Suite au retour de Gérard Collomb ce lundi 5 novembre, l’ancien maire Georges Képénékian a retrouvé un poste d’adjoint à la mairie de Lyon. Le nombre d’adjoints étant limité à 21, l’un d’entre eux a dû lui laisser sa place. C’est Jérôme Maleski (En Marche), chargé de la démocratie participative, qui a donc perdu son poste. Entretien exclusif avec le Lyon Bondy Blog. Dans cette première partie, nous dressons un bilan de son action à la mairie.

Lyon Bondy Blog : Vous étiez 21ème adjoint et vous perdez ce poste à cause du retour de Georges Képénekian…

Jérôme Maleski : Ce qu’il se passe, c’est que j’ai bénéficié de la montée de la marée. Lorsque Gérard Collomb a été appelé à Paris [en mai 2017 avec sa nomination au poste de ministre de l’Intérieur, ndlr], ça a libéré une place. Étant arrivé le dernier, pour respecter l’organisation, je suis sorti.

« Passer d’adjoint à conseiller délégué ne va rien changer »

Un poste de conseiller municipal délégué supplémentaire va être créé. Est-il pour vous ?

Il y aura bien un poste de conseiller municipal délégué qui va être créé, puisqu’on pouvait en avoir quatre [jusqu’à présent, ils n’étaient que trois, ndlr]. Je devrais conserver la même délégation, mais en tant que conseiller municipal délégué. Le maire devrait prendre un arrêté de délégation. Donc je reste en charge de la démocratie participative et de la consultation citoyenne. Je pense qu’on me conforte dans ma position de responsable, que ce soit en tant qu’adjoint ou en tant que conseiller municipal délégué, par rapport au travail fait depuis un an, qui a plutôt un bilan positif.

Qu’est-ce que ça vous fait personnellement de perdre ce poste ?

Personnellement, ça ne me fait rien, dans le sens où c’est quelque chose de mathématique. Si j’avais été troisième ou quatrième adjoint, ça aurait pu me questionner. Je suis monté car les places se décalaient dans un sens, là les places se décalent dans un autre. Il faut vraiment le prendre comme un mouvement d’aller-retour.

Qu’est-ce-que ça va changer à votre mission de démocratie participative ?

Rien du tout. Je ne serai plus adjoint, donc les indemnités ne seront plus les mêmes. Mais ça, ça n’est pas très important, car je ne fais pas cette mission-là pour les indemnités.

Des consultations numériques pour « prendre le pouls » des Lyonnais

Ça fait un peu plus d’un an que vous êtes sur cette mission, quel est votre bilan ? 

Je suis arrivé en cour de route. Je ne suis pas arrivé dans une délégation qui était en lambeaux, au contraire. Mes prédécesseurs, Gérard Claisse et Loïc Graber, avaient fait un excellent travail. Je me suis mis dans leur sillage.

Il y a des choses dont je suis très fier. Par exemple, tous les liens qui ont été créés avec les conseils de quartier, notamment la campagne d’adhésion à partir de septembre 2017. Ça a été un succès : 577 nouveaux Lyonnais se sont mobilisés pour intégrer l’un des 36 conseils de quartier de la ville de Lyon.

Je me suis également occupé des rythmes scolaires. Je suis allé voir mon collègue adjoint en charge des affaires scolaires scolaire, Guy Corazzol, et je lui ai proposé de mettre en place une concertation auprès des Lyonnais pour savoir ce qu’ils en pensaient. Il n’y avait aucune idée pré-conçue de la Ville de Lyon sur les rythmes scolaires. Le Maire Georges Képénekian voulait prendre le pouls de la population. Il a accepté l’idée de la consultation numérique. Ça a été un vrai succès, avec 16 000 personnes qui ont visité le site, qui ont regardé les débats, les discussions.

De là est née l’idée de consulter chaque année les Lyonnais sur un sujet touchant à leur quotidien. Par exemple, nous réfléchissons sur le futur plan climat 2020-2030. Avec Dounia Besson et Nicole Gay, on a retenté l’expérience, sur la même période que la précédente consultation, octobre-décembre, pour habituer les Lyonnais à ce rendez-vous. Actuellement nous sommes à 15 000 visiteurs depuis le 4 octobre. Il y a un engouement pour ces consultations en ligne.

« Les conseils de quartiers ne sont pas un organe politique »

Il faudra qu’il y ait un retour vis-à-vis de ça…

Un rapport sera rendu public au premier trimestre 2019 et nous nous sommes engagés à retenir les idées des Lyonnais, qui sont de vraies boîtes à idées. Il devrait y avoir une conférence de presse au premier trimestre pour expliquer les idées retenues. On ne retiendra pas tout, mais les élus ne sont pas omniscients. Il y a de bonnes idées sur le retour de la nature en ville, la déminéralisation des espaces publics.

Pour ces consultations et pour la démocratie participative, la mairie centrale est-elle la bonne échelle d’action ? N’est-ce pas plutôt le rôle des mairies d’arrondissements ?

