Ayant rassemblé la gauche à Villeurbanne, Cédric Van Styvendael est candidat pour la mairie cette année. Tête de file de Villeurbanne en Commun et protégé de Jean-Paul Bret, le Lyon Bondy Blog l’a rencontré.

 

Que pensez-vous des transports à Villeurbanne ?

Peut mieux faire. Le réseau s’est quand même bien développé. On a la chance d’être traversé de l’ouest à l’est par le métro. On a aussi le tramway qui a été mis en place, mais il manque encore un certain nombre de lignes structurantes. Il y a le T6 qui est en cours de prolongation vers La Doua. Il y a un autre projet qui est important pour nous, c’est la prolongation du T1 la Feyssine jusqu’au Mât du Taureau, parce qu’elle permet de desservir St Jean, qui est le quartier de l’autre côté du périphérique de Villeurbanne dont les habitants se sentent parfois éloignés et coupés. Il y a un enjeu d’infrastructures fortes supplémentaires, et un autre d’améliorer un certain nombre de tracés et de fréquences de bus qui ne sont aujourd’hui pas satisfaisant, comme celui de St Jean.

Un élargissement des horaires est-il en projet ?

Oui, mais le Sytral a déjà pris des mesures comme ça, je trouve que ça va dans le bon sens d’ouvrir des lignes jusque une ou deux heures du matin. On voit bien que ça va dans une direction dont on ne peut pas dire qu’elle n’est pas la bonne, ça ne serait pas intéressant.
Il y a un deuxième enjeu sur la question des tarifications. A Villeurbanne, on a été les premiers à proposer la gratuité des transports pour les moins de de 18 ans ou étudiants et apprentis jusque 25 ans et les bénéficiaires des minima sociaux. Ce n’est pas une mesure démagogique, il ne s’agit pas de dire tout est gratuit. On parle d’une gratuité pour une population qui est la population jeune, parce que peu importe ce que l’on dit, 20 ou 30 euros dans un budget mensuel sont important et comptent. Que ce soit pour les familles ou les étudiants. On pense que c’est une manière d’engager des changements de pratique. Il y a un effet très pédagogique et vertueux à cela. Il y a une deuxième mesure qui nous intéresse. Aujourd’hui, il y a ce qu’on appelle la participation entreprise pour les salariés, où l’entreprise prend en charge 50% des titres de transport. Nous on pense qu’on pourrait faire une proposition, qui serait de faire en sorte que les entreprises versent directement cette aide au Sytral, et qu’en échange il donne aux salariés un titre de libre accès. On ferait augmenter les recettes du Sytral, on pense qu’on pourrait multiplier par trois le nombre de personnes qui bénéficieraient de cette mesure. Ce sont des choses qui visent à faire en sorte que l’on renforce au maximum l’utilisation des transports en commun, sans diminuer d’une manière trop significative les recettes du Sytral pour pouvoir investir. Pour autant, ce ne sont pas les recettes aujourd’hui qui permettent au Sytral d’investir. Cela ne représente globalement qu’un quart des bénéfices annuels pour le Sytral. L’enjeu est aussi de doter le Sytral d’un certain nombre de capacités d’investissement. C’est pour cela qu’avec Renaud Payre, nous sommes favorables au fait que l’Anneau des Sciences ne se fasse pas et que les capacités d’investissement prévues pour soient reportées sur le Sytral, et qu’une partie du grand emprunt d’un milliard d’euros qu’on propose soit affecté au financement de ces infrastructures. Si on fait augmenter le nombre d’usager, sans augmenter les infrastructures, les fréquences ou même le dimensionnement d’un certain nombre de rame, alors ça n’ira pas.
Quant aux mobilités douces, on a annoncé un grand plan vélo à Villeurbanne avec autoroutes à vélo. C’est à dire lieux sécurisés, une aide à l’acquisition de vélo à assistance électrique, parce que c’est la seule alternative à la voiture crédible, pour ceux qui vont travailler tous les matins qui dépassent les huit ou dix kilomètres… Cela reste une acquisition qui est assez chère. On propose aussi de développer une filière cluster sur le vélo à Villeurbanne, à usage de loisir, de trajets professionnels et pro.

