Djihad. Ce texte s’adresse à tous les jeunes qui pourraient croiser le chemin des va-t-en-guerre qui prônent la gloire du combat. Chacun doit savoir le vrai visage de ce qui attend ceux qui se destinent au combat. Ceux qui appellent de leurs vœux la guerre et son fracas sont toujours et irrémédiablement ceux qui ne l’ont jamais vue ni subie. Parce que ceux qui la vivent et la subissent la considèrent comme une calamité. Calamité dont seule la sortie importe.

 

La première partie du texte 

 

Sur ce chemin, rien de glorieux n’attend qui veut combattre l’arme au poing. Ne seront au rendez vous que l’indécence du fracas des corps brisés, la terreur d’aimer qui peut mourir demain, la résignation dans la fuite en avant, la brutalité du handicap, la lâcheté suivant la détresse, le tourbillon de la perte de raison, la contrainte du plus violent, la perte de valeur, l’aveuglement de l’injustice, les embruns du remord, l’abandon de la conscience, la haine au nom de l’amour, l’amour au nom de la haine, le non retour, le quotidien avec la mort, la débâcle au son de la poudre, le racket des civils, l’horizon des nuits d’insomnie, les cauchemars de la succession des jours, le fléau de la bêtise sur la moisson de l’intelligence, la relégation du libre arbitre, le bruit des os rompus, le plaisir inavoué des sadiques de service, le silence complice de la lâcheté, la rémission du courage devant l’inadmissible, la prise de décision sans réflexion, l’insatiable appétit de la tombe sur l’immensité de son gouffre, l’arrachement à l’existence d’avant imitant la soie que l’on tire d’une branche d’eucalyptus.

Voilà le prix qu’il faut être prêt à payer, dans l’absence absolue de gloire. C’est celui-là, le vrai visage de la guerre.

Le soutien populaire

Une fois consommé le divorce entre les combattants locaux et étrangers, il y a la question du soutien populaire. Celui-ci ne se fait plus d’évidence. Un combattant, par définition, ne produit rien de ce dont il a besoin pour subsister. Le gîte et le couvert proviennent forcément de la société civile locale. Sauf que lorsque les étrangers font la guerre aux combattants du coin, ils perdent leur assise populaire. Mais puisqu’il faut bien se nourrir, commence à se mettre en place, le racket des civils. Même quand les étrangers ont de quoi payer, et que c’est le cas, le paysan du coin ne peut refuser de vendre sa chèvre sous peine d’être exécuté pour trahison. Peu importe qu’il n’ait pas envie de la vendre, parce qu’il sait que cet argent ne lui servira à rien s’il n’y a plus de lait à acheter, alors qu’il en avait gratuitement tous les matins. Ce qui lui assurait une subsistance sera le motif de son décès. Et ce qui est valable pour le paysan l’est aussi pour le petit épicier, les commerçants, puis s’étend rapidement à l’ensemble des personnes présentes.

Une fois sur place, impossible de refuser d’abattre un civil

Une exécution d’un civil de temps en temps, rappellera à tous le bénéfice d’accepter de soutenir les étrangers. Que celui qui va sur place, avec l’intention d’aider, sache que c’est ce qui finit toujours par arriver, quand son groupe d’étranger prendra le contrôle d’une zone. Il ne pourra refuser d’abattre le paysan, ou le civil qui refuse son soutien, sauf à se faire tuer lui-même. Et quand bien même l’argent provenant des monarchies pétrolières suffirait à équiper et nourrir les groupes de combattants que cela participera à une inflation due à la pénurie.

Mais la vraie grande crainte à avoir durant ce parcours est finalement de se retrouver avec un groupe ayant fait un ou plusieurs prisonniers. Se taire face à la torture et aux mauvais traitements revient à les cautionner, au moins extérieurement, quoi qu’il en soit du trouble intérieur. Il en résulte pour celui doué de conscience, des années à ressasser des souvenirs de cris et d’images menant droit à la dépression, aux addictions de psychotropes, et parfois finalement au suicide.

Mais plus condamnables encore que tout cela, il y a ceux qui envoient des gamins sur cette voie. Ils n’ont que le courage de se battre avec le sang des autres. Si d’après eux la récompense et la félicité de celle-ci sont si grandes, pourquoi ne sont-ils pas les premiers à y aller ?

Tous ne sont que des illuminés et des exaltés avec un cerveau boulonné par leur bêtise et leur ignorance. Ont-ils déjà vu de leurs propres yeux le visage terrible de la guerre ? Que savent-ils de celle-ci quand ils prétendent être animés par la protection de la veuve et de l’orphelin, alors qu’ils prêchent pour ce qui créait justement de genre de victimes ? Savent-ils ce que c’est que l’odeur de la viande humaine qui pourrit dans un fossé quand ils prétendent que les blessures des martyrs sentent le musc ?

