Renaud Payre, candidat de la Gauche Unie à la métropole de Lyon, détaille au Lyon Bondy Blog son programme et le financement de ses projets.

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Un sujet problématique pour les gens de la métropole est le prix des loyers et du bâti. Lyon intramuros a subi une explosion des prix, Villeurbanne commence à être touché tout comme de plus en plus de villes de la métropole. Est-ce que vous proposez quelque chose pour contrecarrer cette explosion de loyer au sein de l’ensemble de la métropole ?

Bien sûr qu’on a des mesures. Là encore il est question de quelle métropole nous voulons, habitants et habitantes de la métropole. Est-ce que nous voulons être une nouvelle région parisienne ? Dans ce cas-là, nous avons pris le bon chemin. Et dans ce cas-là, laissons faire et nous serons très heureux de nous voir dans un certain nombre de palmarès dans les magazines. Nous avons l’impression que certains presque s’en réjouissent. Certains s’en réjouissent, il faut être très clair. Est-ce que c’est ça le modèle ? Ou est-ce que nous voulons permettre l’amélioration de la qualité de la vie et permettre aux habitants et aux habitantes de se loger dans la métropole ? Si c’est ça et bien ça n’est pas la même vision. Et, précisément, nous adoptons plutôt cette deuxième vision. Nous proposons l’encadrement des loyers sur l’ensemble de la métropole. Ça n’est pas une mesure complètement tombée du ciel et utopique, ça a été fait à Lille et dans de grandes villes européennes.

Ça a été fait à Paris, mais il y a eu de grandes difficultés. Qu’en pensez-vous ?

Il y a eu des difficultés, mais c’est un engagement que nous tiendrons. Nous ne voulons pas continuer dans le fait qu’une bonne partie des habitants et des habitantes ne peuvent plus se loger. Aujourd’hui, vous prenez un couple d’enseignants du secondaire avec deux enfants arrivant à Lyon, ils ne peuvent pas se loger dans la plupart des arrondissements de Lyon. Ils ne peuvent pas se loger dans une partie de Villeurbanne. Cette zone d’exclusion grandit de plus en plus. Par l’encadrement des loyers, nous limitons cette tendance. Limiter à son importance, car il faut aussi être transparent. Nous ne disons pas que nous allons l’inverser, nous la limiterons et nous l’encadrerons.
Ce n’est pas le seul élément qui me frappe. Un sondage récent nous dit que 6/10 des habitants et habitantes ont dû renoncer à leur projet immobilier. 6/10, ça veut dire qu’on est dans une situation qui ressemble à Paris il y a 10 ou 15 ans. Est-ce que c’est ça le modèle lyonnais que certains revendiquent ? Je ne le crois pas. Ça veut donc dire que nous ayons enfin une politique foncière offensive.
La seule manière de faire, c’est d’avoir des dispositifs qui permettent de distinguer le foncier, la propriété du sol, du bâtit. Nous le ferons de deux manières, d’abord avec un établissement foncier métropolitain, qui n’aura pas que cette vertu-là. Je vais prendre l’exemple de Rennes qui a un très bel établissement foncier. L’établissement foncier évite qu’il y ait une trop grosse pression immobilière. Aussi nous pourrons préserver certaines zones, notamment certaines zones vertes et agricoles. Il y a une vraie question sur l’agriculture qui est de plus en plus marginale dans notre métropole. C’est le cas de l’extension de Perica sur le plateau nord à Caluire, où il y a de moins en moins d’exploitations agricoles. À l’est de notre métropole, je pense à Mions où il y a encore quelques exploitations et quelques fermes qui vont être amenées à disparaître si nous n’agissons pas. La même chose s’observe au sud et un peu à l’ouest. Il faut intervenir. Si nous avions été majoritaires, peut être que l’établissement foncier aurait agi sur le grand projet Ikea. Ce projet densifie à outrance et ne laisse plus de zone de respiration, dans une zone qui était intéressante notamment autour du parc Parilly.
Deuxième élément, cet établissement foncier permettra de doter plus fortement ce qui avait été annoncé avec l’office foncier solidaire. Cela permet de proposer une forme d’accession à la propriété sur type de baux emphytéotiques. C’est-à-dire que l’on contractualise un bail qui nous permet d’être propriétaire le temps du bail. Simplement, je mets une précaution pour les ayants droit. Le bail emphytéotique ne permettra pas de mettre dehors au bout de 70 ans, 90 ans ou 30 ans les personnes qui ont contractualisé ou acquit le bail par leurs parents. C’est-à-dire que nous ne mettrons pas dehors une famille qui y habite. Mais là on se projette déjà à 30 ou 40 ans.

