Fin octobre, 2 jeunes lyonnais, Leila et Sofiane, sont restés bloqués près de 4 jours au centre de rétention de l’aéroport de Tel Aviv avant d’être renvoyés en France. Motif : « Raison de sécurité ». Cette affaire n’a semble-t-il pas alarmé les autorités françaises. Je suis allée à leur rencontre pour en savoir un peu plus…

Faire du tourisme dans certains pays du monde peut parfois s’avérer difficile. Israël fait partie de ces Etats où (même si aucun visa n’est demandé) voyager peut devenir un vrai parcours du combattant. Leila, Sofiane et Flora ont en fait l’amère expérience, fin octobre. Alors qu’ils débarquent à l’aéroport de Tel Aviv, les douaniers font signe à Leila et Sofiane de se ranger à côté de la file d’attente. « J’étais la première à passer. Ils ont regardé mon passeport et l’ont tamponné. Mais quand ça a été au tour de Sofiane et Leila, ils n’ont pas voulu les laisser passer », raconte Flora.

Voyageant pour la seconde fois en Israël, Sofiane n’est pas vraiment surpris par cet accueil. Lors de son premier voyage, il avait été interrogé plusieurs heures avant de se voir finalement  accepter l’entrée sur le territoire. Cette fois-ci, malheureusement, les choses ne vont pas se passer de la même manière.« Ils nous ont emmenés dans une salle pour nous interroger séparément. Flora a insisté pour rester avec nous. Personne ne parlait français, juste anglais et hébreu. J’ai réussi à me faire comprendre du mieux que j’ai pu. Les questions étaient toujours les mêmes : “Que fais-tu ici ?”, “Comment s’appellent tes parents ?”, “Qu’est-ce que tu fais dans la vie ?”. J’ai gardé mon calme et j’ai répondu à toutes leurs questions. »

Pour Sofiane, qui fait partie de l’Union Française Juive pour la paix (et qui, de fait, ne soutient pas la politique israélienne) les questions sont plus directes. « Qu’est-ce que tu fais ici ? Tu viens soutenir les palestiniens, c’est ça ? », lui demande-t-on à plusieurs reprises. « J’ai fais mine de vouloir appeler mon avocat (ndlr : Sofiane n’avait pas d’avocat). Ils m’ont laissé croire que je pourrai le faire mais ça n’a pas été le cas. »

Après des heures d’interrogatoires, Sofiane et Leila reçoivent une réponse ferme et définitive : « Vous ne passerez pas pour des raisons de sécurité. » Les deux jeunes lyonnais sont alors conduits dans des chambres séparées. « Je suis sûre qu’ils auraient pu nous trouver un vol retour le lendemain mais  ils nous ont laissés trois jours enfermés. », explique Leila. En effet, arrivés le jeudi à Tel Aviv, ces derniers ne poseront les pieds en France que le dimanche.

De son côté, Flora quitte l’aéroport et se précipite pour prévenir le consulat de France à Jérusalem. Le lendemain, elle est reçue par un responsable (dont nous ne citerons pas le nom). « Il a appelé l’aéroport et on lui a confirmé que Leila et Sofiane avaient été refoulés pour raison de sécurité. Il m’a avoué qu’il ne pouvait rien faire pour arranger la situation. »

Trois jours enfermés, c’est long. Surtout pour Leila qui se retrouve seule dans une chambre avec, comme unique compagnie, la télévision. Malgré tout, la jeune femme prend son mal en patience. « J’ai bien compris que c’était comme cela et pas autrement. Mais j’ai aussi compris que mon pays n’était pas là pour m’aider. » Sofiane est aussi amer. « Ces trois jours ont été vraiment très durs. On venait me chercher tous les jours pour m’interroger. J’ai subi des pressions psychologiques. Aujourd’hui, je suis en colère. J’aurais du être protégé en tant que ressortissant français ! Et là, pas de réponse. C’est très frustrant… »

De retour en France, les deux Lyonnais cherchent à comprendre et surtout à se faire entendre. Mais, là aussi, le soutien se fait rare. De mon côté, je cherche aussi à en savoir un peu plus. Coup de téléphone à l’ambassade d’Israël à Paris. Le cabinet de la porte-parole ne semble pas bien comprendre la situation. A deux reprises, l’on me demande si les passeports de Leila et de Sofiane étaient bien en règle. Au final, après deux contacts téléphoniques, la réponse est sans équivoque. « Comme n’importe quel pays, Israël se réserve le droit d’accueillir qui il souhaite. »

Je contacte alors le Ministère des affaires étrangères. L’un des responsables prend connaissance de l’affaire. Non sans empathie mais avec une pointe de découragement, ce dernier déclare : « Oui, effectivement, je me suis renseigné et Leila et Sofiane ont été refoulés pour « raison de sécurité », mais sans plus de précisions. Vous pouvez croire que le consulat prend connaissance de chaque affaire signalée et que nous en parlons aux autorités du pays. Mais nous ne pouvons rien faire. Chaque pays a le droit de refuser l’entrée à une personne sur son territoire. » Je me demande tout de même si, en France, beaucoup de touristes étrangers avec un passeport en règle sont refoulés aux aéroports.

Christophe Oberlin, chirurgien français qui se déplace à Gaza trois fois par an, confirme ces problèmes à l’aéroport de Tel Aviv. “Plusieurs de mes collaborateurs d’origine maghrébine, qu’ils soient chirurgiens, infirmiers ou anesthésistes, se font sortir systématiquement de la file pour être interrogés 5, 6 parfois 8 heures avant d’être relachés.”

Pour conclure cet article et tenter d’ouvrir le débat, je poserais deux questions très simples :

– « Que ce soit en Israël ou ailleurs dans le monde, tout touriste avec des papiers en règle peut-il se faire refouler sous prétexte de délit de faciès ?»

– « Pourquoi Israël, n’instaure pas un visa pour voyager dans son pays , au lieu de laisser les touristes se faire refouler sur place ?, en gachant les économies  et des vacances longuement préparées »

 

Pascale Lagahe

La rédaction

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