Découvrez le dernier épisode consacré à notre dossier « La culture Hip-Hop à Lyon ». Place à l’Urban Arts Academy. Ce samedi 18 mai, au CCVA de Villeurbanne, cette école de danse présentait son gala de fin d’année. Ce dernier intitulé « Danse ton film » présentait des shows sur les thèmes du film et du dessin animé.

Le 18 mai dernier, le Centre Culturel et de la Vie Associative (CCVA) de Villeurbanne a accueilli les troupes de l’Urban Arts Academy. A l’initiative de cette dernière, Émeline, la directrice, mais également l’Espace Undokaï, et notamment : Fabrice Ponsin, Pierre Bourret, ainsi que Thierry Robin (fondateur de l’infrastructure). Créée en 2016, celle-ci a fait découvrir aux nombreux spectateurs le travail de ses élèves à travers son gala de fin d’année. Hip-Hop, breakdance, dancehall ou encore afro-house étaient au programme.

Le gala

19h30. Le CCVA ouvre ses portes aux spectateurs qui viennent assister au gala. A l’affiche : un remake de dessins animés et de films cultes. Dans la salle des spectacles, toutes les générations sont présentes : enfants, adolescents, adultes, seniors. Juste avant le début de show, la directrice artistique, Émeline, remercie le public, ainsi que toutes les personnes ayant contribué à la tenue de l’évènement.

20h. C’est une salle comble qui accueille MC Koume, le maître de cérémonie. Le show d’ouverture est assuré par un groupe de dancehall, Mouv’ment Dancer’z. Voici le contenu de la première partie :

– « Kirikou et la chorégraphe » (référence à Kirikou et la sorcière), éveil à la danse (4-6 ans)

– « Bboy Coco » (film Disney Coco), breakdance (7-12 ans)

– « Danse avec les Schtroumpfs », éveil à la danse (4-6 ans)

– « Le retour de la Soupe aux choux » (La soupe aux choux), breakdance (7-12 ans)

– « Rasta Rockett : Dancehall Vibes », dancehall (adultes)

– « Stars Wars : l’empire du break », breakdance (7-12 ans)

– « Step Up 6 : LA Heat » (référence à Step Up, Sexy Dance en France), LA Style (ados et adultes)

– « Jumanji : Bienvenue à Urban Art », hip-hop lady (7-13 ans)

Après l’entracte (un peu longue), les danseurs de break (groupe d’adultes) entament la seconde partie avec « Beat street ». Les enfants du cours de hip-hop, avec le costume adéquat (7-13 ans), enchaînent derrière avec « MID : Men In Dance » (référence à Men In Black). A la suite de cette prestation, les spectateurs ont le droit à leur moment de danse. En effet, MC Koume les invite à se lever et à danser sur ce morceau.

Par la suite, le public assiste aux shows suivants :

– « Shottas In Lyon » (référence à Shottas), dancehall (adultes)

– « Break Panther » (référence à Black Panther), breakdance (9-13 ans)

– « Requiem for a house dream » (Requiem for a dream), house dance (adultes)

– Show du Badland crew de Florie

– Show : « Le retour de la guerrière »

– « Le roi Lyon », afro-house (adultes)

Wiwi se charge du dernier show et montre ses talents de freestyler aux spectateurs. Le final, de haute volée, est assuré par les professeurs, le tout dans une très bonne ambiance.

L’interview

Retrouvez notre entretien avec la professeur de breakdance ainsi que directrice d’Urban Arts Academy, Émeline.

Lyon Bondy Blog : Pouvez-vous tout d’abord nous raconter votre histoire avec la danse? Quand et comment l’avez-vous découverte ? Où et comment avez-vous appris à danser ?

Émeline : J’ai découvert la danse par le biais de la culture hip-hop, et notamment par la musique hip-hop, c’est ce qui m’intéressait. Je devais avoir 12-13 ans. La danse est quelque chose que j’ai toujours voulu faire, de ce que je voyais dans les clips, à la télé, c’est ce qui m’a donné envie. Par contre, j’ai commencé très tard, à 21 ans. J’ai osé rentrer dans un cours de danse. J’ai pris deux ans de cours de danse. Ensuite, j’ai complètement arrêté, je me suis entraîné par moi même, notamment sur Annecy avec des b-boy et des b-girls qui s’entraînaient à l’extérieur.

LBB : Avez-vous délaissé d’autres passions pour vous consacrer totalement au hip-hop ? Qu’est-ce qui vous plaît tant dans la danse ?

Émeline : Non parce que je n’en avais pas. Par contre, effectivement, cela a pris une place énorme dans ma vie et ça a laissé la place à rien d’autre quasiment : d’abord je me suis entraîné pour moi, ensuite j’ai travaillé pour des compagnies, j’ai donné des cours.

Au tout début, c’était difficile, et c’est ça qui me plaisait, toutes les acros, tous les freeze, apprendre à les faire. Je n’avais pas en vue de devenir une grande danseuse. Je voulais juste faire les mouvements, savoir les faire.

LBB : Avez-vous des idoles, des sources d’inspiration ? Avez vous été influencé par un artiste en particulier ? Un film ?

