La culture hip-hop n’a pas de genre. C’est ce que montrait le documentaire

On s’accroche à nos rêves, diffusé ce mardi. Le débat a également été l’occasion de revenir sur la situation du marché du documentaire en France et de rencontrer la réalisatrice Keira Maameri.

CDC-19mai2015Le hip-hop est à l’image de la société. C’est ce qui est ressorti de la projection-débat du film On s’accroche à nos rêves, organisée par la FEDEVO. Le 2ème documentaire de la réalisatrice datait de 2005 mais n’a rien perdu de sa fraîcheur, son thème restant toujours d’actualité : la lutte pour se faire une place dans un monde d’hommes.

Les garçons ont du mal à gérer la défaite face aux filles

Le film suit 4 activistes, pratiquant 4 disciplines de la culture hip-hop : le graff, la danse, le rap et de Djing. D’une durée de 45 min, cette plongée dans l’art urbain interroge le quotidien de ces filles qui évoluent dans un univers principalement masculin où le sexisme est présent, comme dans toute la société. Magali, danseuse, l’a ressentie dès ses premiers succès, lorsqu’elle a battu un garçon en battle. Selon la jeune femme, « il est devenu haineux (…) Ils le prennent super mal. Ils n’arrivent pas à gérer ça. »

Les filles réussissent dans le hip-hop et elles apportent leurs styles et leurs richesses au mouvement. La graffeuse Lady Alezia a choisi de dessiner des portraits féminins « tous sages, tous propres ». Elle porte un regard allant à l’opposé des représentations masculines hypersexuées. Princess Aniès se décrit « indépendante et autonome ». Elle est également fière d’avoir ouvert une brèche pour les générations suivantes : « J’espère avoir ouvert des portes et motivé des filles à se lancer dans le milieu ». Tout comme DJ Pom, qui a « l’impression d’avoir bravé quelque chose. D’être une petite héroïne ». Elle assène finalement : « Le hip-hop, c’est aussi militer ».

 

 

« Le féminisme, c’est simplement demander une égalité concrète entre les hommes et les femmes »

Lorsqu’on lui demande si son film est féministe, la réponse de la réalisatrice Keira Maameri est tout d’abord hésitante : « Je ne me sens pas féministe du tout. Je ne suis pas militante. C’est en moi, je suis une fille. C’est du féminisme inconscient. Est-ce qu’un garçon aurait pu faire ce film ? Je ne sais pas… » Mais lorsque dans la salle une spectatrice intervient pour rappeler que « Le féminisme, c’est simplement demander une égalité concrète entre les hommes et les femmes », alors la réalisatrice concède « Si c’est ça être féministe, alors je suis féministe ! » 

Le hip-hop, c’est chez moi !

Tombée sur un album d’IAM à l’âge de 12 ans, elle est depuis une grande fan de rap. « À mon grand désarroi. J’aurais eu une autre vie ! » Plaisante la réalisatrice, qui n’a pas choisi l’art le plus reconnu en France pour s’exprimer. Elle a une définition du hip-hop très proche des sources du mouvement : « Le hip-hop, c’est une culture. C’est son essence qui me plaît : le partage, l’enseignement, la générosité, la mixité… » Explique Keira Maameri. Elle poursuit : « C’est le seul endroit où l’on peut tous être ensemble. Il n’y a pas de riche ni de pauvre. On est comme à la maison ! Le hip-hop, c’est chez moi ! »
Elle va réaliser son 4ème documentaire sur l’écriture en banlieue et les romans dits « urbains », qui sortira en octobre 2015. Mais ses films sont autoproduits et durs à vendre, puis à faire vivre. « On s’accroche à nos rêves » est son documentaire qui marche le mieux, avec 5 ou 6 projections par an en France et dans le monde. Mais « il a d’abord marché à l’étranger, en Amérique, explique la réalisatrice. La France a toujours un temps de retard ». Il faut dire que les thèmes choisis par la réalisatrice sont plutôt inédits : la mort dans le rap, le rap et l’islam ou la littérature urbaine laissent bien souvent perplexes les programmateurs des chaînes de télévision…

« Le marché du documentaire à la télévision est formaté »

dont-panik-affiche-724x1024Ainsi, si elle a bien rencontré le directeur des programmes d’Arte, celui-ci n’a jamais donné suite à cet entretien. « Il y a peu de documentaires sur le hip-hop. Ils en passent 1 par an et c’est tout ! » Constate la réalisatrice. « Le marché du documentaire à la télévision est formaté. Ils imposent des voix off, certains personnages, des pays… À la fin, ce n’est plus ton film, tel que tu l’avais pensé ! Il faut répondre à un cahier des charges, même pour passer à minuit sur France 3 ! »

Si On s’accroche à nos rêves est son documentaire qui a le plus de succès, elle considère que c’est « Don’t Panik ! », son film le plus abouti. Ce documentaire sur le hip-hop et l’islam parcourt les continents en tentant de saisir comment les rappeurs concilient leur foi et leur rap. Mais le film n’a pas le succès espéré. Chercher à comprendre plutôt qu’à accuser, éviter les polémiques faciles et angoissantes autour de l’islam ne fait pas partie des programmes retenus par les télévisions.

Au sortir de cette soirée, on a la conviction réaffirmée que non, le hip-hop n’est pas une culture négative. Loin des clichés et des angoisses médiatiques, on se sent étrangement plus apaisé et détendu…

Sylvain Ortega

Journaliste de formation et Lyon Bondy Blogueur, j'écris sur des sujets variés (politique, société, cultures urbaines...) et participe aux différentes activités de l'association. Longue vie au LBB ! https://twitter.com/SylvainOrtega