Avec le bail emphytéotique, nous sommes propriétaires du foncier, mais pas du terrain ?

Alors on est propriétaire du bâti, mais pas du foncier (Ndr : c’est-à-dire qu’on est propriétaire de l’appartement, mais pas du terrain). Ça nous permet aussi de contrôler l’augmentation des prix.
Il y a eu des expériences en baux emphytéotiques à Paris. Il y a un très bel office solidaire à Lille. À Lyon, nous venons après des années voir des décennies de vente du foncier. Le foncier n’a pas été un levier de l’aménagement urbain. Au contraire, toute parcelle est une mine d’or pour un certain nombre d’acteurs de notre ville. Ce qui donne des réalisations type Gerland, où il y a une ultra densification. Je pense à la ZAC Bonnel et la ZAC des Girondins qui ne sont absolument pas respectueuses du tissu urbain et de ce qui a fait l’existence de ce quartier. Vous voyez qu’aujourd’hui il y a des immeubles de très haut standing pour certains, mais quand vous êtes sur le balcon de la terrasse d’un de ces appartements vous pouvez quasiment aller serrer la main de votre voisin de l’immeuble d’en face.

Est-ce que vous avez des projets d’espaces verts supplémentaires sur la métropole ? Qu’en est-il des rares activités agricoles qui restent sur la métropole ?

Je vous ai répondu, je souhaite que nous les préservions. Il n’y a aucun doute. Là aussi, j’en invite à un discours de très grande vérité. Ce n’est pas ça qui nous permettra d’avoir vraiment une agriculture de proximité et de circuit court. Mais c’est que nous pourrons nouer notamment avec les agriculteurs et les paysans des territoires environnants. Je pense aux Monts du Lyonnais, au nord Isère et évidemment à une partie de l’Ain, où là nous pourrions travailler avec eux pour un certain nombre de mesures. Néanmoins, soyons très conscients que nous sommes autour de 5% de consommation locale dans notre aire urbaine. Aujourd’hui, on part donc d’un taux extrêmement bas. Si jamais par une aide aux agriculteurs environnants, un travail en restauration collective, mais aussi dans les établissements publics et dans la promotion de marchés à circuit courts on arrive à doubler ce taux, on pourra dire qu’on a fait un très bon travail. Il faut voir d’où on part. Néanmoins, il y a une nécessité de travailler avec ça. C’est une manière de vous répondre sur attention les zones agricoles au sein de la métropole sont limitées il faut les préserver. Je vous réponds sans aucune ambiguïté. Et ce n’est pas cela qui est la solution à une agriculture de circuit court.
Vous m’avez parlé de zones vertes, je ne vous annonce pas la création d’un nouveau Central parc ou quoique ce soit (Ndr : déclaré avec humour), je ne vous annonce pas comme la République en Marche à Paris, que nous allons déplacer les gares pour faire des grands espaces. Par contre, il faut un vrai plan d’arborisation. Par ce que ça a plusieurs vertus. Nous avons des quartiers extrêmement minéraux et nous avons une vraie problématique et une urgence qui est le rafraichissement. On a tous et toutes pris conscience pendant l’été 2019, ça a été une période de conscientisation. Nous ne pouvons pas vivre avec cette température qui est de deux degrés de plus dans la métropole par rapport à l’extérieur. Deux canicules coup sur coup en dix jours, quelle que soit notre condition physique on l’a tous senti. Donc ça, nous n’y arriverons pas. On sait que l’arborisation a une vertu, c’est le rafraichissement pendant l’été. C’est un grand programme que nous aurons. Nous ne sommes pas les seuls à le proposer, faut être très clair et il n’y a aucun problème là-dessus. Mais nous le proposons et ça semble quand même être la piste principale.

Et sur l’amélioration de la qualité de l’air ?

Sur l’amélioration de la qualité de l’air, un des éléments essentiels est comment faire baisser la pratique ou le déplacement automobile. Nous le voyons tous avec grande sympathie et nous défendons l’extension de la zone à faible émission, nous le proposons. Bien sûr que nous voyons avec un très bon œil la piétonnisation. Mais ne prenons pas les choses à l’envers. Ça ne prendra vraiment un sens qu’à partir du moment où nous accompagnerons à la fois les habitants et les habitantes de la première ceinture et ceux de l’aire urbaine dans des déplacements qui sont des déplacements performants. Je ne crois pas en l’écologie punitive. Et je crois surtout qu’elle a montré ses limites. Nous ne parviendrons pas à entrer dans cette transition écologique, et nous n’avons pas le choix, si nous n’embarquons pas tout le monde. Donc, il faut dire aux habitants et habitantes qu’ils vont avoir des transports en commun à échéance 6 ans. C’est là où je vous le dis et c’est peut-être une question que vous aviez, nous allons relancer la politique d’investissement de la métropole. Nous proposons d’augmenter l’endettement de la métropole.

