Le premier festival dédié aux cultures urbaines arabes et aux révolutions a été un succès. Le public a plongé dans la réalité d’un Hip-hop militant et conscient. Celui qu’on appelle l’underground. C’était aussi la rencontre avec des acteurs de ce courant venus porter le message. Découvertes et émotions.  

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Aux antipodes des clichés commerciaux, du « bling-bling » et des clashs connus des nouvelles générations, « le Hip-hop de là bas » a atterri à Lyon depuis le 25 janvier et jusqu’au mardi 11 février. Cet événement souhaite véhiculer son message le temps d’un festival qui a déjà trouvé ses marques.

Le rappeur libanais Il Bill Boy

La plupart des organisateurs ont vécu le Printemps arabe à travers les chaînes d’informations. Cependant, parmi la trentaine de bénévoles – principalement des  étudiants et des jeunes travailleurs- certains d’entre eux ont déjà vécu en Egypte, en Palestine ou au Liban. Par ce festival, ils retracent  ce tournant de l’histoire via un vecteur artistique. L’évènement est organisé par trois associations qui travaillent en collaboration : Ahlan, Maalish et Pushka . L’originalité de la manifestation est à retrouver dans la répartition  sur six arrondissements, durant dix huit jours, dans des lieux de spectacles, d’expositions ou de débats comme La Maison des Passages, le G Restaurant ou le 6ème continent. Dix-huit jours de festival en échos aux dix-huit jours qui ont amené le départ de Moubarak en Egypte…

Marie Vial (22 ans), membre de Pushka et étudiante en art du spectacle considère la collaboration des trois structures comme le moyen de « solliciter des compétences différentes. Pushka a fait la communication, la logistique les autres associations aussi. Nous étions trois membres de Pushka au Liban l’année dernière et nous nous sommes rencontrés avec une personne de Ahlan à Beyrouth. On a raillé les forces. C’est une histoire de connexions. Moi, j’y suis allé pour découvrir le théâtre puis j’ai découvert le hip-hop. Ramener ce qu’on a appris là-bas, ça apporte beaucoup.

Le rappeur égyptien Deeb

Habituée de l’Egypte où elle a passé un an entre 2011 et 2012, la cofondatrice de l’évènement, Amelie Nocquet (23 ans), étudiante en Sciences politiques, orchestre une organisation s’étendant sur cinq mois. « C’est une énorme satisfaction, de faire découvrir cette culture. L’idée de montrer une autre image du monde arabe est un aboutissement ». Ce qui agace encore les jeunes organisateurs, c’est la vision Manichéenne des choses. Amélie poursuit : «  Il est trop facile de voir l’aspect négatif du monde arabe et dire que les révolutions n’aboutissent à rien. Mais au contraire, les portes se sont ouvertes et les gens osent s’exprimer. C’est bon de partager cette créativité du monde arabe car elle touche les gens même avec la barrière de la langue. »

Quand le rap rassemble

Le coup de force de l’équipe demeurait sans aucun doute dans une programmation vouée à la découverte de l’Underground.  Les projections d’Electro Chaabi  à La Maison des Passages, celle d’Egyptian Underground de Nicolas Magiliardi, les ateliers calligraphies (Espace Art Dreams, Premier Arrondissement) faisaient partie des moments forts. Vendredi soir, après la projection du documentaire de Magiliardi à l’Espace 6 MJC (Sixième arrondissement), ce sont les enfants de la section de danse hip hop de la MJC qui ont apporté leur pierre à l’édifice devant un public ému.

Les enfants de la section Hip-hop de l'espace 6 MJC

Les enfants de la section Hip-hop de l’espace 6 MJC

 

Jonathan (9 ans) et Loana (13 ans) expliquent : « Cette chorégraphie nous a appris des choses sur la culture, l’histoire. Nous nous sommes ouvert à l’histoire et au monde et ainsi comprendre que les Egyptiens étaient les précurseurs.  Mais c’était très difficile au niveau des figures, des courbes, des vagues et les positions sur la scène. Cela nous a montré combien les danses arabes étaient difficiles. »

Mais le clou du festival demeurait le concert de rap de l’Egyptien Deeb, du Palestinen Boykutt ou du Libanais Il Bill Boy au 6ème Continent. Ils étaient accompagnés de la DJ Tunisienne Missy Ness.  En somme, des artistes indépendants qui s’autoproduisent avec une seule obsession : faire passer le message.

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La salle bondée du 6ème continent, pour les concerts du samedi soir.

 

Dans la salle comble, la barrière des langues et des cultures cédait quand Deeb faisait répéter au public français : « Masr free, Tunis free, Surriyah free, everyworld free…» Le festival sera clôturé demain au bar du Cabriolet (7ème arrondissement).

 

Mohamed Braiki

Natif de Lyon et enfant des Minguettes,je suis diplômé de Lettres de la Fac de Lyon 2 et l’EFAP Rhône Alpes. J’ai roulé ma bosse dans des rédactions lyonnaises comme la radio Lyon Sport 98.4, Le Progrès,Foot 69.fr, Tribune de Lyon et Lyon Capitale.

braikimohamed@yahoo.fr