Étranges Étrangers, c’est trois mois de spectacles au théâtre du Point du Jour dans le 5ème arrondissement. Si les thématiques sont diverses, comme les origines de ses créateurs, tous se rejoignent sur le thème. À savoir l’étrangeté des étrangers, et la confrontation des cultures et des classes sociales.

Depuis trois ans, le directeur du théâtre du Point du Jour, Gwenaël Morin applique le concept du « théâtre permanent ». Début 2016, il laisse les clés de son théâtre à Philippe Vincent pour une résidence de trois mois. Comédien, metteur en scène et responsable de la compagnie Scènes Théâtre Cinéma, Philippe Vincent nous explique :

« On présente 4 spectacles autour du grand thème “Étranges étrangers (…) L’idée est venue de plusieurs spectacles qu’on a créés à l’étranger. On a voulu réunir toutes ces équipes, ces amitiés, ces liens.”

L’évènement “Étranges Étrangers” est joué par des compagnies norvégiennes, burkinabées et françaises. Le titre faisant directement référence au poème de Jacques Prévert, parut dans “Grand bal de Printemps” en 1951.

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Un certain nombre de passages peuvent choquer les plus sensibles, notamment dans la pièce “Où et quand nous sommes morts”, mise en scène par Philippe Vincent et écrite par Riad Gahmi, l’auteur franco-libyen. Sa spécificité, c’est de caricaturer les personnages pour représenter les visions sociopolitiques complètement différentes. « J’ai essayé de prendre ma pensée et de la mettre à mal. » Il nous rassure :

« Tous les personnages sont caricaturaux. Ce ne sont même pas les personnages, mais des figures. On est dans une pièce type guignol. »

L’anti racisme est plutôt un cache misère

Où et quand nous sommes morts” pose la problématique : « Qu’est-ce qu’un Arabe ? ». Philipe Vincent questionne sur sa signification :

« J’aime bien ce mot, parce que tout le monde le dit, et en fait personne ne sait ce que ça veut dire. On met tout dedans. »

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Un jeune rentre dans un appartement bourgeois français. Il est fâché, sort son pénis et pisse sur le canapé. ‘Avez-vous uriné sur le canapé ?’ Lui demande la dame qui rentre brusquement dans la chambre. Il a peur. Il dit oui en hésitant. Un quart d’heure plus tard, ils se mettent à manger ensemble autour de ce même canapé. On voit des scènes de violence extrême entre ces personnages qui représentent les pensées de la société française actuelle, comme nous l’explique Riad Gahmi :

« Je voulais dénoncer un certain regard, porté par la France sur les immigrés. Que l’antiracisme et ce genre de choses étaient plutôt un cache-misère. Ça a dissimulé pour moi une pensée extrêmement complaisante, paternaliste et condescendante. Je trouve que derrière tout ça, il y a une forme de racisme très fort. C’est ce que j’essayais de mettre en lumière. C’est ce que Victor (NDRL : personnage de la pièce) dit à la fin : ‘Tu penseras d’une façon responsable le jour où on estimera que tu penses d’une façon responsable’. »

Les étrangers de l’évènement

Les problèmes qui découlent de la migration sont au cœur des quatre spectacles. Et les organisateurs ont pu le vérifier : « Quand on fait venir les Norvégiens, ce n’est pas très compliqué, pas de problème du visa. Mais quand on fait venir une comédienne égyptienne… La France est plus méfiante envers les gens qui viennent du Sud que du Nord, ça c’est sûr. » S’attriste Philippe Vincent.

 

_H2O8552Le spectacle révèle les relations encore et toujours compliquées quant à l’acceptation des différentes cultures et manières de vivre.

« Le sentiment que j’ai c’est qu’il y a un problème général en France vis-à-vis de la migration. C’est un problème qui n’appartient pas à bord politique, c’est un problème de fond en France. Et le problème de l’immigration essentiellement maghrébine reste à résoudre, comme une pilule qui n’est pas encore digérée. » Conclut Riad Gahmi.

Cette semaine au théâtre du Point du Jour :

23 février à 20 h/“La part des choses” Jean-Paul Delore /Sean Hart 
24 février à 20 h/“Cahier d’un retour au Pays natal” de Césaire par Olivier Borle
25 février à 20 h/“45 millions d’Ukraine#01 Maïdan inferno” par Clément Peretjatko
26 février à 20 h/“Décris Ravage” par Adeline Rosenstein (Belgique)
27 février à 20 h/Rencontre avec le Collectif Béneeré (Burkina Faso)

Pour avoir plus d’information sur les spectacles : http://www.scenestheatrecinema.com/

Les spectacles à venir

3-12 mars : Crée au Burkina Faso, la pièce “Total(e) Indépendance” s’inspire de l’état de l’économie en Grèce. « On a essayé de ne pas parler de religion, ni de couleur de peau (…) d’extrapoler et d’anticiper ce qu’on ressent, et qu’est-ce qui est possible quand on parle d’un pays en faillite. » Explique Philippe Vincent.

17-26 mars : ‘Un arabe dans mon miroir’ est la pièce écrite par Philippe Vincent et Riad Gahmi tourne autour les évènements du 11 septembre 2011. « La décision de travailler ce texte a été prise alors qu’on était en Égypte. » Se rappelle Riad. Une comédienne égyptienne viendra pour animer 2 représentations en langue arabe.

Jelena Dzekseneva

Née en Lituanie et ayant grandi au Kazakhstan, je suis arrivée en France en 2008. Pendant mes études d'anthropologie à Lyon 2, j'ai participé à divers projets associatifs qui m'ont fait venir au LBB en juin 2015.