Ceux qui exhortent les autres au combat en restant chez eux après que leurs ouailles soient parties sont les pires que l’on puisse croiser sur le chemin de la guerre. Ils sont aussi dangereux que leurs peurs sont grandes.

Ceux qui partent financent eux-même leur voyage et ne perçoivent aucun solde

Pourquoi un croyant, ou prétendu tel, se priverait-il de retrouver la satisfaction de son Créateur si l’intention était vraiment de le contenter et d’aller au paradis des martyrs ?

Les soixante-douze vierges de l’Eden, l’arrivée au paradis sans passer par la « case » jugement, la parure de brocard tissée par les anges que portent les martyrs, l’élévation au rang des prophètes dans l’au-delà ne leur suffit-elle pas ?

Où est la logique à vouloir tuer au nom de celui qui est source de toute vie quand on est croyant ?

Il va sans dire que ce n’est certainement pas par altruisme. Il est tellement plus simple économiquement de fournir des contingents de volontaires qui payent de leurs deniers pour aller se battre. Tous ceux qui partent financent eux-mêmes leur voyage. Une fois sur place, ils ne perçoivent aucune solde. En cas de blessure grave, il leur est souvent payé des soins à minima, puis on leur fait comprendre qu’un retour chez eux serait le bienvenu.

La « guerre sainte » n’est alors plus qu’un échiquier dont on ignore qui est le roi finalement, et où les fous font cavalier seul, quand ils ne sont pas que des pions.

Même ce terme, « guerre sainte », ne peut s’énoncer qu’en affichant son propre paradoxe. Il n’y a rien de saint à tuer et se faire tuer. Comment sanctifier le droit de vie ou de mort accordé à des hommes, quand il ne doit être que celui du Divin ?

Il n’est pas de plus grande couardise que de prôner le combat sans y aller soi-même. Décrire les récompenses qui attendent le martyr sans vouloir le souhaiter pour soi-même, ne révèle que l’intention d’un simple calcul de rapport de force et de domination. Qui plus est, les objectifs de ce genre de « guerriers » sont la plupart du temps des civils qu’il s’agit de rallier à la cause par la terreur. Ce genre d’adhésion n’est que celle de la survie ou de la peur. Il n’est de lâcheté plus grande que celle de s’en prendre à des civils par l’usage de l’intimidation et la violence, avec les enlèvements et les attentats. Il n’y a rien d’héroïque dans l’atteinte à la vie des autres. C’est d’autant plus le cas lorsque les méthodes employées relèvent de la barbarie, comme les attentats à la bombe.

Se défendre face à une agression ne justifie pas qu’on devienne un assassin

Ce n’est hélas pas l’exclusivité des terroristes islamistes de se livrer à de telles bassesses, mais cela ajoute au côté infâme que de le faire au nom de Dieu.

Bien sûr, il y a légitimité à se défendre par la force à ne pas se laisser exterminer lorsque l’on est dans un pays où la violence s’abat. L’instinct de survie est inscrit dans le droit à se défendre face à une agression. Mais cela ne justifie pas que l’on devienne soi-même un assassin. Et cela relève d’une tout autre logique que de vouloir résister à une agression, et de vouloir appeler de ces vœux un conflit.

Aussi ce message à destination des jeunes qui seraient tentés de partir est celui de la mise en garde. Vous ne pourrez quittez ce chemin, même si vous le souhaitez, sans en payer le prix fort, si jamais vous y parvenez. Même animés de la meilleure intention que vous puissiez avoir, vous serez forcément au contact de gens qui eux, ne sont pas animés d’idéaux aussi nobles que ceux mis en avant par les recruteurs. La veuve et l’orphelin sont le cadet de leurs soucis. Et ils ne voient pas d’inconvénient à en créer d’autres.

David Vallat

J’ai déjà été manutentionnaire, préparateur de commande, soudeur, métallier, dépanneur, serrurier, éboueur, administrateur des ventes export, déménageur, négociateur immobilier, métreur dans le bâtiment, fleuriste, kébabiste, démineur, agent d’entretien, figurant pour des courts métrage, carrossier peintre, mécanicien auto, consultant en explosif pour le cinéma, chasseur alpin au 159 de Briançon, peintre en bâtiment, formateur sur armes légères et fusils d’assauts, pointeur mortier lourd, poseur de charpentes métalliques, restaurateur, conseiller juridique, gréviste de la faim, arbitre d’épreuve pour le brevet de moniteur de ski, comptable dans une association de malfaiteur, traducteur anglais arabe, écrivain public, élagueur pour l’office national des forets, négociant en matériel de toutes sortes, chef de chantier,
conducteur de travaux. (Liste non exhaustive).

Au Lyon Bondy Blog depuis mars 2012.

Ma devise serait : « Mieux vaut passer pour un ignorant, mais ne pas le rester, plutôt que de le cacher, et continuer à l’être. »