Le LBB revient sur ce qu’il convient désormais d’appeler un serpent de mer. La viande halal, ou certifiée comme telle, fêtera bientôt ses vingt ans. En effet, c’est le 14 décembre 1994 que Charles Pasqua, alors ministre de l’Intérieur, et par conséquent, ministre des cultes, accorde à la Grande Mosquée de Paris, le droit de certifier « halal », les producteurs de viandes du même nom.

Plus précisément, la Grande Mosquée de Paris peut désigner des certificateurs agréés. Ce sera donc prochainement l’anniversaire de cette disposition. Les mosquées d’Évry et de Lyon ne disposeront de cette même possibilité de certification qu’en 1996. Aujourd’hui, ces trois mosquées sont les seules à bénéficier de cet octroi. En contrepartie de quoi, les trois prélèvent une dîme, à l’exclusive de toute autre. Impôt religieux dont on aimerait savoir ce qu’il devient. Mais il s’agit là du sujet d’un prochain article.

Un petit rappel sur ce que signifie le mot halal : Il s’agit de tout ce qui est « ouvert », ou permit en islam. Son alter ego est le mot : « haram ». Ce terme de « haram » signifie, quant à lui, tout ce qui est « réservé ». Bien souvent, on traduit ces deux mots par, respectivement : « halal » par : pas péché ou licite, et « haram » par : péché ou illicite. On constate que ceux qui traduisent ainsi ses deux mots ne sont pas allés pêcher leur traduction bien loin.

Une fois apportée cette précision, il s’agit de connaître, ou de reconnaître, l’origine de cette prescription s’agissant du « halal » dans la nourriture, pour la religion musulmane. La source, pour tout musulman, est le Coran. Les versets abordant les interdits alimentaires sont peu nombreux, mais très explicites. En l’espèce, ils sont résumés dans le suivant :

Chapitre5.v3. « Vous sont interdits la bête trouvée morte, le sang, la chair de porc, ce sur quoi on a invoqué un autre nom que celui d’Allah, la bête étouffée, la bête assommée ou morte d’une chute ou morte d’un coup de corne, et celle qu’une bête féroce a dévorée — sauf celle que vous égorgez avant qu’elle ne soit morte —. (Vous sont interdits aussi la bête) qu’on a immolée sur les pierres dressées, ainsi que de procéder au partage par tirage au sort au moyen de flèches. »

Chapitre 5.v5. « Vous sont permises, aujourd’hui, les bonnes nourritures. Vous est permise la nourriture des gens du Livre (les chrétiens et les juifs), et votre propre nourriture leur est permise. »

flickr cc Mr super fine

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Pour résumer, les interdits alimentaires en islam concernent uniquement la viande. Et s’agissant de celle-ci, sont exclus la viande de porc, le sang, les charognes, les bêtes mortes accidentellement, ainsi que tout animal sacrifié à une idole. En revanche, les animaux abattus par des juifs ou des chrétiens sont autorisés, sans précisions de ce que doit être leur mode d’abatage. Dans le coran, donc, on constate que l’immolation par égorgement de l’animal n’est clairement imposée qu’aux musulmans. Cette religion n’entend pas imposer ce mode d’abatage aux deux autres monothéismes.

Dans la perspective de mieux comprendre le sujet, nous sommes allés poser la question suivante à plusieurs imams : « Est-il vrai que, hormis celles interdites au verset 5.5, toutes les viandes sont permises à la consommation par les musulmans ? » Et tous nous ont répondu, sous couvert d’anonymat, que : « oui, en France, toutes les viandes, hors celles du verset concerné, sont “ouvertes” (halal) ». Surprise ! Mais pourquoi ne pas le dire aux fidèles ? » Et là, les réponses divergent. Pour les uns, il convient de ne pas aborder un sujet polémique, qui provoquerait la discorde dans les rangs de la mosquée. Pour les autres, il s’agit d’acheter « communautaire ». Et pour les derniers, enfin, ce serait une simple question de préférence gustative…

Quand il s’agit d’évoquer le halal, personne ne semble dans son assiette

En clair, les premiers se voient mal arriver au pôle emploi avec un CV d’imam pour seule expérience, les seconds privilégient ouvertement le communautarisme, et les derniers invoquent le droit au « goût et aux couleurs ». Mais aucun ne prendra la parole publiquement pour préciser que dans notre pays, toutes les viandes sont « halal », même si elles ne sont pas abattues selon le rite musulman. Visiblement, aucun ne paraît bien dans son assiette quand il s’agit de savoir quoi y mettre justement.

Il semble donc qu’il y ait un os quelque part dans cette histoire, et pas « halal » celui-ci. Là encore, notre démarche ne consiste pas à transformer le « halal » en sujet bien sanglant, mais de comprendre pourquoi, depuis vingt ans, nous assistons à une ségrégation alimentaire. En effet, le bilan de la mise en place de ce label est bien triste. Il n’est pas plus convivial que de s’asseoir pour manger ensemble. Sauf qu’à présent, la table servie ressemble à un entre-soi bien sectaire, et que la première exclusion de l’autre consiste à ne pas vouloir manger avec lui.

Le vivre ensemble a pris un coup de couteau dans cette affaire, tout comme le sens de l’hospitalité quand on la refuse pour des raisons prétendument rituelles. Et puis réduire le débat spirituel à ce qui tient dans une assiette n’élève pas le débat. En revanche, le sujet sert de pain bénit à tous les extrêmes, politiques ou religieux. Et ceux-là ne se privent pas de nous en servir une tranche tous les jours, pour encore mieux se repaître du communautarisme.

Pour finir, il est un proverbe dans les Balkans qui dit : « L’impur n’est pas ce qui entre dans la bouche, mais peut être parfois ce qui en sort… » À bon entendeur…

David Vallat

J’ai déjà été manutentionnaire, préparateur de commande, soudeur, métallier, dépanneur, serrurier, éboueur, administrateur des ventes export, déménageur, négociateur immobilier, métreur dans le bâtiment, fleuriste, kébabiste, démineur, agent d’entretien, figurant pour des courts métrage, carrossier peintre, mécanicien auto, consultant en explosif pour le cinéma, chasseur alpin au 159 de Briançon, peintre en bâtiment, formateur sur armes légères et fusils d’assauts, pointeur mortier lourd, poseur de charpentes métalliques, restaurateur, conseiller juridique, gréviste de la faim, arbitre d’épreuve pour le brevet de moniteur de ski, comptable dans une association de malfaiteur, traducteur anglais arabe, écrivain public, élagueur pour l’office national des forets, négociant en matériel de toutes sortes, chef de chantier,
conducteur de travaux. (Liste non exhaustive).

Au Lyon Bondy Blog depuis mars 2012.

Ma devise serait : « Mieux vaut passer pour un ignorant, mais ne pas le rester, plutôt que de le cacher, et continuer à l’être. »