Samedi soir au CCO de Villeurbanne, la structure Bee Butterfly a rassemblé le gratin du rap lyonnais à l’occasion du concert « Les Talents de ta région ». Un message lancé au public, mais tout d’abord aux artistes afin de créer un nouvel élan de cohésion pour relancer l’ensemble des artistes rhodaniens souvent découragés.    

 

Dans la capitale des Gaules, le rap cale quelque peu en terme de popularité. Dans toutes les catégories, les talents ne manquent pas : Affiche du concertcommercial, conscient ou activiste. Pour chacun, le constat demeure le même : Lyon est écrasé entre Paris et Marseille et n’arrive pas à sortir du lot, malgré une touche artistique reconnue dans le milieu. Au sein du microcosme lyonnais, on parle surtout d’un manque de solidarité maladif entre les acteurs du mouvement.

Bee Butterfly idéalise la scène

La structure Bee Butterfly, dirigée par Simoh, Mouad, DJ-S-One et Anes – tous originaires de Lyon -, s’est engagée à tirer vers le haut les artistes locaux en leur faisant partager la scène. Le concert organisé ce samedi était un avant-goût de leur ambitieuse démarche qui doit les mener vers des projets plus internationaux. L’affiche rassemblait neuf artistes, sans compter les backeurs et les DJ : Oumse Dia, Unkel Benz, Bob Family, Safyr Sfer, Moise, Bescri, Neg Modi, OZ Dezeta et Djou.

Simoh et Mouad de Bee ButterflyC’est un challenge quand on sait que le soutien mutuel entre les artistes est un véritable problème. Sans subvention, aucune, Simoh espère « résoudre le problème de la visibilité. Nous voulons faire émerger la scène lyonnaise tout en montrant qu’il y a un renouveau avec des artistes à découvrir ou redécouvrir. Il n’a pas été difficile de les rassembler malgré leurs profils relativement différents. Ils se connaissent tous en fait. »

Neg Modi, rappeur issu du neuvième arrondissement, a été convaincu par un autre MC de rejoindre la scène. Le bouche-à-oreille aura fait son effet. Il garde une vision mitigée de la situation dans la région. Selon lui, le combat sera bien loin d’être gagné après le concert :

« Je n’ai pas l’impression que les médias jouent tous leur rôle alors que beaucoup de structures et d’associations se créent. J’ai tapé à des portes lyonnaises qui se sont fermées alors j’ai dû moi-même monter mon studio pour m’en sortir. Et puis avec la globalité des activistes, il y a ce manque de solidarité. Il faut donc créer une synergie entre artistes, médias et institutions. »

OZ Dezeta est connu pour représenter un univers artistique qui lui appartient. Fervent défenseur du hip-hop lyonnais, il fait partie des rappeurs les plus expérimentés avec cinq EP à son actif :

« Si on faisait des scènes comme celles-ci tous les trimestres ça marcherait. Lyon est une sorte de laboratoire artistique. Il y a beaucoup de choses à faire. En parallèle, j’ai vu ma ville changer et se construire, les gens viennent y investir et c’est un signe. J’ai l’impression que la lumière est là. »

 

DSC09871Effet de groupe ou… de réseau

Pour ses rappeurs qui font figure de cousins éloignés, chanter devant des amis ou des collègues n’est pas si facile. Safyr Sfer, ambassadrice féminine du rap lyonnais et grande habituée des scènes régionales, souriait :

« Ce sont mes collègues, on se connaît tous. Ce concert est très particulier parce que c’est une scène lyonnaise. Je ressens plus de pression, car c’est le fief et qu’on rappe avec des têtes d’affiche locales. Il y a tout un réseau et le public d’un autre artiste vient me voir. »

OZ DEZETA et Safyr Sfer

OZ DEZETA et Safyr Sfer

Le rap dans toute sa diversité

Les artistes ont proposé une fresque vocale et culturelle que beaucoup de radios ne soupçonnent pas encore. Artistes et public ont applaudi le morceau inédit de Safyr Sfer « Grizelda ». On a découvert Moise et son rap romantique qui a emporté la gent féminine. Le groupe mauritanien La B.O.B family a offert un concept afrorap insufflant un vent de renouveau. D’autres qui n’étaient pas sur l’affiche ont été retrouvés avec un certain plaisir comme Transporteur RS, qui revenait sur la scène avec Oumse Dia pour la première fois depuis quinze ans. Il avait sorti il y a quelques semaines un single avec OZ Dezeta « Besoin de rêver ». Malgré la tendance, les connexions entre styles divergents vont bon train à Lyon. Mouad, le directeur artistique note :

« Il n’y avait pas de critère de choix pour le casting du concert, car chacun avait son monde. Cette session est un appel du pied pour tous les autres artistes afin qu’ils sachent qu’il y a une scène qui leur est désormais ouverte. »

Video You Tube «  Besoin de rêver » :

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Mohamed Braiki

Natif de Lyon et enfant des Minguettes,je suis diplômé de Lettres de la Fac de Lyon 2 et l’EFAP Rhône Alpes. J’ai roulé ma bosse dans des rédactions lyonnaises comme la radio Lyon Sport 98.4, Le Progrès,Foot 69.fr, Tribune de Lyon et Lyon Capitale.

braikimohamed@yahoo.fr