Représenté par la troupe Clap m’en 4 dans le théâtre d’Irep Scène à Villeurbanne,  Dear Boss est une pièce de théâtre psycho-patetico-dramatique de 1h10,  mettant en scène un riche dirigeant d’une entreprise de whiskey dans le fin fond du XIXe siècle londonien.

William Knox, joué par Anaël Rimsky Korsakoff, est un homme qui semble tourmenté par la bourgeoisie de sa classe sociale qu’il juge hypocrite. Par la suite,  le travail, sa famille, et ses obligations semblent lui demander une présence épuisante. Un homme bon et riche, pourtant seul et épuisé par la foule.

Inspiré de la chanson Monsieur de Thomas Fersen, nous découvrons petit à petit le vrai visage de Mr Knox, homme tourmenté par ses souvenirs et ses morts, qui s’avère être un schizophrène psychopathe.
Toujours dans le cliché de sa classe sociale et de son époque, Thomas (Yves Devigne), son majordome s’occupe de lui, de la poussière de son costard aux cadavres de ses meurtres.

Deux personnalités majeures dans son esprit et à la scène font également la dualité du personnage : son frère, Antone, joué par l’auteur de la pièce (Tristan Chevalier), et sa bonne (Milène Queyrat), qui apportent une touche comique à la pièce et qui sans eux ne serait qu’un cauchemar psychotique.
Pleins de rhétoriques et de chamailleries, ces deux personnages incarnent également la dualité de l’esprit par leur amour exprimé par la haine. Le retournement de situation a lieu lors de l’apparition d’un nouveau personnage : Elizabeth (Tiffany Léonard), une femme de charme moins innocente qu’elle n’y paraît.  Le boss aime les prostituées, mais pas par désir sexuel : il préfère les étrangler plutôt que de les “baiser“. Chaque meurtre est un nouveau souvenir qui va le hanter lui donnant une délivrance à ses tourments.

Ce meurtre cependant marque la fin de son règne, avec la rencontre de Mr Bright (Denis Beauvilain) soi-disant distillateur d’alcool en Irlande.
Sa fortune cette fois, ne lui sera d’aucun secours puisque le problème émane de lui-même.

Entre American Psycho et Split, ce Mr Knox tourmenté par ses 86 personnes assassinées qui peuplent son esprit, est l’image d’un riche garçon perdu entre le pouvoir de son argent et le pouvoir de son esprit.
La scène coupée en deux d’un rideau blanc, fait apparaître les souvenirs des personnages kaléidoscopés de par les ombres et les lumières.

Variant du mauve au violet, les couleurs illustrent les sentiments du personnage, tous aussi bons que sombres.
William, toujours devant le rideau, est souvent surplombé par ces âmes qui le conseillent ou l’aident, en le bousculant ou en le cajolant.
Seul le majordome, chien fidèle aveuglé par son amour ne prend parti à ce qu’il se trame, ne désirant que le bonheur de son maître.

Du début de la pièce à sa fin, rien ni personne ne se révèle être ce qu’il paraît.
Je ne suis que ce que vous connaissez de moi” pourrait être une des multiples morales à retenir de cette pièce.

Un mélange de thriller, de polar ou de nouvelles à l’anglaise, Dear Boss est un mélange de toutes les peurs et les peines refoulées de l’Homme qui toujours resurgissent.
Ainsi ce jumeau de Jack l’Éventreur nous inspire pitié et compassion. Exactement comme au début de la pièce.
La victime des uns devient bourreau des autres, avant de devenir son propre bourreau.
La bourgeoisie de l’époque fortement critiquée mais peu représentée visuellement, permet d’affirmer en parallèle avec la mort que “dans la mort nous sommes tous égaux“, comme dirais l’auteur de la pièce.
La mise en scène sonore amplifie les émotions passionnées des personnages, tout en adoucissant la brutalité de l’histoire.

Une pièce d’Irep Scène tragique marquée par la mort, qui arrive tout de même à surprendre et à faire rire.
A voir.

Écritureet mise en scène : Tristan Chevalier.

Direction d’acteur : Raphaëlle Diou.

Distibution : Denis Beauvilain, Tristan Chevalier, Yves Devigne, Tiffany Leonard, Mylène Queyrat et Anaël Rimsky Korsakoff.