Georges Képénékian, candidat à la mairie de Lyon avec la liste “Respirations”, compte bien réaliser de nouvelles mutations au sein de la Ville de Lyon et de la Métropole. Le Lyon Bondy Blog l’a interviewé.

 

Vous vous présentez à la mairie de Lyon, vous avez été un compagnon de route de monsieur Collomb, là vous vous présentez contre son candidat, vous êtes avec monsieur Kimelfeld, qui concourt contre monsieur Collomb, vous pouvez expliquer cette rupture ?

D’abord, c’est Cucherat qui se présente contre moi, dans l’ordre chronologique, alors que nous aurions pu écrire une autre histoire. On est donc deux candidats à la mairie de Lyon avec tous les autres. La séparation vient d’une divergence de vues avec Gerard Collomb sur une manière de gouverner la Ville et la Métropole. Le mode de gouvernement qu’il a instauré c’est-à-dire le même homme à la mairie et à la métropole, c’est fini. Nous avons dû inventer avec David Kimelfeld un nouveau fonctionnement, je pense que ça induit un changement radical de gouvernement, beaucoup plus transversal, beaucoup plus collaboratif, y compris avec les arrondissements, qui a été un autre point sur lequel nous ne nous sommes pas toujours entendus. Quelle place laisser aux 9 arrondissements au sein de la mairie ? Je pense qu’un des points essentiels c’est un système ouvert, plus réactif, de co-concertation avec les différents acteurs que ce soient les élus, ou les arrondissements, et puis tout doucement je pense qu’il y a eu une divergence de notre socle de valeurs, partagé depuis longtemps. Il y a eu un glissement de ce qui nous a fait nous unir, une dimension très sociale, très humaine. Qui doit accompagner toutes politiques. Il a transformé la ville, j’y ai participé avec d’autres pendant 12 ans à ses côtés. Ce qui nous sépare ce ne sont aucunement des ressentiments, c’est seulement que nous ouvrons un temps nouveau, qui est aussi celui de la transmission. Toute ma vie comme chirurgien, j’ai été formé puis j’ai formé à mon tour d’autres chirurgiens, la question pour savoir à quel moment vous allez dire à un jeune chirurgien c’est toi qui fait cette opération c’est le fruit de tout un processus pour que vous ayez absolument confiance dans la personne à qui vous allez confier ça, que ce soit un homme ou une femme, heureusement maintenant nous avons commencé à équilibrer ce travail, c’est ce travail de préparation en amont, la transmission ce n’est pas seulement serrer la main de quelqu’un parce qu’il est plus jeune et lui dire “je te passe le bébé”. Cela aussi c’est quelque chose qu’il n’a pas préparé, c’est un autre mode de pratique, c’est ce que j’essaye de faire avec à la fois des gens d’expériences ou des personnes venues de la société civile, des personnes qui ont eu d’autres expériences d’organisations, je pense que c’est ce mélange qui doit préparer le futur de notre ville.

Comme vous l’expliquiez, vous avez été le premier maire de Lyon avec monsieur Kimelfeld, à ne pas être président de la Courly, maintenant de la Métropole, comment vous voyez le rôle du maire de Lyon coupé de ce travail de président de la Métropole ?