Les mairies d’arrondissement, la démocratie participative, c’est leur sujet. Elles sont compétentes dans ce domaine. Les conseils de quartiers sont sous leur compétences. Il se trouve que là, comme on était sur le plan climat de la ville, on avait pour échelle la ville. Mais cette concertation de la ville sera versée aux débats sur le plan climat de la Métropole. 

Il n’y a pas de tensions entre les mairies d’arrondissement et les conseils de quartier ?

Non, il n’y a pas de frictions. Parce que les conseils de quartier ne sont pas un organe politique. Ce sont des citoyens qui se réunissent pour essayer d’aménager, de rendre plus agréable, un certain espace. Ce sont des assemblées d’habitants. Je pense que ce qu’ils apprécient, c’est d’être dépolitisés.

« Je suis l’un des principaux dégâts collatéraux du retour de Gérard Collomb »

Que pensez-vous du retour de Gérard Collomb ? N’a-t-il pas une main mise sur la démocratie locale ?

Le retour de Gérard Collomb, c’est un faux scoop. On savait très bien qu’il souhaitait reprendre la tête de la ville de Lyon. Qu’on ne me dise pas qu’il ne l’avait pas prévu. Il l’a dit et redit.

Ça a été précipité…

Il n’y avait pas de timing. Après, il a été élu lundi au conseil municipal. J’ai voté pour lui sans aucun état d’âme. J’ai voté pour lui parce qu’il a été élu en 2014 pour mener une politique jusqu’en 2020. Il revient, comme il l’a dit. En plus, vous avouerez que je suis l’un des principaux dégâts collatéraux de son retour. On ne peut pas reprocher aux politiques de manquer de loyauté. 

Ne peut-il pas arriver que cette loyauté ne s’oppose pas avec l’horizontalité, la démocratie participative ? Prenons l’exemple de l’Hotel Dieu : les citoyens ont-ils vraiment été mis dans le processus ?

On n’est pas dans une démocratie suisse, avec des référendums tous les dimanches. Le système français fonctionne sur une démocratie représentative : vous élisez des représentants pour un délai variable, ces représentants mettent en place un programme qu’ils vous ont soumis, à la fin de ce programme-là, vous décidez si on arrête ou si on continue. C’est « stop and go ». À côté de ce système, on peut aussi faire de la concertation, demander à nos concitoyens de nous apporter des éclairages, des idées, de nous faire par de leurs propositions.

« Tous les sujets ne sont pas concertables »

Par exemple, vous me parlez de l’Hotel Dieu, moi je vous parle de la rue Moncey dans le 3ème arrondissement. On a décidé de demander aux habitants ce qu’ils en pensaient et ce qu’ils voulaient pour l’aménagement de cette grande voie structurante. Il y avait deux immeubles que les habitants ne souhaitaient apparemment pas voir disparaître, mais qu’il était important de supprimer pour la Métropole et la ville pour créer une nouvelle traversée. Les habitants ont produits des travaux et des études nous montrant qu’il fallait conserver ces immeubles. On s’est dit que ce n’était pas idiot. Pour nous, c’était des invariants, mais il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis, donc on va conserver et réhabiliter les deux immeubles.

Donc il y a des sujets sur lesquels on peut concerter, d’autres non. Très honnêtement, pour l’aménagement de la Part-Dieu, imaginez que le conseil de quartier y soit opposé. La gare est à finalité internationale, ce n’est pas le conseil de quartier qui va changer cela. Une association a un périmètre d’action. Pour l’Hôtel Dieu et la Cité internationale de la gastronomie, ce sont des équipements internationaux. Tout n’est pas concertable et à la fin ce sont les élus qui tranchent.

Et donc, n’avez-vous pas une fonction pédagogique pour expliquer aux conseils de quartier sur quels dossiers ils peuvent avoir un poids et sur quels autres cela dépend de leurs représentants ?

Si. C’est une initiative que j’ai prise. J’ai mis en place au premier semestre 2018 des rencontres de la démocratie participative. Il s’agissait d’associer tous les acteurs de la démocratie participative pour discuter sur « qu’est-ce que la démocratie participative ? », sur ce que l’on peut avoir comme bonnes idées, comment intégrer de bonnes pratiques.

Vers une clarification des compétences de la Métropole et de la Ville

Il y a eu deux réunions, animées conjointement par la Ville et la Métropole. Pourquoi ? Pour qu’on explique une bonne fois pour toutes quels sont les pouvoirs des uns et des autres.

Est-ce qu’il va être plus simple de voir qui fait quoi maintenant que Gérard Collomb n’aura plus la double casquette Métropole et Ville de Lyon ?

Je pense que ça va être une bonne chose. Quand Gérard Collomb était maire de Lyon et Président de la Métropole, c’était compliqué pour s’y repérer. Maintenant, vous avez Gérard Collomb d’un côté et David Kimelfeld de l’autre. On arrive à voir qui représente quelle institution.

Pour lire la suite de cet entretien : Banlieues lyonnaises : « il y a eu des changements phénoménaux » pour Jérôme Maleski

 

Propos recueillis par Alexis Demoment, Hugo Dervissoglou et Jean-Phillipe Bonan

La rédaction

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