En ce jour d’ouverture (25/11/11 ndlr) du forum Libération à Lyon, Maxime a assisté à une conférence sur un sujet d’actualité brûlant qui portait sur la crédibilité des agences de notation. Ces dernières sont actuellement omniprésentes dans les médias et apparaissent comme des acteurs essentiels qui décident de la bonne tenue des marchés financiers. Mais qu’en est-il exactement ? Quel est leur rôle ? Les institutions politiques peuvent-elles limiter leur influence et par quels moyens ?

C’est à ces questions que Messieurs Utsumi et Aghion ont tenté de trouver une piste de réflexion.

Le premier est ancien vice-ministre de la finance au gouvernement japonais et actuellement directeur d’une agence de notation nippone (”Japan Credit Rating Agency Ltd”) tandis que le second est un professeur français d’économie qui enseigne à Harvard.

Le rôle des agences de notation est d’expertiser la solvabilité des acteurs économiques en besoin de financement. Les études, dans le cadre d’un Etat, portent principalement sur l’endettement du pays mais aussi sur ses perspectives de croissance. En fonction de cela, les agences attribuent une note de confiance qui va déterminer le taux d’intérêt auquel l’acteur économique peut emprunter. Plus la note de confiance est bonne, plus le taux d’intérêt est faible. On comprend mieux pourquoi «  la Quête du GrAAAl » est si importante actuellement pour la France. AAA étant la meilleure note qu’une agence peut attribuer.

Mais qui sont ces agences 
? Il faut savoir que trois grandes agences dominent le marché en s’accaparant 95% de l’offre. Ce sont Fitch Ratings, Moody’s et Standard & Poor’s. C’est donc un système oligopole qui peut mettre à mal le système de concurrence, et de fait , corrompre l’efficacité de l’expertise. En outre, il faut savoir qu’elles sont rémunérées le plus souvent par les émetteurs d’actifs ce qui laisse une grande place au conflit d’intérêt. Plus simplement, c’est comme si vous engagiez une personne afin qu’elle vende un de vos biens. Même si ce bien est abimé et que votre intermédiaire le sait, il fera tout pour cacher ce défaut afin de ne pas corrompre la vente.
Ces agences de notation ont été au cœur des critiques lors de la crise des Subprimes car elles n’ont pas vu (ou pas voulu voir) arriver la catastrophe, en attribuant des AAA à des actifs financiers qui ne le méritaient pas.
Selon Makoto Utsumi, elles tentent actuellement de se rattraper de leurs mauvaises prévisions de 2008 en devenant ultra-vigilante envers les acteurs. Ce comportement est à risque et fragilise la confiance des Etats sur les marchés. Ainsi, des pays comme l’Espagne dont la dette était certes importante mais sous contrôle, voient leur note être dégradée , entrainant la pression des marchés. Ce sont sur ces derniers que les Etats se financent.
Pour limiter l’influence néfaste des agences de notations, Makoto UTSUMI et Philippe AGHION proposent différentes pistes. Le PDG de Japan Credit Rating Agency prend l’exemple de son pays.
Au Japon, il existe deux agences de notation nationale qui gèrent 80% des évaluations des grandes entreprises nippones. Elles sont en concurrence avec les grandes agences de notation américaine et permettent de faire balancier. Prenons un exemple précis : il y a quelques années, Standard & Poor’s avait dégradé la note de Toyota à cause de l’emploi à vie qu’offrait cette firme. L’une des agences nationale japonaise avait quant à elle estimée que la société, malgré le privilège qu’elle offrait à ses employés, ne risquait rien et qu’elle était en bonne santé économique. La contre-expertise a permis le maintien de la confiance des marchés, et par conséquent, éviter un possible plan de restructuration qui aurait pu supprimer des emplois engendrant des conséquences sociales importantes.
De surcroit, les deux intervenants estiment que les agences de notation ont le poids qu’elles pèsent dans le monde actuel par une certaine volonté des Etats. En effet, rien n’empêche les Etats de passer outre les recommandations des agences. Cela suppose une forte implication des Banques Centrales qui seraient prêtent à financer les Etats. Cela n’est pas utopique et fonctionne très bien en Grande-Bretagne et en Suède, où les Banques centrales assurent en dernier recours le financement malgré un taux d’endettement très important dans le cas de la Grande-Bretagne.

Pour que cela fonctionne dans la zone Euro, il faut que chaque membre accepte d’abandonner une part de sa souveraineté en matière économique et budgétaire afin que la Banque centrale Européenne ou une autre institution supranationale puisse avoir un droit de regard dans ces domaines-là afin de s’assurer de la fiabilité des prévisions. Certes, la question de la légitimité démocratique de cette instance pourra être posée en temps voulu.
Cette hypothèse apparait selon nos spécialistes comme l’un des moyens les plus efficaces afin de lutter contre l’influence des agences de notations.

L’hégémonie
des agences de notations peut aussi être relativisée par la création d’organisations non gouvernementales qui évalueraient le travail des agences et notamment la perspicacité des prévisions faites. Cette superpuissance accordée aux agences peut aussi être affaiblie par la généralisation des
Stress-test : c’est une simulation virtuelle en cas de défaillance d’un pays ou en cas de rechute brutale de l’économie. L’objectif est de vérifier si les banques ont les reins suffisamment solides pour encaisser ces évènements. On stress donc virtuellement leur capacité à honorer leurs engagements, on évalue leurs liquidités. Ce procédé limiterait donc l’omnipotence de Moody’s & Cie..

Voilà quelques pistes que les dirigeants européens peuvent explorer afin que ces agences cessent d’agir comme le grand méchant loup de façon omniprésente sur la surface médiatique.

Maxime Hanssen

Ex Service civique au #LBB. Diplômé d'une maîtrise d'Histoire après un mémoire de recherche sur l'histoire politique de la Hongrie. Journaliste à Acteurs de l'économie - La Tribune. En formation professionnelle à l'ESJ Lille Pro. Contributeur éternel au LBB et citoyen européen.