Justement, c’est ce que j’exprime comme une différence de vue avec Gerard Collomb, donc d’organisation, c’est une aire nouvelle, dans laquelle nous entrons, et que le Conseil constitutionnel avait bien pressenti en disant il n’y aura qu’une fois où un maire pourra être également président, je crois que c’est très moderne comme situation, c’est-à-dire que la centralisation de l’autorité doit être revisitée, la ville de Lyon avec ses neufs arrondissements doit préparer, imaginer, une autre organisation encore une fois plus proche des gens. Élaborer ce qu’une ville comme Lyon peut attendre de la Métropole, au même titre que Villeurbanne, Vaulx-en-Velin, comme Saint-Priest. C’est un apprentissage d’une ville qui définit son projet, pour les Lyonnais et les Lyonnaises. Avec une particularité qui est son rôle de ville centre, et puis qui ensuite va s’articuler avec la métropole, qui je le rappelle couvre l’essentiel des compétences, qui a trois milliards quatre de budget alors que la ville doit avoir 600 millions à tout mouiller. Vous voyez bien que l’équilibre est dans la juste répartition de ce que la ville attend, elle n’est pas juste le terrain de jeu de la métropole, tout ça doit se construire, comme nous allons construire avec les arrondissements et bien nous allons articuler, co-construire avec la Métropole. C’est ce que nous avons mis en place avec David Kimelfeld quand nous sommes arrivés, nous nous sommes rendu compte très vite, au bout de 10 jours, qu’il fallait faire des réunions régulières, il ne fallait pas que les deux élus se mettent d’accord, mais également le cabinet, les directions de services, il y a 9000 agents à la métropole, 8000 à la ville, donc tout cela ce sont des organisations dont il faut découvrir un vrai management.

Votre liste s’appelle “Respirations”, une des premières préoccupations des lyonnais à l’heure actuelle c’est la transition écologique, et le problème de qualité de l’air, de l’eau et de circulation. Qu’est-ce que vous proposez sur le projet écologique ?

C’est toute une partie de notre projet, considérer que la transition écologique, les mutations de l’environnement sont au cœur de nos préoccupations. Ce n’est pas récent , nous ne sommes pas devenus verts en quelques jours, étant médecin je l’ai abordé sous le prisme de la santé. Les questions d’environnement aboutissent toujours à une question de santé, que ce soit la nôtre, celles de nos enfants ou de nos petits-enfants. Vous introduisez là d’ailleurs un rapport de temps, plus c’est urgent plus il faut agir vite. Des décisions importantes doivent être prises. Je pense que les Français sont très préoccupés de leur santé. Au-delà des effets d’annonce, expliquer que nous ne devons plus rouler en diesel, mettre des arbres partout, ce qui compte c’est nos changements de comportements. Et je pense qu’on peut y arriver en convainquant nos concitoyens en les prenant par la main, et non pas en les mettant sous des contraintes trop fortes. La santé implique d’autres liens, dont le social, je rappelle qu’en France, entre les plus riches et plus pauvres il y a 13 ans d’écart de vie. Dire que nous nous occupons de la santé des Lyonnais, de leur bienêtre, c’est s’occuper de l’ensemble des questions. En termes d’environnement, vous voyez bien que pour moi c’est une question beaucoup plus globale qui doit participer à toutes les politiques que je mettrai en place, que ce soit l’éducation, le logement, l’économie. Nous avons décidé très clairement qu’en termes d’émission de CO2, c’était bien que nous commencions par nous-mêmes, nous avons des bâtiments publics, des gymnases, des écoles, des EHPAD qui sont des passoires énergétiques. Je lance un grand emprunt de 300 millions qui est tout à fait dans nos possibilités budgétaires aujourd’hui pour faire une rénovation énergétique de nos écoles, 10 par an, nos gymnases, cela diminue l’émission de gaz à effet de serre de l’ordre de 35 à 40 pour cent dans les écoles. Vous diminuez votre dépense énergétique ce qui vous permet sur le temps long de rembourser notre emprunt grave aux économies d’énergie.
Voilà une solution simple et directe d’engagement de notre ville. Après il y a des politiques de stimulation des activités physiques, faire de notre ville un lieu où il fera bon marcher. Cela veut dire piétonniser et créer les conditions pour faciliter l’utilisation des vélos. J’insiste sur la marche, nous pourrons par exemple créer des poteaux où sera écrit le temps de trajet jusqu’à Bellecour par exemple.
Il y a une vraie politique d’incitation à la marche, le vélo bien entendu, et ai-je besoin de dire qu’on diminuera la place de la voiture dans la ville, la métropole a lancé sa zone de faible émission.

