Ce vendredi 2 février, les services des urgences de l’hôpital Édouard-Herriot de Lyon sont entrés en grève, rejoignant le mouvement initié à Lyon Sud depuis bientôt deux semaines. Principale revendication : la création de nouveaux postes pour lutter contre la surcharge de travail. Reportage.

6 heures 15 ce vendredi, place d’Arsonval. Devant l’entrée de l’hôpital Édouard-Herriot (HEH), une vingtaine d’employé·e·s des services d’urgences et des syndicats commencent à tracter. Les deux services d’urgences, le service médical d’accueil (SMA) et N accueil, viennent d’entamer une grève. Côté syndicat, le mouvement regroupe la CGT, SUD et la FO.

12 heures d’affilée, jusqu’à 15 kilomètres parcourus

« On manque de personnels, de brancards, de lits, déplore une salariée du SMA. Nos conditions de travail sont déplorables. Ça met en danger notre sécurité ». Avec 24 infirmier·e·s et 18 aides-soignant·e·s, le service fonctionne en flux tendu. Les grévistes dénoncent les « nombreux rappels sur repos » et les « séries de 4 jours ou nuits travaillés consécutifs ». Avec seulement deux équipes se relayant, les journées ou nuits de travail sont longues : 12 heures d’affilée.

Côté N accueil, les besoins sont similaires. « La journée, on a une équipe de brancardiers, mais pas la nuit, ni le week-end, témoigne une aide-soignante. Ce sont les aides-soignants qui se retrouvent à devoir porter les brancards en plus de leur travail ». En 12 heures de travail, le mouvement estime que cela peut représenter jusqu’à 15 kilomètres parcourus.

Photo 2. En tractant devant l’entrée de l’hôpital, les grévistes sont encouragé·e·s par la plupart de leur collègues. Crédit Alexis Demoment.

En tractant devant l’entrée de l’hôpital, les grévistes sont encouragé·e·s par la plupart de leurs collègues. Crédit Alexis Demoment.

Au total, la principale exigence est donc la création de 22 nouveaux postes dans ces deux services. « Depuis une dizaine d’années, les effectifs et les moyens n’augmentent plus, alors que l’afflux est en hausse, continue l’aide-soignante. Tout le monde fait toutes les tâches. On nous en demande toujours plus ». À HEH, 24 infirmier·e·s seraient actuellement en arrêt maladie et 9 départs auraient eu lieu au pavillon N, selon une employée.

300 heures supplémentaires non-payées

À cause de cette pression constante, due au manque d’effectifs et de moyens, plusieurs grévistes confient ne pas se sentir respecté·e·s par leur hiérarchie. « Ils ne font que suivre la politique nationale », ajoute un membre de la CGT. Pour le mouvement, la situation des contractuels est particulièrement préoccupante, puisqu’elle n’offre pas la stabilité du CDI et mène généralement à une plus grande précarité. Le gouvernement, sous l’impulsion d’Emmanuel Macron, vient pourtant de réaffirmer sa volonté d’avoir davantage recours aux contractuels dans la fonction publique, y compris le milieu hospitalier.

La flexibilité du statut de contractuel rend aussi le respect des droits au travail plus difficile. Mais à HEH, les abus au droit du travail ne concernent pas que les contractuels. « Certains ont plus de 300 heures supplémentaires, regrette une infirmière. Elles ne seront pas payées. On peut les rattraper avec des jours de repos, mais, par exemple, c’est presque impossible de les prendre pendant les grèves ». Pour assurer le fonctionnement permanent du service, les urgentistes peuvent être assigné·e·s, donc être obligé·e·s de travailler. Légalement, les assignations sont supposées être indiquées au minium 24 heures à l’avance aux salarié·e·s concerné·e·s.

Non-respect du délai de notification des assignations

Bien qu’ayant informé la direction de leur grève, quatre employées de N accueil se rendent à 6 heures 45 sur leur lieu de travail pour vérifier qu’elles ne sont pas assignées dans l’équipe de jour, qui entre poste à 6 heures 50. Une responsable des ressources humaines arrive quelques minutes plus tard et leur fait signer une fiche confirmant qu’elles ne sont pas assignées. Mais en plus de cette fiche, elle avait également avec elle des assignations déjà remplies pour le jour-même. « Si quelqu’un du service avait eu un problème et qu’il lui manquait quelqu’un, elle s’en serait servi pour nous assigner, glisse une aide-soignante. C’est pour ça qu’on était obligées de venir ce matin ».

Photo 3. Au pavillon N, plusieurs employé·e·s en grève sont assigné·e·s. Contraints de rester en poste, ils doivent se contenter d’afficher « en grève » sur leur tenue et à l’accueil. Crédit Alexis Demoment.

Au pavillon N, plusieurs employé·e·s en grève sont assigné·e·s. Contraint·e·s de rester en poste, ils et elles doivent se contenter d’afficher « en grève » sur leur tenue et à l’accueil. Crédit Alexis Demoment.

En cas d’absence malgré une assignation, les urgentistes s’exposent à de lourdes sanctions. « Ils avaient prévus des assignations pour le jour-même, continue-t-elle. Les 24 heures à l’avance, ils ne les respectent pas. Sauf qu’on n’a aucune preuve quand ils le font. Le légal, ce n’est que dans leur sens ». Sollicitée, la responsable n’a pas souhaité répondre.

Grève reconduite jusqu’au mardi 6 février

« On se demande comment ils tiennent encore », regrette une syndicaliste d’un autre hôpital, venue par « solidarité » avec les grévistes. À 14 heures, une assemblée générale s’est tenue pour décider des suites. La grève a été prolongée jusqu’au mardi 6 février et le mouvement a réaffirmé ses revendications : le recrutement d’employé·e·s supplémentaires en priorité, mais aussi la « stagiairisation » des contractuels, plus de matériel ainsi que des primes d’urgence et de nuit.

Juste après l’assemblée, les grévistes ont rendu une visite inopinée à la direction des ressources humaines. L’un d’entre eux déclare : « nous n’avons obtenu aucune garanties concernant nos revendications, exceptées les assignations. Ils se sont engagés à respecter le délai de 24 heures ».

Dans la journée, le mouvement des urgentistes a été rejoint par le pavillon O2. D’autres services de l’hôpital devraient prochainement s’y ajouter, notamment ceux de réanimation et de médecine post-urgence. Une lettre de soutien des médecins serait en préparation. Contactés par téléphone, les hospices civils de Lyon n’ont pas été en mesure de s’exprimer sur le sujet. Le Lyon Bondy Blog mettra à jour cet article dès qu’ils réagiront.

Alexis Demoment