CHRONIQUE DU BLED II. La chronique du bled nous emmène cette semaine au Gabon. A travers une vidéo envoyée à Rafika par une amie sur Facebook, des Gabonais témoignent sur les répressions qui ont suivi les élections présidentielles du 30 août 2009.

 drapeau gabon_tMarie est une amie rencontrée sur les bancs de la fac. Elle est gabonaise et vit depuis plusieurs années en France pour suivre ses études. Cela fait donc un moment que je la connais. C’est quelqu’un de vivant, qui a toujours la pêche. Mais voilà, depuis un moment, elle ne va pas très bien. Et c’est sur Facebook que j’en découvre la raison. En effet, un soir, je reçois un mail collectif avec, en lien, une vidéo qui s’intitule : « deux Gabonaises témoignent leur colère contre Sarkozy sur les morts à Port-Gentil ». Des morts au Gabon ? Pas entendu parler. C’est sans doute pour ça que Marie n’a pas le moral. Un drame touche son pays et cela passe presque inaperçu. Et puis d’ailleurs, c’est quoi le rapport avec Sarkozy ?

Je visionne la vidéo hébergée sur Youtube. Elle est tournée à Libreville, capitale du pays, le 8 septembre 2009 dans un quartier situé derrière la prison. Ça n’a rien d’un quatre étoiles, certes, mais l’objet de la vidéo ne porte pas sur les conditions de vie.  Elle traite de la répression du gouvernement contre des manifestants suite aux élections présidentielles du 30 août dernier.

Petit récapitulatif historique. Le Gabon était une colonie française jusqu’en 1960. Suite au décès du premier président gabonais, Albert Bernard Bongo, plus connu sous le nom d’Omar Bongo, arrive au pouvoir  en 1967. Après un règne sans partage pendant quarante-deux ans, il décède en juin 2009. Omar Bongo incarnait  la Françafrique, « concept » incarnant le néocolonialisme français. Alors que la population attendait un certain renouveau, c’est finalement  son fils, Ali Bongo, qui a été élu président  avec 41, 8 % des voix. Nous sommes loin des 90% de Ben Ali en Tunisie, c’est vrai, mais les Gabonais ne sont pas dupes. Des manifestations, immédiatement réprimées par les autorités, ont  lieu début septembre, peu de temps après l’élection, à Port-Gentil, deuxième ville du pays.

Une Gabonaise témoigne  : « Il y a des morts ici parce que les gens manifestent leur colère. Quand on veut manifester, on nous tue ! » Elle s’indigne aussi contre la position du gouvernement français. « Il n’y a pas d’indépendance avec la France. La victoire a été volée. La France ne peut pas mettre indéfiniment au pouvoir tous les enfants des présidents !  On ne mange pas à notre faim. On ne vit pas, on n’a pas de vie ! ».

Je suis sous le choc ! Je m’inquiète alors pour la famille de mon amie Marie qui vit toujours au Gabon. Cette dernière est, comme beaucoup de Gabonais, fataliste face à cette élection présidentielle : « La démocratie, ce n’est pas pour les Noirs ! On n’aura jamais une élection à la Obama. Ici, les décisions sont prises par Total-Elf et l’Elysée. 80% des Gabonais vivent sous le seuil de pauvreté et la plupart ne mange qu’un repas par jour. On nous fait croire que l’on choisit mais on ne choisit pas ! Je préfèrerais la monarchie, au moins c’est clair ! Les chiffres sont magouillés et tout le monde s’en fout ! S’il y avait eu plus de morts on aurait eu plus d’audience, comme en Guinée. On est abandonnés. Aujourd’hui je suis aigrie quand on me parle d’autres causes ».

 

Regardez la vidéo : http://www.youtube.com/watch?v=cv9PhPFKaGo

Mieux comprendre le sujet : extrait de l’émission Dimanche +

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Auteur : Rafika Bendermel

La rédaction

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