On va diminuer la place de la voiture, en tenant compte qu’il n’y aura pas un interdit direct, ce n’est pas possible de supprimer la voiture aujourd’hui. Ce n’est pas en la remplaçant par des voitures électriques ou à hydrogène que vous allez régler le problème et Dieu sait que je suis un scientifique. Par exemple, c’est le roulement des pneus sur le bitume qui émet les microparticules et ce quelque soit le moyen de propulsion. Donc quand on dit diminuer la place de la voiture, c’est vraiment la diminuer et la remplacer par des transports en commun efficace, de plus en plus développé, pas seulement dans la ville mais en réseau sur l’ensemble de la métropole. Voilà quelques mesures pour le changement, mais plus profondément l’objectif est de transformer le rapport des gens à cette question écologique, ils ont peur, ils voient la banquise s’effondrer. Ils voient les glaciers fondre, les pics de pollution. La question est de nous sensibiliser tous. J’insiste c’est le changement de comportement de chacun qui aura un impact. Nous sommes les un et les autres chargés de contradiction, nous pouvons être très sensible aux questions de l’environnement et avoir en même temps des comportements par pas très logique par rapport à l’environnement. Cela demande plusieurs années, pour modifier nos comportements c’est pourquoi nous allons travailler à l’école avec les enfants qui sont les meilleurs prescripteurs. En un mot, la question environnementale ne se résume pas à un sujet elle est pour moi absolument global.

Autre sujet qui préoccupe énormément les lyonnais, le coût du foncier, qui a explosé ces 15 dernières années, que prévoyez-vous pour contrôler voir limiter cette hausse ?

C’est une question de fond également, nous avons construit beaucoup de logements, ce qui a densifié la ville, il fallait rattraper un déficit de logement dans notre territoire, nous avons utilisé du foncier qui était libre. Aujourd’hui le foncier devient plus rare, ce qui a un effet immédiat sur le coût du logement. Il faut donc reconquérir du foncier, à la ville on va doubler le budget d’achat du foncier, nous allons lancer ce processus sur le temps moyen et long. Cela nous permettra de construire des logements, pas seulement sous la contrainte des promoteurs qui eux même ont besoin de rentabiliser leurs opérations. Nous avons 25 % de logements sociaux, nous allons continuer. Mais nous voyons bien aujourd’hui qu’il nous faut des logements intermédiaires. Paradoxalement les personnes ayant les aides sociales peuvent trouver plus facilement des logements, bien qu’il manque de logements sociaux en ville, que ceux qui sont justes au-dessus de ces barres et qui eux ont du mal à se loger. Je pense aux agents de notre ville, même s’ils travaillent à deux cela fait dur de trouver du logement à Lyon, ils doivent prendre une voiture, pour venir travailler à Lyon. Il faut créer des logements avec des prix d’acquisitions intermédiaires pour que des gens puissent redevenir propriétaires et agir sur les loyers. Comment pourrais-je ne pas parler des Airs B’n’B, aujourd’hui vous avez des réserves de logements qui ne sont pas mis à disposition pour la location. Nous avons défini des règles d’applications strictes, le souci c’est que nos contrôleurs ne sont pas suffisants. Il faut créer une pression pour remettre ces appartements en location. C’est un ensemble de mesures, qui avec la création faite par la métropole d’un office foncier va participer à redonner à moyen terme, à l’échelle de la métropole, une respiration si vous me permettez ce terme, à nos constructions de logements abordables.

Est-ce que vous êtes pour, concrètement, l’encadrement des loyers ?

Non et ce n’est pas un non idéologique, c’est simplement que partout où cela a été fait cela n’a pas fonctionné. Vous savez bien que ceux qui pourraient mettre leurs appartements ou leurs immeubles en location préfèrent attendre une fois que vous avez encadré les loyers. Il faut passer par une autre voie que les mesures répressives, je crois beaucoup à la pédagogie, autrement je n’aurais pas fait le métier que j’ai fait avant. Il faut expliquer son projet.