Quid de la voiture ?

Globalement, on sait que nos villes vont laisser de moins en moins de places aux voitures. La question est de ne pas être dans une mesure punitive pour les usagers qui en ont besoin. C’est pour cela que nous disons que plutôt qu’interdire ou de limiter fortement la place de la voiture, on préfère avoir des mesures pédagogiques qui visent à proposer aux usagers de changer de comportement progressivement. Je pense que quand on a des mesures fortes sur des facilités de la vie quotidienne en matière de transports, les usages évoluent petit à petit. Je trouve en revanche que c’est culpabilisant de dire aux gens d’arrêter de prendre sa voiture parce que ça pollue. Et en face ne pas proposer des choses crédibles et sérieuses, ça ne va pas faire changer nos comportements. Et ça sera pour nous tout le propos sur la question de la transition écologique. Si les propositions n’amènent pas un gain de pouvoir d’achat, une amélioration de la qualité du cadre de vie et de la santé, on n’arrivera pas à embarquer les gens les plus modestes, qui veulent sauver la planète mais pour l’instant pensent à se sauver eux-mêmes.

Comment lutter contre la précarité étudiante à Villeurbanne ?

Je pense aujourd’hui que la réponse majeure, c’est le logement. C’est ce qui capte la plus grosse partie des revenus ou des ressources des étudiants. J’ai créé il y a quelques années une coopérative d’achats de produits bio dans les quartiers, qui s’appelle Vrac. Pour la première fois, on a été interpellé par les associations étudiantes pour demander si Vrac pouvait venir dans les universités, parce que des étudiants sont confrontés à une précarité alimentaire. On a fait notre première vente de produits bio abordables sur le campus de la Doua il y a quelques semaines. Pour moi le gros du problème de la précarité étudiante est lié au coût du logement. On peut interroger le niveau de déclenchement des bourses, mais cela relève du CROUS ou du CNOUS et pas de la ville. Mais elle peut intervenir sur la question des coûts du logement et du déplacement. C’est pour cela que j’ai souhaité que la mesure s’applique aux étudiants et aux apprentis.

Comment faire pour l’aide à l’emploi à Villeurbanne ?

La question de l’emploi n’est pas tout à fait une compétence de la ville, même si le maire est souvent interpellé. C’est pour cela que l’on a mis en place la première expérimentation en site urbain de territoire zéro chômeur, qui permet à des chômeurs de longue durée de revenir à un emploi pérenne, durable et sous la forme d’un CDI. En 18 mois, on a créé 82 CDI sur St Jean avec ce dispositif. Une de nos mesures est de dire que l’on mettra d’autres quartiers dans ce dispositif. Tout le monde l’a repris maintenant, les verts comme Kimelfeld. Tant mieux, il faudra juste se rappeler que c’est une mairie de gauche qui a fait ça à Villeurbanne. Certains disent que la gauche copie les verts sur la politique écologique, mais il faudra bien que ces derniers admettent qu’ils s’inspirent de la politique sociale dans leurs projets, parce qu’on a un peu de passé et d’histoires.
De plus, on a un enjeu qui est d’attirer les entreprises, par des effets de filière ou de qualité de vie. On a un enjeu qui est de faire en sorte que les entreprises puissent rester ou s’installer. Une de nos mesures est d’aller vers un établissement foncier pour les entreprises qui pourraient acheter des terrains, pour les porter et les mettre à disposition d’activités artisanales ou industrielles. Cela pour que les entreprises puissent s’installer plus facilement sur notre territoire. Et ça génère de l’emploi.
Il y a également tout ce qui est la Mission Locale, la formation des jeunes etc. Notre préoccupation, c’est que l’on conserve de l’activité à Villeurbanne, de l’artisanal et du commerce. On a lancé un plan de revitalisation des commerces sur le cours Tolstoï, puisque c’est un endroit où tous les commerces partaient.