Et les impôts locaux ?

Non, pas d’augmentation des impôts locaux au-delà de l’inflation. Il n’y a pas d’idée pour que ce soit le levier. Par contre, oui c’est une vraie politique de gauche. Oui, la dette est un levier de l’économie, mais c’est surtout le seul levier pour agir en 6 ans. Cela veut dire qu’on va augmenter d’un milliard la politique pluriannuelle d’investissement de la métropole. Ce qui permettra de faire toute une série de choses et notamment ce pacte métropolitain avec les communes. On va augmenter d’un milliard la politique d’investissement du SYTRAL, ce qui nous permet donc de faire ces deux lignes de métro circulaire. Par ailleurs, on ouvrira le dialogue avec la région Auvergne-Rhône-Alpes et la SNCF. Peut-être qu’on sera amené à avoir une nouvelle autorité régulatrice de transports au niveau de l’aire urbaine qui associera la métropole de Lyon sans aucun doute, la région, mais aussi les intercommunalités environnantes pour avoir un RER digne de ce nom. C’est le seul élément qui permettra de faire tenir ensemble la métropole et ses territoires environnants. C’est ça notre politique.

Il y a aussi une politique de prix par rapport aux gens. On peut améliorer les services des transports publics, mais à quel coût pour l’usager ?

C’est bien pour ça qu’on augmente la capacité d’investissement du SYTRAL comme celle de la métropole. Parce que nous avons en plus une tarification des transports en commun qui va être la suivante : la gratuité pour les minimas sociaux, pour les scolaires, pour les apprentis et pour les étudiants. J’ai lu, comme vous peut-être, les classements du journal l’étudiant. Nous étions tous très heureux, il se trouve que j’ai un métier qui est lié à ça, de voir qu’on était la première ville étudiante pendant deux années de suite (Ndr : Renaud Payre est directeur de l’Institut d’études politiques de Lyon). Sauf qu’en lisant le tableau on voyait qu’il y avait un point noir. Premièrement, c’était le logement. Deuxièmement le pouvoir d’achat et le coût de la vie à Lyon. Troisièmement, évidemment c’était les transports. Il y a deux leviers. Il y a une politique de logement offensive et nous voulons travailler avec le CROUS, une partie du budget est liée à ça. C’est aussi un levier d’un meilleur pouvoir d’achat pour les étudiants et pour leur famille avec la gratuité des transports en commun. Par ailleurs, c’est les conduire à utiliser les transports en commun encore plus, même si ce n’est pas la population la plus rétive à les utiliser.

Donc vous proposez des logements étudiants supplémentaires ?

Bien sûr. Il y a une politique offensive en matière de logements étudiants. Vous savez quand même que nous avons entre 130 000 et 140 000 étudiants dans notre métropole. C’est énorme. C’est une force absolue et c’est même la vitalité de cette métropole. Mais, le nombre de logements CROUS est tout à fait insuffisant. Sans parler de la détérioration de certains d’entre eux. Je pense notamment, au drame du mois de novembre (Ndr : référence à l’étudiant qui s’est immolé devant le CROUS). Il faut savoir si il y a une seule cause dans le cas de ses actes, mais néanmoins il y a quand même un appel à l’aide. Donc faut quand même le voir.
Le deuxième élément c’est qu’on a aussi des logements qui ne sont pas au niveau en termes de salubrité. On sait qu’on a des résidences à Mermoz où il y a eu des cas de punaises de lits quand même assez impressionnants. Donc il y a nécessité de rénover et d’en construire un peu plus. C’est déjà lancé par certaines de nos communautés. Le maire de Bron a beaucoup agit et agit beaucoup avec le CROUS pour développer le logement CROUS sur le campus de Bron. Mais on est encore très loin du niveau d’accueil de nos étudiants.

Pour l’aide aux étudiants, il y a une aide aux logements et aux transports. Est-ce qu’il y a une aide supplémentaire pour les étudiants face à la précarité grandissante ?

