Football amateur, le dossier [2/3] : Les clubs amateurs se sentent lésés par rapport aux clubs pros

Privés de compétition et de public depuis fin octobre 2020 à cause de la crise sanitaire, les clubs amateurs de football sont privés de recettes directes. La saison prochaine pourrait être très compliquée. Certains dénoncent un traitement de faveur pour les clubs professionnels au dépend des amateurs. 

A l’ASSP, “il n’y a pas eu de solidarité du tout envers le sport amateur”, se désole le directeur sportif Robert Mouangué. Crédits: Florentin Grandjean

Et si 2021 était pire que 2020 ? Pour les clubs de football de la région lyonnaise, l’hypothèse est sérieusement évoquée. Les championnats de Ligue 1 et Ligue 2 (professionnels) et National (semi-professionnel) ont pu disputer l’intégralité de leur match normalement cette saison. Mais à partir de la Nationale 2, c’est le blocage complet depuis le week-end du 24 octobre. Privés d’une partie de leurs revenus engendrés par des buvettes ou des tournois, les clubs amateurs de football se sentent lésés par rapport aux clubs pros.

« Le monde amateur passe au dernier plan »

Les clubs amateurs ont le sentiment que la Fédération Française de Football (FFF) souhaiterait sauver le football professionnel au détriment du football amateur. Mahrez Benhadj, président du Villeurbanne United Football Club (VUFC), déplore cette situation : « On ne peut pas comparer aujourd’hui le monde du foot professionnel par rapport au foot amateur. On n’a l’impression d’être deux institutions complètement différentes. Or, on appartient à la même fédération. Le monde amateur passe au dernier plan, on est la dernière roue du carrosse. » Dans son club, M. Benhadj recense 300 licenciés qui ont entre 5 et 15 ans. Ces jeunes sportifs en herbe n’ont pas disputé de matchs depuis fin octobre et l’annonce du second confinement. Le président craint alors une baisse du nombre de licences pour la saison prochaine : « On se dit que l’année prochaine, les parents vont se demander si ça vaut le coup d’inscrire leur enfant s’il n’y a pas de compétition. » Un manque à gagner important pour les clubs amateurs dont les licences représentent une partie conséquente du budget du club.

Du côté de l’AS Saint Priest (ASSP), pensionnaire de National 2, le constat est le même. « On peut comprendre qu’il y ait un gros manque à gagner pour les clubs pros, mais on oublie que sans les clubs amateurs, il n’y a pas de joueurs qui signent en professionnel. La plupart des joueurs qui passent par les centres de formation sont issus des clubs amateurs », affirme Robert Mouangué, directeur sportif à l’ASSP. Pour lui, le sport amateur n’a pas été considéré à la hauteur de ses espérances : « Il n’y a pas eu de solidarité du tout envers le sport amateur, il n’y a pas eu de bienveillance. On voit vraiment que l’argent appelle l’argent. Il semblerait que les choses soient pensées, calculées pour que ça profite aux plus riches. »

« Ça va faire un an que la buvette n’a pas fonctionné ! »

Sans matchs et sans public, les clubs amateurs sont privés d’une partie de leurs recettes. À l’AS Saint Priest, le budget provient de trois sources principales : la mairie, les sponsors et les cotisations. La crise sanitaire bloque donc 33 % du budget comme l’explique M.Mouangué : « Là où on a de la perte, c’est sur le tiers des cotisations puisqu’il n’y a plus d’animations, plus de buvettes, plus de tournois, plus de lotos, de tournois de coinches… C’est là où les recettes sont à zéro. Ça fait un an que la buvette n’a pas fonctionné ! » Le club du sud-est lyonnais bénéficie également du fond de solidarité exceptionnel de la FFF qui promet un total de 30 millions d’euros pour les 14 000 clubs amateurs en France.

Les aides ne sont pas les mêmes à Villeurbanne. Le District du Rhône a octroyé une aide de 10 € par licencié, soit un total de 3 000 € pour le club. Le président du VUFC s’inquiète : « Aujourd’hui, avec la crise qui nous frappe de plein fouet, on ne peut pas organiser de manifestations, ce qui pèse très lourd sur nos budgets. Il y a beaucoup de clubs qui risquent d’être dans le rouge pour la deuxième année consécutive. » Une crainte d’autant plus forte pour Mahrez Benhadj puisque ses sponsors sont contraints de l’abandonner pour la saison prochaine. « La plupart de nos sponsors privés ne veulent plus sponsoriser le club. Les petits snacks et les commerces de proximité nous aidaient beaucoup, mais ils nous ont dit que la saison prochaine on ne pourrait plus compter sur eux. Et là effectivement on risque d’être dans le rouge. »

Pour cette saison, l’AS Saint Priest et le Villeurbanne United Football Club vont terminer en positif. Une réalité qui pourrait s’éloigner la saison prochaine affirme Mahrez Benhadj : « Là où les clubs amateurs vont vraiment dérouiller, c’est pour la saison prochaine, et ce dans toutes les catégories que ce soit basket, handball, rugby… »

Florentin Grandjean

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