Comment aider ces petits commerçants de proximité face à la concurrence des centres commerciaux ?

Là, la ville n’y peut rien. C’est aux gens de changer leur comportement. Il faut aussi que chacun prenne ses responsabilités. On continue tous d’acheter sur Amazon qui est le réel concurrent, ou alors on va voir les petits commerçants. Mais si ces derniers ne changent pas leurs pratiques commerciales, leurs tarifs etc. ils ne vont pas y arriver. Il y aussi je pense quelque chose l’ordre de la responsabilité individuelle de chacun que de se dire il faut aller chercher la baguette en bas chez moi, pas aller ailleurs. Sur le cours Tolstoï, on utilise le SVU, qui est une scène pour porter des commerces et éviter des reventes de fond de commerces sur des activités à faible valeur pour les habitants du quartier. De nouveau, la puissance publique est obligée de s’investir pour faire en sorte que des activités privées puissent rester ou se développer. On a besoin de ces opérateurs publics.

Considérez-vous des alliances pour la suite ?

Il ne faut pas me poser la question à moi, j’ai déjà fait des offres. Chacun a répondu, beaucoup oui. Un parti non. Les termes restent inchangés. J’aurais souhaité que l’on parte unis au premier tour, puisque les programmes ne seront pas si différents à part de ce qui est de construire ou pas construire.
Si j’ai une forme de regret ici, c’est que ce ne sont pas des discussions qui ont été engagées trop tardivement. Ça fait longtemps que l’on discute, il me semblait avoir apporté des réponses à toutes les conditions posées. Cela n’a visiblement pas suffit. Cette proposition d’accord n’était pas conquérante, humiliante et niant la place de EELV dans ce que l’on pouvait faire ensemble. Ils avaient posé des conditions que j’avais respecté me semble-t ‘il, il s’est passé autre chose ensuite. Ce qui m’embête aujourd’hui, c’est que j’espère que l’on ne se trompe pas, que l’on n’est pas en train de présidentialiser un scrutin qui ne devrait pas l’être. J’ai fait le travail de rassembler la gauche, cela a aussi été un boulot. Cela a quand même été plus facile que ce que je croyais. Je crois qu’il y a un phénomène un peu générationnel : cette question de la priorité écologique, sociale et démocratique se retrouve dans tous les partis de gauche, avec des gens de ma génération ou plus jeunes. Au bout de deux réunions, on a vu que l’on était d’accord sur tout. Il y a des variables, mais chacun son point de vue, on en discute sur des éléments assez fins en termes de niveaux de discussion. C’est pour cela que l’accord s’est élaboré assez vite et fonctionne très bien aujourd’hui. Je ne sais pas si on va gagner, mais je peux dire que l’on fait une très belle campagne, il y a une dynamique que tout le monde reconnait : à Villeurbanne, il se passe quelque chose. Il y a une culture de gauche à Villeurbanne.

Comment voyez-vous Villeurbanne d’ici dix ans ?

Le Villeurbanne du futur est un Villeurbanne qui a retrouvé du plaisir à vivre en ville. Qui l’a fait parce qu’il a remis une place de la nature, extrêmement importante, il a fait en sorte que chacun puisse continuer à s’y loger et que les enfants de villeurbannais dont les parents sont là eus pu rester. Que ceux qui sont arrivés s’y sont sentis accueillit. Que les entreprises qui sont là sont à la fois des entreprises qui développe des biens et des services avec des préoccupations du territoire. C’est une ville dans laquelle on respire mieux et où la qualité de l’air s’est améliorée.
On s’est toujours moqué de Villeurbanne parce qu’elle avait des utopies réalisées. Je crois que dans le nouveau Villeurbanne, ce sera ça les utopies à réaliser. C’est à dire une ville apaisée avec d’autres modes de déplacements, mais pas seulement. C’est plutôt sur l’état d’esprit de cette ville que cela va être nécessaire. C’est ça le Villeurbanne dans dix ans que je vois.