Émeline : Pas forcément. Quand j’étais plus jeune, il y avait le film Honey qui a fait rêvé la petite fille que j’étais (rires). Après c’est davantage les rencontres, des gens pas forcément connus, qui m’ont inspiré.

LBB : Pourquoi avoir décidée d’enseigner le hip-hop ? Quel était l’objectif en créant l’Urban Arts Academy ?

Émeline : Je voulais transmettre ce que le Hip-Hop m’a appris, mais plus en terme de valeurs, de rigueur de travail, de tenue de vie, toutes les valeurs qu’on peut véhiculer, notamment se trouver soi-même, qui on est à travers cette danse. Par exemple, si on aime plus les choses physiques, on travaille le physique ; si on aime plus l’expression de soi, le Krump c’est super.

Pour l’Urban Arts Academy, ça faisait 3-4 ans que je donnais des cours dans l’Espace Undokaï. Il y avait de la demande, mes cours se sont énormément développés. Il y avait beaucoup de demande et je voyais que des jeunes qui adoraient la danse, mais mon style à moi, le break, leur correspondait plus. Du coup, on a eu l’idée de développer dans les autres danses urbaines pour qu’ils aient plusieurs disciplines, de choses un peu plus debout comme le hip-hop, LA style etc.

La majorité de l’équipe d’Urban Arts Academy réunie à la fin du gala. De gauche à droite : Pierre Bourret, Amauryne Robin, Virginie, MC Koume, Florie, Polow, Eym, Ding, Jessica, Anil, Thierry Robin. Crédit photo : Rayan Bobb / Droits réservés.

LBB : Quelle est la différence, selon vous, entre l’apprentissage/l’entraînement du hip-hop dans la rue et au sein d’un établissement ?

Émeline : C’est important de passer dans une école, surtout quand on est jeune, pour apprendre directement les bonnes bases, s’échauffer. Moi j’ai galéré [elle a démarré dans la rue]. Il y a un mouvement qui s’appelle le 6 step dans le break, c’est une base. On me l’avais appris les mains à plat. Mais ça ne va pas du tout. J’ai mis 1 an à corriger ça. L’école est essentielle pour ça : ne pas se faire mal, partir sur les bonne voies. Moi je suis allé prendre des stages à New-York notamment pour réadapter mes mouvements, reprendre mes bases, les bons mouvements.

Aujourd’hui, on s’entraîne beaucoup dans les salles, on y a accès donc on en profite. Dans la rue, il y a une autre énergie, c’est sûr, comme le partage… il y a ce qu’on va retrouver dans les cours, mais plus entre danseurs. Il n’y a pas qu’un rapport prof-élèves, il y a un rapport danseur à danseur.

LBB : Quelle place tient le hip-hop dans votre vie ?

Émeline : 90…99 % (rires). Cela a une place énorme.

LBB : Vous êtes 7 profs (vous incompris). Comme on a pu le voir dans le gala, on retrouve différents types de danse. Combien d’élèves accueillez-vous dans l’année ? Y a t-il une préférence pour l’une des danses, ou la répartition est équilibrée dans les différents cours ?

Émeline : C’est assez équilibré pour cette année. On est environ à 200 adhérents tous âges confondus, sans compter les stages qu’on fait pendant les vacances scolaires ou les stages ponctuels. L’afro-house est en pleine expansion aujourd’hui parce que le hip-hop s’est beaucoup rapproché de la culture afro, notamment dans les musiques, dans les clips, on voit beaucoup plus de danse afro. Du coup, il y a une grande visibilité je pense, et ça attire énormément. Après c’est assez équilibré.

LBB : Vous avez probablement des élèves qui viennent de partout dans Lyon. Comment fait-on cohabiter des débutants et des danseurs déjà confirmés ?

Émeline : On essaie de pas les faire cohabiter justement, de faire en sorte qu’il y ait des cours débutants, et des cours un peu plus avancés. Après si on peut pas, on essaie de limiter. Moi par exemple, je prends pas plus de 12 élèves, dans mes cours, afin de pouvoir adapter à tous, reprendre les bases avec certains, pousser un peu plus les autres sous forme d’exercices.

LBB : Pour en revenir au gala, qui l’a organisé ? Combien de personnes ont été mobilisées au total ?

Émeline : C’est moi qui ait tout organisé. Il y a eu la mobilisation des profs autour de leurs élèves pour faire les chorégraphies. Le jour même, il y avait une quinzaine de bénévoles pour pouvoir nous aider, à faire passer les groupes, pour la buvette. Pour les costumes, chaque prof gérait ses groupes. Pour la coordination [en régie durant la soirée], Aurélie, une bénévole, m’a beaucoup aidée.

LBB : Lors de la soirée, MC Koume a parlé d’un futur DVD. Quelle est la date de sortie prévue ?

Émeline : Normalement dans 2-3 semaines à peu près [au moment de l’interview le 23/05/19].

LBB : Dernière question : avez-vous déjà une idée quant au thème du gala de l’année prochaine ?

Émeline : Je commence. J’ai des idées mais il n’y a rien de fixer. De toute façon, c’est une surprise (rires).