Ça n’est pas dans les compétences centrales de la métropole, ce n’est pas elle qui a le plus de compétences. Ce que nous proposons dans notre programme c’est de développer encore plus l’accompagnement de leur vie étudiante. Aujourd’hui il y a qu’une maison de l’étudiant. Elle est dans le 7e arrondissement de Lyon et elle est très bien. Mais il en faut au moins deux autres, une à Bron et une à la Doua pour que les étudiants aient aussi cet accompagnement des collectivités.

Une des fonctions de la métropole, puisqu’elle a récupéré toute l’action sociale du département, c’est l’aide aux plus démunis. Est-ce que là aussi vous voulez mettre une infliction ? Augmenter cette aide par rapport aux démunis ? Je parle de personnes âgées, des personnes à la recherche d’un emploi.

Évidemment, ça on le dit notamment avec la question des minimas sociaux pour les transports qui n’est qu’un des leviers. Il faut qu’on ait à l’esprit un élément qui est majeur dans l’action sociale, qui fait partie de l’ancienne aide sociale départementale de la métropole : c’est le taux de non-recours. C’est-à-dire qu’il y a des dispositifs qui existent et qui peuvent faire face à la paupérisation, dont une partie des usagers sont tellement désocialisés qu’ils n’en ont même pas connaissance et qu’ils ne viennent pas bénéficier de telle allocation, de telle ressource. C’est énorme ce taux de non-recours. Ça veut dire que la métropole est trop éloignée et qu’il faut qu’elle fasse connaître son action. Ça veut dire que dans notre pacte métropolitain avec les communes, nous souhaitons certes renforcer les maisons des métropoles, mais elles sont en nombre très limitées. Il faut aussi là dire que nous n’arriverons pas à en faire une par quartier. Ce n’est pas possible concrètement. Par contre ce qu’on sait faire c’est contractualiser avec la mairie et permettre à des agents de tourner de mairie en mairie un certain nombre de jours dans la semaine, notamment autour d’enjeux comme la connaissance des dispositifs et donc très concrètement d’accompagnement des populations. Et puis il y a aussi un enjeu quasiment d’écrivain public et de diminuer la fracture numérique. Il y a une dématérialisation absolue de tous nos actes administratifs. Sauf que nous avons quand même une grande partie de la population qui par son âge, par sa socialisation est éloignée de cette question-là. Et donc ça, c’est un rôle de la métropole.

Le but c’est de créer des permanences dans les mairies qui seraient soutenues par des agents métropolitains tournant de mairie en mairie ?

Exactement. Là c’est un changement de regard. La métropole a été vue de par sa construction en concurrence avec les maires. Avant la métropole, le maire faisait sa campagne en disait qu’il allait être à la COURLY. Aujourd’hui c’est plus le cas. Ça a été mal vécu par une grande partie des 59 communes. Ça, c’est sur le plan mandat.
En termes d’action publique, cette métropole a été vue comme concurrentielle. De fait la métropole a énormément de compétences. La vraie solution pour qu’elle s’ancre et qu’on répondre le mieux aux besoins de nos habitantes et de nos habitants, c’est de travailler avec les communes.

Même avec des maires qui n’auront pas votre étiquette ?

Oui. Encore une fois, on est face à des défis sans précédent. Un défi d’inégalité sociale et territoriale qui est une urgence. C’est ce que je disais quand je disais « Est-ce qu’on veut faire une région parisienne ici ? » Non. Un défi de transition écologique. Il faut pour engager et embarquer tous et toutes dans cette transition écologique. Un défi démocratique, qui sait que le 15 mars on va aller voter ? Très peu de personnes. À Lyon le scrutin c’est toujours complexe. Ça arrange certains, mais par ailleurs la métropole est très peu visible. Aujourd’hui qui connaît le président de la métropole ? Peu de gens finalement.

Pendant très longtemps il y a eu une confusion entre le maire de Lyon et le président de la métropole. L’innovation sera que si vous êtes élu président de la métropole, vous ne serez absolument pas le maire de Lyon.

La loi ne me le permet pas et par ailleurs je ne le souhaiterai même pas. Ce à quoi j’aspire c’est la présidence de la métropole parce que nous pouvons transformer la vie quotidienne des habitants et des habitantes. C’est hyper ambitieux de se dire ça. Une partie de la gauche a oublié, peut-être parce que ce slogan renvoie au renoncement d’une partie de la gauche, mais un des plus beaux slogans de la gauche est : « Changer la vie ». Je crois quand même, et ce n’est pas parce que ce slogan a été marqué quelques années après par des renoncements, qu’il ne faut pas oublier que c’était la plus belle des ambitions.