. Il les aide à prendre conscience des codes culturels et des usages du langage. Il les sensibilise aussi au respect d’eux-mêmes, des autres, aux pratiques de la citoyenneté et de l’inter culturalité ». 

A son avis le théâtre devrait être obligatoire à l’école. Le théâtre comme elle le dit : « fait du bien à l’âme ». Il permet d’éprouver des émotions sur scène, d’étudier comment elles se produisent, pour apprendre à les maîtriser dans la vie réelle. Il allie découverte et réflexion, action et compréhension, travail et divertissement.

Et pour preuve qu’il améliore les conditions des jeunes en détention, cela fait maintenant trois ans, depuis 2009, que l’association Le Lien Théâtre intervient dans l’EPM du Rhône, à Meyzieu. En 2012, l’association n’a pas pu se rendre près des jeunes, car l’établissement manquait de subventions. Cependant, l’année suivante, le Lien Théâtre a été l’un des premiers intervenants à être rappelé. Même si les adolescents ne l’expriment pas directement, « il n’y a aucun doute qu’ils en retirent quelque chose ». Anne-Pascale Paris rajoute avec un radieux sourire : « deux de ces jeunes étaient tellement impliqués dans la pièce qu’on a joué en prison en 2011, L’homme armé, qu’on a réussi à obtenir une autorisation exceptionnelle de sortie culturelle pour qu’ils viennent jouer le spectacle à l’extérieur pendant deux soirs. Vous ne vous imaginez pas le bonheur que ça a été pour nous et pour eux ! »