Le plan hivernal 2018-2019, présenté comme ambitieux par la préfecture d’Auvergne-Rhône-Alpes, ne fait pas que des heureux. Des associations de terrain dénoncent le manque d’action durable des pouvoirs publics et parfois leur absence.

Depuis le 1er novembre la préfecture d’Auvergne-Rhône-Alpes a mobilisé 1200 places d’hébergements, dont 320 en cas de grand-froid. Ces places pourront s’ajouter aux 5692 pérennes  prévues par le plan. Un chiffre légèrement en baisse, il y avait 5844 hébergements pour l’hiver 2017/2018. Le plan est destinée aux familles avec enfant conformément à ce qu’indique une circulaire interministérielle. Des instructions pas toujours respectées par les préfectures et les institutions regrettent plusieurs associations et fondations.

Un accès au logement compliqué 

Selon la fondation Abbé-Pierre 40 000 ménages sont en attente d’un logement dans la Métropole. Selon les chiffres de l’organisation 75% des demandes déposées en Auvergne-Rhône-Alpes n’aboutiraient pas. L’Ardèche est le bon élève avec un ménage relogé pour 3 dossiers déposés. Le Rhône reloge un ménage sur 5. Pour la responsable régionale de la fondation, Véronique Gilet, le compte n’y est pas : « Il y a un problème dans la durée. C’est-à-dire que les personnes sont mises à l’abri 1, 2 ou 3 nuits et au terme de ces nuits se trouvent à à nouveau à devoir rappeler  le 115 et à devoir se débrouiller pour trouver une solution ». Un autre chiffre inquiète : celui des enfants sdf 250 enfants seraient rendus à la rue après leur journée de cours. Un chiffre probablement sous-estimée. Blandine Billaux, du Collectif Lyonnais pour l’Accès à la Scolarisation et le Soutien aux Enfants des Squats, estiment que ce chiffre pourrait doublé dans les faits. « Le fait de ne pas avoir de logement fixe empêche souvent les familles de réaliser les démarches pour l’inscription à l’école. Elles ne parlent pas forcément français donc ne savent pas où aller faire les démarches. Et si en plus elles sont obligés de bouger à l’autre bout de la ville, nous devons tout recommencer à zéro. » Le collectif aiderait chaque année 300 élèves et leurs familles et parviendrait à en scolariser 200.

L’absence des pouvoirs publics

Au sein des établissements scolaires les mouvements s’organisent. Dans plusieurs écoles, des parents et des professeurs se mobilisent contre la précarité de certains élèves. Le collectif Jamais sans Toit n’hésite pas à réquisitionner des locaux inoccupés durant la nuit pour sortir des familles d’élèves de la rue. Ils ont menés des actions à Vaulx-en-Velin ou dans plusieurs établissements de Lyon comme à l’école élémentaire Gilbert-Dru (Lyon 7ème) ou encore dans le premier arrondissement l’école primaire Michel-Servet. Les familles ayant été relogés, la mobilisation et l’occupation des gymnases la nuit a cessé. Le plus gros point de bloquage reste l’école Jean-Zay à Villeurbanne. Comme l’indique l’organisation sur les réseaux sociaux le mouvement dure depuis 2 mois et les conséquences pourraient s’avérer dramatique. Malgré les appels du pied aux élus métropolitain et un rendez-vous à la préfecture la situation est figée. Plusieurs professeurs interrogés dénoncent « un manque de volonté politique ». Le code de l’action sociale et des familles impose que  « toute personne sans abri en situation de détresse médicale, psychique ou sociale a accès, à tout moment, à un dispositif d’hébergement d’urgence ».

Les ONG comme la fondation Abbé-Pierre dénoncent le manque de solution apportée dans un pays industrialisé. Un constat qui rejoint le sentiment d’abandon des professeurs face à la situation de leurs élèves. En France, au minimum 141 000 personnes vivraient dans la rue ou seraient sur le point de basculer. Des chiffres probablement dépassés puisqu’ils datent de 2011. L’attente est forte depuis la divulgation du plan quinquennal pour le logement il y a plus d’un an.


 

Photo de une : le collectif jamais sans toit devant le collège Henri-Barbusse à Vaulx-en-Velin, le 22 novembre. Crédit photo : Hugo Dervissoglou / Lyon Bondy Blog.