Wax Tailor est un artiste à la trajectoire fulgurante. De son premier EP en 2004, en passant par sa nomination aux victoires de la Musique en 2008, jusqu’au son 4ème album qu’il défend actuellement en tournée internationale, Jean-Christophe Le Saoût a su s’imposer comme un pilier de la scène Trip-Hop internationale. Ce dernier opus mêle l’enfant et l’imaginaire dans une sorte de conte musical. Rencontre enchantée avec un artiste qui imagine sa musique comme il philosophe sur la vie.

wax tailor

 

Peux-tu te présenter pour nos lecteurs?
Jean Christophe, allias Wax tailor. Je ne suis jamais à l’aise avec les qualificatifs : Dj, compositeur etc… Je préfère dire metteur en son car je trouve que c’est ce qui me résume le mieux.

 

Quel est ton univers ?
Quand je parle de metteur en son, ce n’est pas pour inventer un bon mot, c’est que je me positionne par rapport à la musique : non seulement comme un compositeur, mais aussi comme quelqu’un qui a appréhendé la musique. Cela passe « par tous les moyens nécessaires », comme disait Sartre : à travers de la matière, des éléments, de la composition, à travers des invités. C’est un peu comme un réalisateur qui monte son film. Musicalement, je viens de la culture hip-hop, j’ai grandi avec ça, ce qui me permet de faire une musique référentielle, qui n’est pas cachée sous le manteau. J’assume pleinement certaines références, mais après, j’essaie d’en faire une digestion personnelle.

 

Comment passe-t-on de « la Formule » ( ndrl, son premier groupe, rap.) à quelque chose de plus éclectique ?
A l’époque de la Formule, c’était un projet parmi d’autre. Quand tu as 16 – 17 ans, que tu es au centre de la culture hip-hop, dans un univers où les sphères sont assez fermées, et bien à cet âge la personnalité n’est pas assez développée. C’est plus tard que tu ouvres tes horizons. La musique c’est la vie, et la vie est faite de plusieurs ambiances, de couleurs, de pleins choses, et on ne se réveille pas tous les matins avec les mêmes sentiments… j’essaie de faire une belle palette avec tout ça. La vie est un équilibre et j’essaie de construire ma musique par rapport à ce grand équilibre.

 

Ton 4ème opus « Dusty Rainbow from the Dark » semble être une parabole de la vie, entre tristesse et bonheur, brin de folie et réflexion…
Moi je me dit que je suis tout ça. On m’interpelle parfois en me disant que parfois « ta musique est mélancolique ». J’espère que ce n’est pas censé être un reproche car je le prend très bien. J’utilise souvent une parabole de Victor Hugo qui me paraît vraie et qui m’accompagne depuis 15 ans : « La mélancolie c’est le bonheur d’être triste. » L’humain n’est pas tout en superficialité, nous avons besoin de profondeur, et cette profondeur, on la trouve dans les moments durs. Quelqu’un qui n’a pas expérimenté la souffrance n’est pas capable d’appréhender le vrai bonheur. Sinon c’est un bonheur idiot. La vie est un équilibre et j’essaie de construire ma musique par rapport à ce grand équilibre.

 

Ce grand écart sentimental se ressent dans les autres albums. Cependant, ce quatrième opus semble être plus abouti à ce niveau là, il s’inscrit notamment dans une logique de conte musical…

C’est vraiment la musique qui a dictée le conte. Mon intention initiale était de faire un disque avec un narrateur. Dès que j’ai dit «  j’y vais » , il me fallait un thème : ici le pouvoir d’évocation de la musique. Au début je n’avais pas une idée précise, mais lorsque j’ai trouvé cette idée de fond, je me suis lancé dans la création musicale ; cela peut paraître paradoxal car normalement, quand tu fais un récit, la première chose est d’écrire la trame. Je me suis dit que j’allais commencer par l’aspect musical, car si la musique à ce pouvoir d’évocation, elle peut m’évoquer une histoire. Pour moi, c’était une démonstration par le fait. C’est ce qui s’est passé. Par association, je me suis retrouvé avec cette histoire d’enfant car il me semble que la construction au rapport de la musique se fait beaucoup durant l’enfance. Cela me semblait logique d’utiliser le conte, l’enfance. Et puis j’aimais l’idée de l’histoire : une mère qui, à travers une allégorie (la musique), va tenter d’apprendre la vie à son enfant.

 

Sur le single Time to go, évoques-tu un hommage au voyage ? Quel est ton ressenti personnel, toi l’ enfant de Vernon ( Eure ) qui voyage maintenant dans le monde entier ?

Oui c’est lié à cela. Ce titre, réalisé en featuring avec Aloe Blacc, retrace une histoire et une philosophie commune. Par exemple, à nos débuts, nous étions tous les deux dans l’ombre. Un jour, on s’est retrouvé à discuter, je lui ai expliqué le projet de l’album et j’ai pensé à lui pour cette chanson. Il vit de l’autre côté de l’Atlantique (Ndlr, aux Etats-Unis) . Il a commencé à faire des trucs de quartier, à 30 km de chez lui. Puis, par son talent, il s’est retrouvé à faire des tournées internationales. Après discussion, nous avons évoqué l’idée de l’infiniment petit et de l’infiniment grand. Pour donner un exemple concret, c’est cette sensation qu’on à tous eu un jour dans son enfance : perde sa maman dans un supermarché entre deux rayons et penser qu’on ne le retrouvera jamais ; ou encore de se dire que le bout de la rue c’est comme le bout du monde. Aujourd’hui, pour caractériser l’infiniment grand, il m’arrive de me réveiller le matin sans savoir dans quelle ville je suis. Il me faut 20 secondes pour savoir où je suis. C’est un tourbillon actuel, qu’on retrouve dans l’enfance , toujours dans cette logique de l’infiniment petit, infiniment grand.

 

Merci à Wax Tailor d’avoir répondu à nos questions.

Maxime Hanssen

Ex Service civique au #LBB. Diplômé d'une maîtrise d'Histoire après un mémoire de recherche sur l'histoire politique de la Hongrie. Journaliste à Acteurs de l'économie - La Tribune. En formation professionnelle à l'ESJ Lille Pro. Contributeur éternel au LBB et citoyen européen.